Cheyrou, double détente
05/03/2008 - 15:04 Par ERIC DELTOUR
De Sports.fr Son début de saison en demi-teinte, à l'image d'un OM à côté de la plaque, n'est plus qu'un mauvais souvenir. Benoît Cheyrou s'est imposé comme le nouveau patron de l'équipe olympienne, ce que son coach, Eric Gerets, n'hésite pas à claironner au point d'en faire un prétendant à l'équipe de France. Alors que Marseille avance à plein régime en Ligue 1 comme en Coupe de l'UEFA, où les Phocéens reçoivent le Zenit St-Pétersbourg jeudi, en 8e de finale aller, l'ancien Auxerrois devient incontournable.
Cheyrou donne sa pleine mesure. Pour le plus grand bonheur de l'OM... (Maxppp)Cheyrou donne sa pleine mesure. Pour le plus grand bonheur de l'OM... (Maxppp)
3 novembre dernier. Au soir d'un sinistre match nul (0-0) concédé face à Lorient dans un Vélodrome glacial, qui laisse l'OM empêtré dans la zone de relégation à une inquiétante 19e place au classement de Ligue 1, un Pape Diouf, ulcéré par le début de saison calamiteux de ses troupes, avait placé les recrues marseillaises de l'été devant leurs responsabilités. Le président de l'OM estimant que l'investissement des nouveaux venus n'avait pas grand-chose à voir avec le rendement qui leur avait valu l'intérêt du club phocéen. Parmi les accusés, Benoît Cheyrou en prenait pour son grade...
Quatre mois plus tard et l'heure n'est plus aux critiques pour l'ancien Auxerrois mais bien aux louanges qui pleuvent en ce début d'année 2008 sur la trajectoire ascendante de l'intéressé. Cheyrou fait l'unanimité. Non seulement à la hauteur de la réputation de travailleur infatigable de l'entrejeu, sur lequel il règne de nouveau, mais aussi capable d'endosser l'un des costumes, si pesant dans le contexte marseillais, de joueurs majeur de l'OM, au même titre que Nasri, Mandanda ou Cissé. Un statut qu'Eric Gerets, dont l'arrivée semble avoir libéré Cheyrou, lui décerne de lui-même, allant même plus loin encore: "On en parle depuis quatre mois... Pour la 127e fois, je vais dire que pour moi, il est le patron de l'équipe. Il est plus fort s'il a cette responsabilité". Toute la panoplie de l'ex-Lillois a en effet refait surface: qualités techniques, pied gauche, pied droit, sens tactique et cette endurance, véritable marque fabrique, qui lui permet d'avaler 90 minutes avec le même rendement.
Deschamps: "Ça peut être une option intéressante pour Domenech"
Gerets ne peut que louer la montée en puissance de son joueur, qui est évidemment pour beaucoup dans la dynamique actuelle de l'OM, redevenue une véritable menace en Ligue 1 comme en Coupe de l'UEFA, où le club phocéen, qui accueille les Russes du Zenit Saint-Pétersbourg, jeudi, au Vélodrome, nourrit de hautes ambitions. Le technicien belge ne reconnaît plus le Cheyrou qu'il a découvert à son arrivée sur la Canebière: "Quand je suis venu ici, j'ai trouvé un joueur qui ne parlait pas, qui ne prenait aucune responsabilité, maintenant il est redevenu le joueur qu'il était avant et même un peu plus fort." Le gros moteur qu'est Cheyrou avait besoin de temps pour non seulement s'acclimater, mais aussi parce qu'il a pour habitude de débuter ses saisons crescendo. Un gros moteur donc, mais plutôt version diesel.
Aujourd'hui, alors que l'OM donne cette pleine mesure dont on le devinait capable avant le début de la saison, Cheyrou, dont le choix de rejoindre l'OM répondait à une volonté de franchir un cap, s'affirme chaque semaine un peu plus. Au point de postuler chez les Bleus? Son entraîneur, décidément inconditionnel, milite en sa faveur: "Quand tout va bien, c'est un joueur qui frappe à la porte de l'équipe de France, s'enthousiasme Gerets. Je sais que ce n'est pas mon job de faire la sélection de mon collègue mais je trouve normal d'en parler." Plus direct dans son jeu, sans pour autant perdre en précision, à l'image de ses trois passes décisives en Ligue 1, qui en font le deuxième meilleur passeur du club derrière Nasri, le milieu de terrain marseillais se montre également plus offensif, avec à la clé un but contre Bordeaux, en décembre, puis encore un autre il y a peu face à Moscou, au Vélodrome (3-0), un penchant qui lui faisait jusqu'alors plutôt défaut.
Une palette qui s'enrichit donc et un autre soutien de poids en la personne de Didier Deschamps qui, en matière de milieu de terrain relayeur, en connaît un rayon et trace un parallèle entre Cheyrou et un certain Manu Petit: "Benoît Cheyrou est intéressant depuis quelques mois, notait récemment l'ancien capitaine des Bleus sur RMC. Lorsque nous sommes devenus champions du monde, il y avait Emmanuel Petit, et c'est vraiment un avantage d'avoir un gaucher au milieu. Ça donne des possibilités dans le jeu. Ça peut être une option intéressante pour Domenech. Mais il vient de loin et ça peut être difficile de bousculer la hiérarchie." Cheyrou aura besoin de mener l'OM sur des sommets pour s'immiscer dans le paysage tricolore. Marseille de demande que ça...
Cheyrou 