Interwiew de Jeannot Fernandez
Jean, comment vas-tu faire pour que tes joueurs ne jouent pas le match avant le match ?
Jean Fernandez : "Je leur ai dit de ne pas tomber dans ce piège mais on a suffisamment de joueurs d’expérience dans le groupe pour ne pas jouer ce match trop dans la tête avant de le jouer au Stade de France. Je leur ai donc déjà dit de bien récupérer et de profiter de cette victoire en demi-finale. C’est ce qu’on a fait et à partir de lundi, on préparera la finale mais je leur ai dit également de ne pas trop gamberger et de commencer à n’y penser qu’à partir de jeudi prochain, au moment où l’on partira pour Paris. Au niveau du programme d´entraînement, on va faire une séance uniquement le matin du lundi au jeudi et le jeudi après-midi on partira sur Paris pour faire un entraînement au Stade de France le vendredi après-midi. Il faudra donc vraiment commencer à penser à la finale au moment où l’on partira de Marseille sur Paris."
Une chose est aujourd’hui certaine, c’est que pour gagner, depuis quelques matchs, vous savez ce qu’il faut faire.
J.F. : "Oui, c’est vrai. On a surtout fait des gros matchs à domicile avec Nancy et Rennes et de bonnes performances à Lyon et Nantes. Je pense que cela vient essentiellement du changement tactique. Ensuite, comme on arrive dans la dernière ligne droite, c’est maintenant qu’on va voir si on est capable de répondre présent ou pas. Comme on est dans l’obligation de faire des résultats, il y a beaucoup plus de détermination, d’agressivité et de concentration. Je pense que le déclic, cela a été aussi le match de Lyon car gagner sur le terrain du quintuple champion de France, cela a donné beaucoup de confiance pour la suite du championnat et de la coupe de France. Mais bon, c’est vrai que ce qui est indiscutable, c’est le remaniement au niveau de l’organisation de jeu qui fait qu’aujourd’hui, on a une grande discipline défensive et un plus gros potentiel offensif. Ce schéma me trottait dans la tête depuis pas mal de temps mais on a eu sur la première partie du championnat des garçons qui ont été décevants sur le plan offensif ; je pense notamment à Mendoza et Koke. Après, sont arrivés Maoulida et Pagis, des joueurs qu’on a souhaité faire venir durant le mercato et ils nous ont apporté leur qualité technique et leur vitesse. Après, on a eu Niang qui n’était pas bien, il est parti à la CAN, il est revenu fatigué et ce n’est donc qu’ensuite qu’on a pu mettre ce schéma en place. Au départ, ce n’était pas évident pour eux mais je savais qu’ils avaient le potentiel pour le faire : Pagis est capable de rester seul en pointe ; Maoulida, je sais qu’il est préfère dans l’axe mais il sait aussi le faire sur le côté comme je le faisais jouer au FC Metz et c’est pareil pour Mamadou Niang que je faisais aussi jouer sur le côté à Metz. Et c’est encore pareil pour Ribéry puisque lui aussi je lui avais demandé de jouer quelques matchs dans l’axe quand il était à Metz. Il y a eu aussi un élément important, c’est Civelli qui a une bonne complémentarité avec Fred (Déhu). Même si au niveau technique, il doit avoir plus d’application, c’est tout de même quelqu’un de solide et très bon au niveau aérien, et cette bonne complémentarité nous permet d’être beaucoup plus solide défensivement. Voilà, je dirais aussi que ce n’est pas évident pour un entraîneur et un staff technique, une équipe ne se fait pas du jour au lendemain, je crois qu’il faut du temps et il faut donc que le club puisse maintenant travailler dans la continuité."
Vous avez aussi un élément que peu d’équipe ont, c’est Ribéry.
J.F. : "Oui, Franck est un joueur de qualité mais je dirais qu’on n’a pas attendu ce match pour voir ses qualités puisqu’il nous les montre depuis le début de la saison. Je dirais qu’il a eu un petit passage à vide en janvier-février mais on s’y attendait parce qu’on sait qu’il souffre un petit peu plus quand il fait froid et que les terrains sont lourds. On savait qu’il allait revenir à son niveau puisque c’est ce qu’il s’était passé la saison dernière aussi. Beaucoup de gens découvrent aujourd’hui sa polyvalence mais moi je la connaissais depuis la saison dernière : il peut jouer attaquant, milieu de terrain, à droite, à gauche… il a tellement de qualité, tellement de potentiel qu’il n’a aucun souci à s’adapter."
C’est une force de l’entraîneur de se faire entendre auprès des joueurs pour leur demander de jouer non pas où ils voudraient eux mais où vous voulez vous ?
J.F. : "Non, c’est l’intérêt collectif. Je pense qu’ils sont suffisamment intelligents pour comprendre cela. Aujourd’hui, on a une spécificité d’avoir trois attaquants axiaux et on ne peut pas jouer avec trois attaquants axiaux. L’intérêt collectif, c’est de faire le meilleur équilibre et en plus les joueurs ont la possibilité de jouer, ce qui est important pour eux. Après, les joueurs sont suffisamment intelligents pour s’adapter et c’est ce qui s’est passé pour Toifilou, pour Mamadou et pour Francky."
Il y a un inconvénient par rapport au match de Paris, c’est que l’OM va partir favori après avoir inscrit 9 buts en trois matchs...
J.F. : "Non, pour moi, en finale, il n’y a pas de favori. Cela va se jouer sur des détails encore et que ce soit Paris, Nantes ou même une équipe de Ligue 2, il n’y a pas de favori. On a pu voir ces dernières années qu’il y a des équipes de Ligue 2, de National ou même de CFA qui ont posé beaucoup de problèmes à des équipes de Ligue 1 donc il n’y a vraiment pas de favori. Ca va se jouer sur la fraîcheur physique et mentale et puis sur les atouts et les faiblesses des deux équipes. Paris a une belle équipe… quand on voit leur quatuor offensif Kalou, Pauleta, Dhorasoo, Rothen : ce sont des internationaux et des joueurs de qualité. En plus, c’est une équipe qui est bien en place et qui finit bien sa saison en ne prenant pas beaucoup de buts. Sur la rencontre face à Nantes, ils ont fait un bon match… Mais l’Olympique de Marseille a aussi des atouts offensifs, un meilleur équilibre dans l’équipe, beaucoup de fraîcheur psychologique et tout cela fait que l’on devrait assister à une belle finale."
Cette finale arrive quand même au bon moment pour l’OM… deux mois plus tôt, il y aurait peut-être eu des doutes, dans un mois ça sera peut-être pareil mais là…
J.F. : "Oui, c’est vrai, je pense que c’est le bon moment par rapport à nos derniers matchs. Mais bon, moi je suis très optimiste pour la suite. Autant, à un moment on a beaucoup réfléchi, on a cherché en vain des solutions… mais maintenant, il y a une équipe qui est vraiment en train de se mettre en place. Je me répète mais de toute façon, une équipe se construit dans le temps et on ne peut pas en faire une d’un coup de baguette magique. Il y a un travail de fond qui est fait par le staff, par les joueurs, par les dirigeants et je vous dis, je suis très optimiste pour la suite car aussi bien sur le terrain qu’en dehors, il y a un groupe qui se dégage et maintenant, même si on devait avoir des résultats décevants d’ici la fin de la saison, on a une ossature pour la suite. Quelque chose est vraiment en train de se dégager et ça me paraît vraiment intéressant pour la suite au niveau du club."
Les dirigeants ont lancé un appel au calme. Est-ce que vous allez relayer ça au niveau des joueurs…
J.F. : "Je pense qu’il faut aussi que ce soit une grande fête. Il y a eu un précédent entre Paris et l’OM qui a laissé beaucoup de traces négatives au niveau du foot, au niveau des médias et au niveau des supporters. Il faut donc que cela nous serve de leçon et que tout le monde y mette un peu du sien pour que ce soit une grande fête, aussi bien sur le terrain qu’au niveau des supporters. Je pense qu’on a la chance d’avoir une grande finale avec deux bonnes équipes : que le meilleur gagne mais je pense aussi que dans les tribunes, cela va être sympa. En tous les cas, je souhaite évidemment que tout se passe bien."
Cela fait 17 ans que l’OM a une abstinence au niveau de ce trophée qu’est la coupe de France. Il y a une certaine effervescence qui renaît et on a l’impression de revivre les plus belles pages de l’histoire… vous sentez tout cela ?
J.F. : "Bien sûr qu’on le sent. Il suffit de voir l’ambiance qu’il y avait au stade Vélodrome. J’ai senti depuis le match de Lyon que les gens s’intéressaient encore d’un petit peu plus près à l’équipe parce que c’est un exploit que d’avoir gagné à Gerland. Depuis, les gens sont plus proches de l’équipe : on l’a vu contre Nancy, on l’a vu en demi-finale où le stade était plein à un horaire qui n’était pas évident. Donc, on sent vraiment que les gens sont de plus en plus fiers de leur équipe et je pense que cela aussi c’est important car la ville aujourd’hui s’identifie à l’Olympique de Marseille, elle s’identifie à ses joueurs et je pense que cela lui manquait depuis quelques temps. C’est donc du bonheur pour tout le monde et je suis aussi très fier de me retrouver dans cette situation même si aujourd’hui, le plus important est de ramener cette coupe de France à Marseille car ça serait vraiment un moment très très fort."