Analyse d’un fiasco
Si après la bonne prestation à Porto, on peut croire au retour de l´OM, il est bon également de se pencher sur les raisons d´un tel fiasco depuis le début de la saison marseillaise. C´est l´œil du supporter.
Présenté comme favori en début de saison pour tenir la dragée haute à Lyon en championnat, l’Olympique de Marseille, entre des prestations poussives et d’autres franchement indigentes, n’a pas encore fourni un seul match référence dans cette compétition. Aujourd’hui, un tiers du championnat s’est écoulé, et l’OM en sa qualité d’avant-dernier et donc de relégable se prépare à un périlleux déplacement chez l’épouvantail lyonnais.
Pas de coupe d’Europe en 2008 ?
Lorsque l’on regarde un match de cet OM cuvée 2007/2008, on est saisi par le manque de conviction et de complicité chez les joueurs phocéens. Comment expliquer un tel manque de liant sur le terrain après une vingtaine de matchs toutes compétitions confondues ? Et que dire de cette impression que l’on a de voir certains jouer avec le frein à main ? La situation est aujourd’hui grave : après 13 journées, l’équipe est 19e, avec la 12e défense et la… 18e attaque. A titre de comparaison, en 2004, après le départ de Didier Drogba, l’OM après 13 journées était 6e à 10 points de Lyon, pour terminer 5e au classement final. Cette saison l’écart entre l’OM et l’OL est de 20 points.
Une participation à une coupe d’Europe l’an prochain est de toute évidence très fortement compromise, sauf à remporter une coupe nationale, ce qui au vu des qualités mentales affichées par le groupe face à l’adversité semble hautement improbable. Ne pas participer à une coupe d’Europe l’an prochain signifierait une importante perte financière pour le club, de l’ordre de 20M€ par rapport à la présente saison. Ce qui couplé à la baisse de la part de l’OM dans le gâteau des droits télés (moins bon classement final = prime plus petite) induirait d’une part des capacités de recrutement limitées et une attractivité moindre, et d’autre part conduirait les joueurs à fort potentiel de l’OM à s’échapper de ce navire qui sombre. Nous serons alors de retour dans une énième saison dite « de transition », si toutefois l’équipe se maintient en Ligue 1.
Un recrutement français
Après la vente de Ribéry, les décisionnaires olympiens s’étaient dits enclins à ne pas répéter les erreurs de la gestion de l’après-Drogba et à ne pas chambouler l’effectif. Bilan de ce dernier mercato : 19 départs, dont 8 de joueurs de l’équipe première, et arrivée de 10 nouveaux. On a connu de meilleurs exemples de stabilité. De plus, à l’instar de l’intersaison 2004, le recrutement de cette année a été axé sur des joueurs évoluant ou ayant évolués en France. Aux Luyindula, Bamogo, Pédretti, Lizarazu, Fiorèse, Eduardo Costa et Bruno Cheyrou de l’intersaison 2004 ont succédé cette année les Bonnart, Benoît Cheyrou, Cissé, Faty, Givet, ainsi que Moussilou et Mandanda en prêt, Zenden constituant la seule recrue non-française. Si globalement les qualités intrinsèques de ces joueurs étaient plus ou moins évidentes dans leurs clubs d’origine, on peut toutefois s’interroger sur la complémentarité de ces joueurs avec ceux déjà en place, et sur leurs capacités à évoluer dans le contexte bouillonnant de l’Olympique de Marseille.
Une paire défensive en question
Prenons Gaël Givet, recruté pour former l’axe central de la défense marseillaise avec Julien Rodriguez. S’il est individuellement un bon défenseur, il n’est pas le complément idéal à son coéquipier. Tout deux sont en effet des joueurs assez lents, qui misent avant tout sur un bon placement, mais face à un joueur rapide, comme Sektioui pour Porto ou Emana pour Toulouse, ils peuvent se retrouver dépassés, aucun des deux n’étant assez véloce pour venir couper l’action en cours dans le dos de son camarade.
Lors du parcours de Monaco en Ligue des Champions où ils accédèrent à la finale de la compétition, Givet et Rodriguez ne furent alignés que 5 fois sur 13 rencontres ensemble en défense centrale, les 8 autres matchs voyant la paire Squillaci-Rodriguez dans l’axe et Givet en latéral gauche. Ces 5 rencontres disputées par la paire Givet-Rodriguez se soldèrent par 2 défaites, contre le Lokomotiv Moscou et Porto en finale.
On peut aussi remarquer qu’en championnat Monaco fut cette saison-là longtemps leader du championnat, pendant 21 journées consécutives. Jusqu’à la 23e journée, Monaco compte 7 points d’avance sur Lyon, la paire alignée en défense centrale est généralement Squillaci-Rodriguez, parfois Squillaci-Givet. Mais dés le début du match contre Lille comptant pour la 24e journée, Squillaci est victime d’un claquage. Givet et Rodriguez sont alors alignés ensemble dans l’axe. Bilan : première défaite à domicile de la saison pour Monaco. Squillaci ne jouera plus que 180 minutes en championnat (notamment 90 pour une victoire contre l’OM) cette saison-là. Malgré un calendrier très favorable, Monaco va s’effondrer et ne prendre que 28 points en 15 matchs, finissant à la 3e place à 4 points de Lyon…
Le choix Cissé pas si judicieux
D’autre part, on peut s’interroger à propos de la pertinence du recrutement de Djibril Cissé. Face à l’OM, les équipes sont souvent acculées en défense et attendent de placer un contre, faisant en sorte de laisser le moins d’espace possible. Il est donc nécessaire pour l’OM d’avoir des attaquants capables de tenir le ballon, de jouer dos au but, et de prendre une part active dans la construction afin de créer des brèches pour leurs coéquipiers. Cissé n’a jamais eu de telles qualités. Il est en effet un joueur typique de contre-attaque, avide d’espaces pour faire parler sa vitesse, ce qui suppose une défense adverse qui évolue haut sur le terrain. Ce n’est presque jamais le cas des opposants que rencontre l’OM en championnat de France.
Des joueurs pas au niveau
Par ailleurs il y a des joueurs qui sont franchement en deçà des performances dont on les sait capables. On retrouve ici Karim Ziani, Taye Taïwo, Benoît Cheyrou, Ronald Zubar et Boudewijn Zenden. Depuis le début de la saison ces éléments s’apparentent plus sur les terrains à des fantômes qu’à des joueurs. Ils affichent inconsistance, manque d’implication et fautes de concentration. Le problème serait-il du à une pression trop importante pour ces joueurs ? Si la question peut se poser pour les 4 premiers cités, elle n’est certainement pas une excuse pour Zenden, ex-pensionnaire du Barça ou de Liverpool entre autres. L’on est en droit d’attendre beaucoup plus de la part d’un joueur d’une telle expérience.
C’est l’état d’urgence
Il apparaît donc indispensable de recruter au prochain mercato des joueurs non pas de complément mais des titulaires en puissance, afin de pallier aux insuffisances de certains. Ce qui aujourd’hui est le plus inquiétant, c’est l’absence de sentiment de révolte chez les joueurs, qui multiplient pour la plupart les déclarations rassurantes, arguant d’un « ça va venir » qui devient consternant. Historiquement, seule la moitié des équipes dans la situation actuelle de l’OM ont su sauver leur tête en Ligue 1 au terme de la saison ; il est aujourd’hui vital que « ça vienne » au plus vite, en espérant que la prise de conscience ait lieu dès dimanche contre Lyon.