Pas question de lâcher la Coupe. Cette grande dame d´acier aux interminables oreilles qu´il trouvait " un peu lourde" mercredi soir au moment de la soulever, Steven Gerrard ne l´a pas quittée de la nuit. " La coupe a terminé dans le lit de Steven. Sa petite amie n´était pas là, alors il fallait qu´il trouve quelque chose" , s´amuse Vladimir Smicer. " Il s´est réveillé avec elle dans son lit ce matin", confirmait jeudi le président de Liverpool, Rick Parry.
Gerrard n´avait pas volé cette étreinte. Exemplaire de courage et de détermination, c´est lui qui a remis les Reds dans le sens de la marche à Istanbul, d´un coup de tête imparable. Pourtant, il n´y croyait guère. " A 3-0 à la mi-temps, je pensais qu´on allait finir en larmes après le coup de sifflet final, avoue l´international anglais. Mais le manager nous a dit de relever la tête et d´essayer de marquer tôt et nous l´avons fait. Nous avons réalisé une extraordinaire performance en seconde période."
" La plus belle nuit de ma vie"
La sienne ne fut pas la moins probante. Exténué comme toute son équipe, on l´a pourtant vu effectuer plusieurs gestes décisifs en défense, notamment en prolongation. Comme toujours, Gerrard a donc su montrer l´exemple. " Steven est un joueur clé de l´équipe et un homme très important dans le groupe. Il a la mentalité que nous recherchons", explique Raf Benitez en guise d´hommage. " C´est la plus belle nuit de ma vie. Soulever ce trophée procure des sensations incroyables", confiait de son côté Gerrard après le match.
Dans cette équipe de Liverpool où la légion espagnole est aujourd´hui plus trapue que les autochtones anglais, il fait office, avec Jamie Carragher, de gardien du temple. Parce qu´il est le dernier grand joueur formé au club à s´être imposé en équipe première. La foule d´Anfield l´adore, et il le lui rend bien. Ce trophée, c´est aussi, et même peut-être surtout celui d´un public. " Je suis si heureux pour les supporteurs. Je suis vraiment fier de ce que nous avons fait pour eux. Ils sont fous, mais je les aime", lance Gerrard.
Une année de doute
Paradoxalement, c´est peut-être au terme de sa saison la moins aboutie que le milieu de terrain des Reds aura donc connu la consécration. " C´est vrai, j´ai connu des hauts et des bas" , admet-il, tout en rappelant, avec raison, qu´il a toujours su hausser son niveau de jeu en Ligue des champions. Malheureux en finale de la Carling Cup en février, où il avait trompé son propre gardien pour permettre à Chelsea de revenir dans le match, Gerrard avoue s´être posé des questions sur son avenir. " Après cette finale, certains ont osé mettre en doute mon engagement avec le club" , rappelle-t-il avec un brin d´amertume.
L´été dernier, déjà, son départ avait été envisagé. Le transfert de Michael Owen au Real l´avait laissé bien seul. Gerrard avait le sentiment que son ambition personnelle n´était plus compatible avec celle de son club. Chelsea lui faisait les yeux doux, mais il avait finalement choisi de rester. " Je ne pense pas que ce soit une question d´argent pour Steven, estime le président des Reds. Il arrive à un âge où il veut gagner des titres et c´est normal. C´était un dilemme pour lui l´an dernier. Je lui ai dit, ´reste un an de plus et voyons ce qui se passe´. Et bien, regardez ce qui est arrivé" .
Benitez: " Il va rester, c´est sûr"
Aussi improbable que cela puisse paraître, Steven Gerrard est effectivement champion d´Europe aujourd´hui, au terme de la plus exceptionnelle des finales. Michael Owen, venu à Madrid pour remporter cette fameuse Ligue des champions, n´a même pas une Coupe du Roi à se mettre sous la dent. Le football est parfois ironique. Tant mieux. " Nous sommes aussi ambitieux que lui, même s´il a pu parfois en douter", ajoute Parry.
Du coup, alors que tout le monde le donnait partant dans quelques semaines, les chances de le voir poursuivre sa carrière du côté d´Anfield ont sérieusement augmenté. " Comment imaginer quitter Liverpool après une soirée comme celle-ci ? , avoue Gerrard. Je suis vraiment heureux dans ce club. Je vais engager des discussions avec le président et le manager, mais cela semble bien parti." Liverpool, après avoir longtemps vécu dans le doute, nourrit désormais des certitudes. " Steven va rester, c´est sûr", promet ainsi Benitez.