~~ Chapitre 3 ~~
Avant la première mission
Lucas se réveilla dans la clinique du village. Il lui fallut quelques minutes pour se rappeler ce qui lui était arrivé dans la forêt avant qu´il ne perde connaissance et du combat qu´il avait mené face à l´étrangère. Avait-il rêvé? Sa tête et plusieurs de ses côtes le faisaient encore souffrir en réponse à cette question. Il se demandait s´il serait rétabli pour le jour de l´évaluation. L´évaluation! Quel jour était-on? Combien de temps lui restait-il pour se préparer à la passer? Il lui restait six jours à attendre, s´il n´avait dormi qu´une journée il devait lui en rester cinq... Aurait-il récupéré d´ici là? Lorsqu´il repoussa ses couvertures, ses côtes le firent souffrir d´avantage et il constata que son torse et sa poitrine était couverts de bandages. Cette fille l´avait-elle blessé à ce point? Il ne se souvenait que de ses insultes et de la rage qu´il avait épprouvé quand elle l´avait traité de nul et qu´elle avait qualifié Aeneas de lache. Aeneas... Allait-il bien? Sa blessure à l´épaule avait l´air sévère et la dernière chose dont il se souvenait était de l´avoir entendu hurler avant que la fille ne lance ce qui semblait être un fumigène. Etait-ce lui qui l´avait ramené au village malgré l´état de son bras? Lucas n´avait jamais imaginé avoir à combattre un adversaire aussi puissant. Même s´il avait eu Alondite avec lui cela n´aurait probablement pas été suffisant pour la battre, après tout elle avait réussi à tenir tête à Aeneas... Si elle n´avait pas voulu s´amuser un peu avant d´en finir, ils seraient sûrement déjà morts... Alors que Lucas se demandait ce qui avait pû pousser cette fille à les attaquer, son mentor entra dans la pièce, le bras tenu par une écharpe, suivi de l´infirmère.
"... et ça continuera à vous faire mal si vous ne laissez pas ce bras se reposer!" lui disait-elle, sans doute pour la centième fois.
Aeneas était visiblement soulagé de voir Lucas réveillé, l´infirmière quand à elle se contenta de lancer un "ah bah enfin!" avant de venir l´osculpter. Lorsqu´elle pressa sa main sur ses côtes et que Lucas poussa un petit cri de douleur, elle le qualifia de chochote et lui dit que ses blessures n´étaient pas très graves, après un ou deux jours de repos supplémentaires il pourrait reprendre l´entraînement. Lucas fut soulagé de l´apprendre. Une fois que l´infirmière eut fini et ait quitté la pièce, Lucas posa à son maître toutes les questions qui lui trotaient dans la tête.
"Monsieur, commença-t-il, que s´est-il passé après que j´ai perdu connaissance? Je me souviens que vous avez embroché la fille puis plus rien...
- C´est normal, répondit Aeneas, tu avais reçu un choc violent à la tête souviens-toi. J´ai sous-estimé l´ennemie qui en a profité pour s´échapper grace à un fumigène."
Aeneas avait encore des traces de brûlures sur le front.
"Mais ne t´en fais pas, reprit-il, si elle n´a pas succombé à ses blessures, elle doit être en train de quitter le pays à l´heure qu´il est. J´ai fait sa description et elle a déjà été envoyée à tous les postes de gardes du pays, si elle tente de passer une frontière on l´aura.
- Mais que voulait-elle? s´empressa de demander Lucas. Pourquoi vous a t-elle attaqué?
- D´après ce qu´elle a dit au cours de notre combat, elle n´en avait pas après l´académie ou le village, elle voulait seulement se mesurer à moi à cause de ma réputation mais... Aeneas marqua un temps d´arrêt. Enfin, peu importe, de toute façon j´ai l´impression qu´elle était complètement folle...
- Quel jour est-on? coupa Lucas qui venait de se rappeler de l´évaluation.
- Hé du calme! On est vendredi!
- Vendredi?! s´exclama Lucas. J´ai dormi toute une semaine? Mais alors j´ai... raté le jour de l´évaluation!
- Ne t´en fais pas, aux vues des évènements l´académie a décidé de reporter le test sur le terrain à une date ultérieure, celle-ci n´ayant pas encore été fixée, tu devrais avoir le temps de te remettre sur pieds.
- Elle a été repoussée? Mais vous venez de me dire que cette fille ne représentait pas un danger pour nous ou pour le village...
- C´est exact mais comme l´évaluation devait se dérouler dans la forêt sombre et que les enquêteurs n´ont pas encore fini d´étudier la scène du combat, il est interdit à toute personne de s´y rendre.
- L´evaluation devait avoir lieu dans les bois? s´étonna Lucas.
- Maintenant qu´elle a été réportée et qu´on a décidé de changer d´épreuve je peux bien te dire en quoi consistait celle que nous avions prévu. Nous devions répartir les élèves en équipes de trois et éparpiller ces groupes un peu partout dans la forêt. Ensuite nous étions supposés lacher d´énormes cochons sauvages et vous deviez les capturer vivants en moins de quarante-huit heures afin de simuler un kidnapping.
- D´énormes cochons sauvages? s´interloqua Lucas. Pour... pour simuler un kidnapping?" c´était la comparaison la plus ridicule qu´il ait jamais entendue.
Ils continuèrent à parler de leurs états de santé respectifs et de la clinique, ainsi Lucas apprit que la blessure de son instructeur n´était plus impressionnant que grave et Aeneas fit l´éloge de la cuisine de la clinique qui était d´après lui presque aussi bonne que celle de Lucas... Aeneas devait vraiment être un bien piètre cuisinier pour apprécier une nourriture aussi infecte.
Après le dîner, Aeneas fut convoqué par le directeur de l´académie pour une raison inconnue. Avant de quitter la chambre, il avoua quelque chose à son élève :
"Lucas, sans toi je ne serai plus là aujourd´hui alors... merci. Mais laisse moi te donner un conseil.
- Un conseil? Lucas ouvrit grand ses oreilles.
- Evite de trébucher la prochaine fois que tu veux faire une entrée fracassante."
Aeneas sortit de la pièce et ferma la porte derrière-lui. Les joues de Lucas avait viré au cramoisi en entendant ce "conseil" de son instructeur. Avait-il dit ceci pour se moquer de son élève ou pensait-il que son élève avait vraiment besoin de l´entendre?
Aeneas attendait le directeur dans son bureau. Celui-ci avait la facheuse manie de toujours se faire attendre mais Aeneas avait prévu le coup : il avait apporté avec lui un livre de cuisine appelé "Comment faire cuir du riz - pour les nuls". Le bureau était assez grand mais seul le centre de la pièce était éclairé, ce qui le faisait ressembler à une sorte de salle de conseil d´une société secrète ou quelque chose dans le genre, et ce afin d´impressioner les mauvais élèves envoyés se faire tirer les oreilles.
Alors qu´il débutait le troisiême chapitre de son livre, le directeur finit par arriver. C´était un petit homme enrobé généralement surnommé la boule par les élèves et certains instructeurs. Il avait de grosses joues rouges, de petites lunettes rondes et avait le crane dégarni. Sa barbe grise tombait presque aussi bas que sa longue robe bleue.
"Monsieur! salua Aeneas.
- Bonjour Aeneas, répondit le directeur d´une voix calme. Comment va cette épaule?
- Bien monsieur. L´infirmière Joëlle m´a dit que je serai complètement rétabli dans une petite dizaine de jours mais je suppose que vous ne m´avez pas fait venir pour discuter de mon état de santé.
- Tu as raison, reprit le directeur d´un ton plus grave. Je t´ai fait venir pour te parler d´une chose bien plus préoccupante. Tu n´es pas sans savoir que les enquêteurs sont à la recherche de la femme qui vous a attaqués toi et ton élève? Le directeur se tourna vers la porte. Enfin, elle est mieux placée que moi pour te faire son rapport. Logan, entre je te prie."
La porte s´ouvrit, laissant apparaître Logan, la chef des enquêteur. Logan était une femme d´une trentaine d´années, assez élancée et au visage plutôt dur. Elle était vêtue de noir et avait une certaine classe, d´où sa popularité auprès de certains hommes du village, pourtant Logan était une grande solitaire.
"Logan, peux-tu répéter à Aeneas ce que tu m´as dit dans ton rapport?
- Oui, monsieur, répondit Logan en s´inclinant devant le directeur avant de se tourner vers Aeneas. Nous avons suivi la trace de l´inconnue, ce fut assez simple compte tenu des taches de sang qu´elle laissait un peu partout. Malheuresement, nous avons fini par perdre sa trace dans la périphérie de Parousia. Trois de mes hommes essaient de la retrouver mais ce n´est pas simple avec la foire annuelle et l´arrivée des forrains et des touristes.
- Ma première pensée c´est qu´elle cherche à se mêler à la foule le temps de reprendre des forces, avoua le directeur, mais Logan a une autre hypothèse...
- Je vois, songea Aeneas. Vous pensez qu´elle tient un stand sur la foire et...
- Non, coupa Logan qui eut subitement l´impression de s´adresser à un crétin. Nous pensons qu´elle compte s´en prendre à un autre des seize.
- Un autre? s´exclama Aeneas. Hum c´est plausible en effet, il y en a beaucoup dans la capitale mais... est-on sûr qu´elle ne fait pas partie des forrains? Je veux dire, aucune hypothèse n´est à écarter..."
Logan et le directeur doutaient de plus en plus de l´intelligence de l´homme qui leur faisait face. Ils échangèrent un regard comme pour vérifier qu´ils avaient bien entendus la même chose puis le directeur se tourna vers Aeneas et lui demanda :
"Aeneas, comment ton élève se porte-t-il?
- Bien monsieur, il devrait pouvoir quitter la clinique d´un jour à l´autre.
- Peut-il se déplacer?
- Oui monsieur. Une minute, que comptez-vous...
- Aeneas, coupa le directeur avant d´entendre une nouvelle énormité, toi et ce jeune Lucas êtes les seuls à avoir vu le visage de celle que nous cherchons, je sais que vous êtes encore souffrants mais vous seuls pouvez la reconnaître à travers la foule.
- Monsieur le directeur, je ne pense pas que Lucas à son niveau actuel soit en mesure de combattre un tel adversaire...
- Il n´est pas question de combattre, dit le viel homme, seulement de la reconnaitre. Vous serez toujours accompagnés par les enquêteurs qu´a laissée Logan sur place, de plus Seth vous accompagnera pendant la durée de cette mission.
- Seth? s´étrangla l´instructeur. Vous êtes sûr que c´est une bonne idée? Il est un peu... spécial...
- Je sais, avoua le directeur, mais il est le seul dont on puisse se passer au village pour le moment. J´aurais aimé envoyer Meiga avec toi mais il est peut être lui aussi une cible de cette femme, de plus nous ne pouvons nous passer d´un second instructeur à l´académie.
- Bien monsieur, je comprend.
- Aeneas, vient prendre cette enveloppe. Elle contient tes ordres de mission. Va prévenir ton élève dès que tu sors de cette pièce, Seth vous attendra à sept heures à la sortie du village."
Aeneas prit l´enveloppe des mains du vieil homme, se dirigea vers la porte et salua Logan et le directeur avant de sortir.
Pendant ce temps là, dans un hotel de Parousia, une jeune fille au torse couvert de bandages regardait la foule par la fenêtre. C´était celle qui avait attaqué Aeneas et son élève. Elle avait fini par repredre des forces. Avait-elle trouvé sa nouvelle proie?
"Aeneas, enfoiré, quand j´en aurai fini ici j´te jure que j´te crèverai!"