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« Si Millwall a les pires supporters, alors les nôtres sont juste derrière »
Pour la saison 2002-2003, le club a mis en place une carte de membre, obligatoire pour qui veut acheter un ticket pour un match, à la manière de ce qui se fait déjà ailleurs en Grande-Bretagne comme à Manchester United. Mais là où le club mancunien tente de canaliser la demande quasi-planétaire de tickets pour les matches des Red Devils à Old Trafford, Millwall s’est fait imposer un flicage aux allures d’ultimatum : « Le club n’avait pas le choix. La police nous a dit : soit vous mettez en place un système qui permet d’identifier les supporters, soit on vous ferme le stade » confie une salariée du club. Depuis, Millwall se tient à peu près tranquille. « Les problèmes de violence ont été pratiquement éradiqués à 99% » estime Toby Porter, journaliste collé tous les jours aux basques de Millwall pour le South London Express, le quotidien local. « Quelques individus, isolés, interpellés pour ivresse ou insultes racistes, sinon rien à signaler » se réjouit Ken Chapman. « C’est nettement plus calme cette saison » juge un vendeur de journaux du quartier : « Moins de troubles, donc moins de police ». La confiance et le retour au calme sont encore fragiles. Tous les commerçants de ce block situé à quelques mètres de la station de Bermondsey baissent le rideau pendant 30 minutes, à la fin de chaque match, le temps que les supporters quittent le stade et le quartier. Parallèlement, quatre déplacements – jugés trop risqués – ont été « interdits » aux supporters de Millwall cette saison. Comme la restriction marche dans les deux sens, les supporters des équipes visiteuses sont frappés de la même interdiction. Pas de visite du Den cette année pour Leicester, Wolverhampton, Nottingham, Ipswich, Portsmouth et Stoke City. « Ce n’est pas plus mal » estime un journaliste radio d’une radio de Stoke venu couvrir la rencontre : « Car si Milwall se coltine les pires supporters, les nôtres sont juste derrière. A l’occasion de l’un des derniers déplacements, ils ont mis à sac un bar à hôtesses. Le match avait à peine commencé. Je crois qu’il ne sont même pas allés au stade ». Faute d’adversité, Millwall se sent orphelin, ses supporters inutiles. « Sans les supporters adverses, tu chantes dans le vide. C’est comme aller au cinéma » soupire Gary Miles, membre d’un groupe indépendant de supporters. A l’arrivée, Steve Frangou, qui soutient Millwall « depuis sa naissance », déplore « que les vrais fans, qui n’ont rien à voir avec cette violence, soient pénalisés par cette mesure ».
New Cross, c’est vraiment le trou du cul de Londres »
Si personne n’aime Millwall, Millwall n’aime pas grand monde non plus.
A commencer par les voisins de l’Est londonien. Crystal Palace, que les supporters de Millwall appellent « Crystal Pal-arse », West Ham, le rival honni de l’autre rive de la Tamise, ces « enculeurs de moutons » de Cardiff et Swansea comme le chantaient les fans à chaque déplacement au Pays-de-Galles, plus tous les clubs du Nord de l’Angleterre. A l’arrivée, cela fait beaucoup de monde à haïr, d’autant que, pour un habitant de New Cross, le « Nord » peut quelquefois commencer à la station de métro d’Elephant and Castle. Et dans le sens de la visite, pour un supporter de Chelsea, Arsenal ou Tottenham, « New Cross, Peckam, c’est vraiment le trou du cul de Londres » écrivait John King, toujours dans Football Factory. Depuis, Millwall, un peu las de se justifier, a fait de son statut de pestiféré du sud prolo de Londres sa devise et quelque part sa fierté. « Personne ne nous aime et on n’en a rien à battre » s’affiche sur les t-shirts et a donné son nom à l’un des deux fanzines du club. « J’ai toujours trouvé très injuste ce procès fait à Millwall » estime Gary Miles, « surtout quand vous regardez l’attitude des supporters d’autres clubs comme Leeds ou même la Red Army de Manchester United il y a quelques années ». Pour ce supporter, la lecture des événements montre que c’est désormais la réputation qui génère la violence et plus le contraire : « Millwall est impliqué dans un incident tous les dix ans, comme si, à chaque nouvelle génération de supporters, certains voulaient prouver qu’ils étaient dignes de perpétuer cette mauvaise réputation ».
Les hordes de Millwall allaient mettre à sac la ville
Depuis que le « Bramcote Arms », l’un des fiefs historiques des supporters des Lions, est fermé les jours de matches au New Den, les fans empruntent Ilderton Road qui mène à la station de New Cross pour écluser quelques pintes. Après la victoire contre Stoke, ils sont une petite cinquantaine autour du comptoir. Trois générations, sobres dans la victoire et la descente de bitter… Cool Britannia. Tout le monde se fout du match diffusé sur Sky TV, un champêtre Yeovil-Doncaster qui doit décider de la montée en Forth Division ( l’équivalent de notre CFA 2). La chaîne de pay-per-view sur laquelle le football ne se couche vraiment jamais, a dépêché pas moins de Deux envoyés spéciaux « embedded » avec les supporters verts et blancs de Yeovil. Ils sont 3 000 à avoir fait le déplacement depuis le Somerset. Au milieu des années 70, John Parish, le producteur-mentor de PJ Harvey, alors âgé de 17 ans, s’était dégotté un job d’étudiant dans un supermarché de Yeovil. C’était l’un de ces mythiques samedi après-midi de FA Cup. Le tirage au sort avait jeté Millwall et ses affreux supporters sur la route de Yeovil et de ses honnêtes commerçants. Quelques jours avant le match, la rumeur s’était répandue le long de Middle Road, l’artère principale du bled du Somerset. Les thugs du south-east London allaient profiter de leur déplacement pour mettre à sac la bourgade. Le jour du match, la direction du supermarché avait demandé à John Parish de se poster à l’entrée du magasin, un balai à la main, pour empêcher les hordes sauvages de Millwall de venir piller le supermarché. Comme un bouclier humain pas très dissuasif… Finalement, les supporters de Millwall ne sont jamais venus.
Source : So Foot
Auteur du dossier : Joakino Del Toro