L´OM en reconquête
L´Olympique de Marseille semble déterminé à faire le ménage pour repartir sur de bonnes bases. Les Phocéens comptent sur Jean Fernandez pour remettre l´OM sur de bons rails.
Par Alexandre Aubry
La grande lessive
Dans le sud, on a pour habitude de laver son linge salle en famille et de régler ses comptes de visu. En faisant appel à son ami Jean-Louis Acariès, l´actionnaire majoritaire de l´Olympique de Marseille, Robert Louis-Dreyfus, voulait un bilan complet et précis de la situation interne du club. Entre discordes, désaccords et jalousies, la toute dernière saison du feuilleton olympien promettait plusieurs rebondissements. L’éviction de Christophe Bouchet aux commandes du club et le remplacement de José Anigo par Philippe Troussier annonçaient la couleur. Mais les réelles tensions débutaient lorsque Pape Diouf devenait président du directoire et que l’ancien boxeur marseillais réalisait son audit. Entre quêtes de pouvoir et de légitimité, les deux hommes se livraient un combat dans l’ombre qui divisait irrémédiablement les Olympiens, les plongeant dans un flou absolu.
Alors que les mauvais résultats se succédaient, la position de l’ancien sélectionneur du Japon devenait de plus en plus fragilisée, entraînant progressivement le club dans une crise abyssale. Depuis trop longtemps l’histoire s’obstine à se répéter à Marseille, laissant les supporters phocéens dans un profond désarroi. A l’issue d’un Conseil de surveillance organisé à Paris, Pape Diouf a été confirmé dans ses fonctions alors que José Anigo devenait le nouveau directeur sportif du club. De son côté, Thierry de La Brosse reste directeur général du directoire et sera en charge de l’ensemble du secteur administratif. Henri Biancheri, l’ancien directeur technique de l’AS Monaco, s’est même fait engager à l’Olympique de Marseille pour intégrer la cellule recrutement du club. Une bonne nouvelle lorsque l’on sait que ce Marseillais de naissance est un as pour ce qui est de dénicher des oiseaux rares comme Henry ou encore Weah. Pour prouver que les Phocéens deviennent de plus en plus exigeants avec eux-mêmes, le club est allé jusqu’à nommer l’ancien producteur de l’émission Téléfoot, Frédéric Jaillant pour s’occuper d’OM TV. C’est sur cette équipe dirigeante que tout le club s’appuiera pour redresser une image ternie par une ambiance détestable et des résultats insatisfaisants.
Après dix années passées sans remporter le moindre titre, il est grand temps aujourd’hui de stopper l’hémorragie. Et l’OM semble plus que jamais décidé à faire le ménage.
On efface tout et on recommence
La mission de Philippe Troussier étant désormais terminée, Marseille a officialisé le retour aux sources de Jean Fernandez. Joueur olympien de 1975 à 1980, l’ancien technicien sochalien a également côtoyé le banc de touche marseillais lors de la saison 92-93. Fernandez veut voir l’OM renouer avec son prestigieux passé : «J´y ai passé les deux plus belles années de ma carrière dans le foot. Dans les années 1991-93, c´était la meilleure équipe française, l´une des meilleures équipes européennes. C´était très fort. On me dit parfois que je suis resté sur un échec, car j´ai été licencié. Mais je ne l´ai pas du tout ressenti comme cela. A ce moment, nous étions quatrièmes, après un début de championnat difficile, et qualifié pour la poule finale de la Ligue des Champions. J´étais aussi moins armé, en tant que jeune entraîneur. Je rappelle aussi que l´on changeait beaucoup d´entraîneur à l´OM à cette époque.»
Une fois n’est pas coutume, au sein même de la Commanderie, tout le monde s’est réjoui de son retour. Pape Diouf ne cachait pas non plus sa satisfaction sur le site officiel du club : «je tiens à dire que c’est un choix global, un choix de l’ensemble du club. Il a été entériné aussi bien par l’actionnaire principal que par José Anigo. Pour ma part, j’avais retenu peut-être deux ou trois noms pour succéder à Philippe Troussier, et celui de Jean Fernandez faisait partie du nombre. Il y a donc une unanimité sur ce choix. Fernandez a beaucoup de qualités humaines et techniques. C’est un travailleur, il est reconnu comme tel.» Alors, terminées les escarmouches internes ? Possible, d’autant plus que cette année, Marseille se donne les moyens de traiter des dossiers épineux comme le nombre exubérant de joueurs sous contrat avec le club ( 37). Ecrasé par une impressionnante masse salariale, l’OM éprouvait les pires difficultés à se séparer des éléments sur lesquels il ne comptait plus. Mais avant d’acheter, il faut vendre. Après les départs de Johnny Ecker, Brahim Hemdani, Fabio Celestini, Johansen, Bruno Cheyrou et Cyril Chapuis, Marseille a encore beaucoup à faire pour terminer son grand chamboulement, et plusieurs autres indésirables pourraient partir vers d’autres horizons ( Christanval, Nakata, Fiorèse, Vasouchek, Skacel, Bamogo...) En réduisant considérablement leur effectif, les Marseillais ont choisi la stratégie qui permettra au club de retrouver un peu plus de sérénité et de confiance pour repartir plus sainement. Néanmoins, qualifié pour l’Intertoto, l’OM présentera une fois de plus un visage bien différent de celui de l’année dernière et de nombreux mouvements vont avoir lieu à l’intersaison.
Quelle équipe l’an prochain ?
En faisant venir un technicien comme Jean Fernandez, reconnu et apprécié dans la profession, le fonds de jeu des Phocéens ne pourra qu’en sortir bonifié. L’arrivée de l’entraîneur précipiterait celle du joueur de Galatasaray, Franck Ribéry, sur la Canebière. Les deux hommes se sont en effet connus au FC Metz et ce facteur pourrait s’avérer décisif pour l’espoir tricolore dont la signature semble imminente. La venue de Wilson Oruma, en fin de contrat avec Sochaux, définit bien la volonté des dirigeants marseillais à mettre en place une équipe compétitive. Mais de nombreux départs pourraient perturber Fernandez dans son entreprise. Pedretti semble se diriger du côté de Lyon alors qu’Eduardo Costa et Frédéric Déhu ont quelques touches en Espagne. Steve Marlet devrait retourner du côté de Fulham, où les Londoniens avaient prêté l’attaquant depuis deux saisons déjà. Si les rumeurs vont bon train ( Emre, Chamakh ou Niang...), les supporters olympiens attendent désormais des signatures, mais contrairement aux années précédentes, l’OM semble avoir compris que vitesse ne rimait pas avec précipitation, et en cela, le club prendra le temps de la réflexion. L’Olympique de Marseille n’a donc plus le droit à l’erreur pour reconquérir un public déçu ainsi qu’une place au sommet du football hexagonal et européen. Le Vélodrome n’a peut être plus beaucoup à attendre avant de s’enflammer.