-Mais…
-Elle était destinée à mon fils…mais il est mort à cause d’un duel qu’il avait stupidement lancé…D’une certaine manière, tu lui ressemble…ces cheveux bruns…ces yeux bleus remplis de détermination…ce sourire franc…et ce corps fuselé si parfait, si bien taillé pour le Tenpu-Kosai-Ryu-Kai…tu es son portrait craché…cependant, si je te donne cette lame, promet moi une chose…
-Laquelle, maître ?
-Ne te laisse jamais dompter par ta soif de combat, ne combat que si ta vie est en danger. Promets-le moi
-Je…je le promet, répondit Hijiri, mal à l’aise.
En effet, durant tout le temps de son entraînement, jamais il n’avait fait mention de son désir de vengeance : son maître, qui lui inculquait des valeurs de justice, de morale et de respect, ne l’aurait jamais accepté, et aurait plutôt préféré le tuer que de le voir utiliser le Tenpu-Kosai-Ryu-Kai pour assouvir ses propres désirs.
Après cette entrevue avec son maître, Hijiri avait cherché à infiltrer les Yakusas pour assouvir sa vengeance. En se renseignant sur les activités des Yakusas, il avait appris qu’entre les trafics de drogue, d’objets d’art et de rixes entre bandes rivales, ils organisaient régulièrement des combats clandestins à la manière des gladiateurs romains. Cette activité leur rapportait beaucoup, car les parieurs étaient nombreux. Hijiri avait donc décidé de s’infiltrer chez les Yakusas par cette voie qui semblait être faîte pour lui.
Il avait eu beaucoup de mal à tuer des personnes qu’il considérait comme innocentes au début, et il avait souvent épargné ses adversaires, ce qui lui avait attiré les foudres du publique. Mais après quelques mois, une froide résolution avait fini par remplacer son sens de la justice, notamment à cause d’un adversaire qui avait essayé de le prendre en traître alors qu’il lui avait tourné le dos après l’avoir épargné. Et puis ceux qu’il affrontait savaient les risque qu’ils prenaient, ils étaient les seuls responsables s’ils mourraient, et lui, Hijiri, qui leur apportait la mort, n’en était pas coupable.
La soif de combat qu’il avait ressenti avait durant quatre ans été réprimée par son maître, mais elle avait explosé dans l’arène. Cette soif de combat l’avait tellement omnubilé qu’il en avait même oublié son but, et il ne vivait que pour se battre et pour frôler la mort, la repoussant à chaque fois.
Deux ans après la dernière fois qu’il avait vu son maître, alors qu’il avait fait son entrée dans l’arène, il avait eut la désagréable surprise de voir celui-ci en face de lui dans l’arène.
-Qu’est-ce que vous faîtes ici ? lui avait froidement demandé Hijiri. Ce n’est pas l’endroit idéal pour un vieil homme !!
-Ainsi c’est tout le respect dont tu fais preuve envers ton maître ? Honte à toi, Hijiri !! avait répondu Kojima.
-Je n’ai que faire de vos reproches, avait répliqué Hijiri, toujours aussi froid. Que faîtes-vous ici ?
-J’ai vu il y a quelques jours des photos dans un journal qui montraient les corps de personnes tuées par une arme blanche. Et tu sais très bien que je pourrais reconnaître les blessure infligées par Shishi-Oh n’importe où…C’est toi qui a tué ces gens, Hijiri
-Oui, avait-il répondu d’un ton glacial.
-Ainsi, ce que je redoutais est arrivé…toi aussi tu es saisi de cette horrible soif de combat…mais qu’as-tu fait des principes que je t’ai enseigné ?
-Je suppose que vous n’êtes pas venu seulement pour me faire des reproches, n’est-ce pas ?
-En effet…tu as toujours été si perspicace, lui avait dit le vieil homme. Je suis venu pour te prendre Shishi-Oh, avait-il répondu en dégainant un katana. Prépare-toi !!
-Ah mais que vois-je ! C’est Korefuji, n’est ce pas ? Et c’et avec ça que vous comptez vous défendre ? lui avait dit Hijiri.
-Ne me sous-estime pas, jeune présomptueux !! avait déclaré Kojima avant de foncer vers Hijiri.
Celui-ci avait juste eut le temps d’éviter le coup de katana de Kojima en faisant un pas de côté, puis il avait répliqué par un coup horizontal facilement paré par son adveraire. Tous les deux avaient confronté leurs lames, avant de se repousser mutuellement. La foule, qui avait généralement l’habitude de voir Hijiri triompher en deux coups de katana, semblait chargée de tension : ils avaient tous parié sur Hijiri, et avaient très peur de voir avec lui s’évanouir leurs gains.
-Tu te débrouilles toujours aussi bien, vieil homme, avait dit Hijiri
-Mais toi, tu n’a toujours pas évolué, c’est pitoyable. Montre-moi vraiment ce que tu as dans le ventre, ou je te tue sur le champ.
Cette fois-ci, c’était Hijiri qui avait donné l’assaut, en visant directement le cou. Kojima avait paré le coup alors qu’il était à deux centimètres de sa jugulaire, et, utilisant son fourreau de la main gauche, avait asséner un coup à Hijiri au niveau du ventre, ce qui lui avait coupé le souffle aussi bien qu’il en avait lâché Shishi-Oh. Kojima avait ensuite mis son katana sous la gorge de Hijiri.
-Rends-toi, tu n’as plus aucune chance Hijiri, avait déclaré Kojima
-C’est toi qui me sous-estime maintenant, vieil homme !!
Il avait saisi Shishi-Oh avant même que Kojima puisse réagir, et avait paré Korefuji, qui allait le décapiter. Il avait ensuite fait glisser son épée le long de Korefuji jusqu’à ce qu’il puisse atteindre le torse de Korefuji, où il y avait planté Shishi-Oh.
-Pourquoi es-tu là ? avait demandé Korefuji, la bouche déjà remplie de sang.
-J’étais venu ici pour venger mes compagnons…mais ils n’ont plus aucune importance aujourd’hui…Seule compte cette excitation que je ressens à l’approche du combat !! Pour cela je te remercie, vieil homme, tu m’as diverti plus longtemps que de coutume. Mais il est temps pour toi de mourir
-Va au diable, avait répondu Kojima, les spasmes de la mort commençant à saisir son corps.
-Même le roi des enfers ne peut lutter contre ma lame !! avait dit Hijiri en retirant brusquement son épée du torse de Kojima.
Un geyser de sang chaud était venu se mélanger à la terre jaunâtre de l’arène. Deux hommes étaient rapidement venus au milieu de l’arène et avaient pris le corps de Kojima pour le jeter dans un charnier
L’organisateur des combats appela Hijiri, qui, perdu dans ses pensées, arrêta un instant de nettoyer Shishi-Oh.
-Hijiri, c’est à ton tour. Et cette fois, essaie de faire durer un peu le spectacle, ils en veulent pour leur argent.
Hijiri s’avança lentement et passa la grille qui servait à l’entrée des gladiateurs. La grille se referma derrière lui, tandis que les parieurs scandaient son nom.
En face de lui, un homme avec une tête de chouette, sans arme, se tenait assis sur le sol, il semblait méditer. Hijiri ne trouva rien d’étonnant à ce que l’homme aie une tête de chouette : les gladiateurs avaient l’habitude de porter des costumes assez extravagants, mais quant à lui, il se contentait d’une tenue de combat classique, un kimono noir avec une ceinture rouge qui lui entravait le moins possible ses mouvements.
-Alors, c’est toi mon adversaire aujourd’hui ? Où est ton arme ? demanda Hijiri
L’homme garda les yeux fermés quelques secondes, avant de répondre
-Si j’avais une arme, les chances que tu aurais de gagner seraient nulles. Même maintenant, elles sont minimes, mais j’ai l’espoir que tu seras un adversaire à la hauteur.
-Tu parles trop, et ton orgueil va te coûter la vie.
-Entre nous, répondit l’homme-chouette, tu n’as pas encore attaqué et tu es encore en train de parler. Me craindrais-tu ?
-Arrête de divaguer, c’est juste qu’il n’y a aucune gloire à attaquer un adversaire sans arme.
-L’homme se leva à une vitesse fulgurante et donna un coup de poing à Hijiri au niveau du visage, si puissant qu’il le fit voltiger à près de trois mètres de lui. Hijiri se releva aussitôt, la rage dans les yeux. Un mince filet de sang s’écoulait de son nez jusqu’à ses lèvres.
-Ca, tu vas me le payer !! hurla Hijiri
Il courut à toute vitesse sur l’homme chouette et essaya de le décapiter, mais celui-ci mit son index sur la trajectoire de l’épée et l’arrêta
-Aucune énergie spirituelle dans ce coup…tu es décidément bien faible, dit l’homme-chouette avec un air déçu. Je n’ai pas le temps de t’apprendre à te battre..
Sur ce, il frappa violemment Hijiri au ventre. Il s’écroula par terre, du sang lui sortant de la bouche.
-Quand tu seras plus fort, reviens me voir, lui dit l’homme-chouette.
Hijiri regarda une dernière fois le visage de l’homme-chouette avant de sombrer dans l’inconscience