La vérité sur Fisichella à Suzuka !
L’écurie Renault était tout autant mortifiée que Giancarlo Fisichella à l’arrivée du Grand-Prix du Japon. En s’élançant de la 3è place de la grille de départ alors que tous les ténors étaient rejetés en fond de grille (Schumacher 14è, Alonso 16è, Räikkönen 17è, Montoya 18è), Fisichella avait, sur le papier, course gagnée – sauf pépin mécanique ou aléas de course qui ont épargné le pilote Renault. Suzuka présentait une physionomie similaire à celle de la manche d’ouverture de la saison, à Melbourne, que le Romain avait remportée haut la main.
Au Japon, Giancarlo a subi la loi d’un Iceman tout feu tout flamme. Comment a-t-il laissé échapper la victoire ? Analyse au travers du rythme de course et des écarts entre Fisichella & Alonso – la valeur étalon pour l’Italien, qui disposait du même matériel que le nouveau champion du monde de Formule Un – et Fisichella & Räikkönen (le vainqueur de l’épreuve).
Après la période de neutralisation consécutive à la sortie de piste de Montoya, Fisichella possédait 9.8 secondes d’avance sur Alonso, écart qui culmine à 21.3 secondes au 35è tour, après que l’Espagnol ait laissé filer une grosse poignée de secondes derrière Schumacher, dont il dut se défaire à deux reprises. Sous le drapeau à damier, Fisichella possédait 15.8 secondes d’avance sur son leader, qui ne lui a donc repris que 5.5 secondes en 18 tours. Pas de quoi rougir face à un superbe champion du monde particulièrement motivé et qui voulait faire honneur à son titre, même si Alonso a dû composer avec le trafic à plusieurs reprises, contrairement à Fisichella, qui a toujours eu la voie libre.
A l’issue de la même 35è boucle, Giancarlo s’était ménagé une avance de 18.6 secondes sur Räikkönen. En l’espace de 18 tours, l’Italien a concédé la bagatelle de 20.2 secondes au Finlandais, soumis au même régime qu’Alonso dans le trafic. Ce dernier a lui-même perdu 15 secondes sur le vainqueur de l’épreuve entre le 35è et le 53è et dernier tout de course.
Globalement le rythme de course de Fisichella était donc assez bon (par rapport à Alonso), et le facteur décisif de sa défaite s’appelle Räikkönen/McLaren. Fidèle à sa tactique de course préférée, Kimi a aligné en course des tours de qualifications éblouissants au moment décisif (Räikkönen est l’auteur du nouveau record de la piste), sachant économiser son essence et ses efforts lorsqu’il était bloqué derrière les tandems Schumacher/Alonso puis Button/Webber.
En bleu et jaune, Fisichella n’est pas pour autant tout blanc. Il a raté le coche à plusieurs reprises :
1) Tout d’abord en ne sachant pas augmenter son rythme de course et élever son niveau de pilotage au moment opportun alors qu’il pouvait tailler la route, sans devoir se frayer un chemin dans le trafic. Le meilleur tour en course de Giancarlo – à 1 seconde pleine d’Alonso (1:31.599 pour le pilote des Asturies, 1:32.522 pour le Romain) – est révélateur du plateau de compétitivité atteint par l’Italien. S’il avait pu enchaîner trois tours dans les 1:31, à n’importe quel moment de la course, il aurait été hors de portée de Räikkönen.
2) Fisichella n’a pas su s’adapter à la Formule Un moderne. Sa défense contre les coups de boutoir de Räikkönen était d’un autre age. Giancarlo a tenté de protéger son leadership en se portant à l’intérieur de la trajectoire à la chicane dans les 3 dernières boucles, alors que le mufle de la MP4-20 frappée du numéro 9 se faisait de plus en plus chaud dans les échappements de la R25. Aucun pilote n’a pu dépasser à cet endroit. Seul Sato a tenté une manœuvre sur Trulli, avec l’insuccès que l’on connaît (déclassement du Grand-Prix du Japon après une collision avec Jarno).
La défense de Fisichella aurait été judicieuse... en 1989 ! A l’époque où Prost et Senna luttaient pour le titre et où un dépassement devait s’opérer à la chicane car toute tentative en bout de ligne droite était vouée à l’échec. Mansell déventé derrière Senna, au débuts des années 90, en avait fait les frais : tout droit dans le bac à graviers ! Malgré les coupes sombres opérées dans l’aérodynamique des F1 2005, la première courbe de Suzuka offrait hier la meilleure opportunité de dépassement comme l’ont prouvé Räikkönen et Alonso à plusieurs reprises.
En freinant très tôt à l’intérieur de la chicane, Fisichella cassait son élan (il était coutumier du fait à la chicane d’Imola où il concédait une poignée de centièmes sur Alonso). Kimi lui, volait d’un vibreur l’autre. Après avoir parfaitement lu la tactique de Fisichella, Räikkönen s’est donné une petite marge dans l’avant-dernier tour, pour mieux bondir hors de la chicane et bénéficier de son élan pour attaquer l’Italien dans la ligne droite. Imparable !