Bridgestone ne se dégonfle pas
Largement remis en cause dans les mauvais résultats de la Scuderia cette année, le manufacturier Bridgestone promet une révolution au Grand Prix de Monaco avec l’utilisation de nouvelles gommes. Pas sûr que cela suffise à relancer Ferrari. Explications.
Par Gilles Festor
«Les pneumatiques sont le problème n°1 aujourd’hui et celui qui m’inquiète le plus. Je m’inquiète car je vois après cinq courses que nous avons une monoplace très compétitive mais qu’il y a un gros problème avec les pneus». Au lendemain de la déroute de la Scuderia en Espagne ( 9e place de Barrichello et abandon de Michael Schumacher sur une double crevaison), Luca Di Montezemolo jette un pavé dans la mare dans les colonnes du quotidien italien La Republica. Le président de Ferrari remet ouvertement en cause les performances du manufacturier qui passe au banc des accusés quelques mois après avoir été un des principaux artisans des titres mondiaux de 2004.
La double crevaison de «Schumi» est de trop
Car le Grand Prix d’Espagne a cristallisé l’épineux problème des pneumatiques de la marque italienne depuis le début de la saison. Les performances globales des gommes nippones ont été montrées du doigt à chaque grand prix, excepté à Imola. Il est d’ailleurs amusant de constater que quinze jours avant le fiasco espagnol, la firme italienne avait encensé Bridgestone après la deuxième place de Schumacher...
Cette saison, le règlement de la FIA impose aux écuries d’utiliser un seul train de pneumatique pour la durée d’un grand prix. En deçà de Michelin en 2004, Bridgestone a pris un retard considérable dans la conception de nouvelles gommes plus résistantes. Le manufacturier japonais n’a d’ailleurs pas cherché à botter en touche. Par un communiqué répondant aux accusations de Luca di Montezemolo, la direction faisait son mea culpa : «Luca di Montezemolo est logiquement préoccupé des résultats des Ferrari à ce stade de la saison, en particulier suite à l´abandon de Michael Schumacher victime d´une chute de pression dans deux de ses pneumatiques. Bridgestone comprend sa frustration et nous travaillons plus que jamais pour corriger cela». On l’a compris, Bridgestone la joue profil bas car outre le fait que la marque nippone a conçu un package moins endurant que celui de la marque clermontoise, les gommes de Ferrari manquent cruellement de performances lors des premiers tours rapides en course.
Et la responsabilité de Ferrari ?
Pour autant, Bridgestone peut bénéficier de circonstances atténuantes. En modifiant le règlement, la FIA a révolutionné la conception des pneumatiques, comme le souligne le directeur de l’ingénierie de Renault, Pat Symonds : «La limitation du nombre de pneumatiques utilisables par week-end est la mesure dont l´impact sera le plus significatif». En 2004, la durée de vie d’un pneu était d’environ 80 km, cette année elle a été multipliée par quatre ( 350 km environ) !
Or, pour mettre au point de nouvelles gommes, Bridgestone ne dispose des données techniques que de deux écuries, Ferrari et Jordan alors que Michelin travaille avec le reste des teams. C’est la raison pour laquelle Ferrari refuse toujours de se plier au gentleman agreement qui prévoit une limitation des essais privés à trente jours par an. La demande de Hirohide Hamashima, le responsable du développement chez Bridgestone, conforte Ferrari dans sa position : «Nous ne faisons pas assez d’essais privés. On dit que Ferrari fait plus d’essais privés que les autres équipes mais cet hiver, alors que nous n’avions qu’une voiture disponible, d’autres roulaient avec trois monoplaces».
Enfin, faire reposer l’entière responsabilité de Bridgestone dans les mauvais résultats est excessif. En Espagne, si les pneus de Schumacher n’ont pas tenu, c’est aussi en grande partie parce que la monoplace de l’Allemand était mal équilibrée. Et la course anonyme de Barrichello relève d’un ennui moteur. Ce n’est pas non plus la faute de Bridgestone si Ferrari a dû accélérer la mise en route de la nouvelle monoplace destinée à remplacer une F2004 poussive du début de saison.
Une révolution à Monaco
A Monaco, circuit sur lequel il est indispensable de bien se placer sur la grille de départ pour espérer faire un bon résultat, Bridgestone promet une grosse amélioration : «Nous serons au sommet dès le retour à Monaco» déclare Hirohide Hamashima avant de poursuivre : «Ce sera une vraie révolution, dès ce mardi, nous testerons les pneus prévus pour le Grand Prix de Monaco. Les qualifications seront primordiales là bas et ce sera donc une priorité».
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