La justification de la guerre en termes théologiques a depuis longtemps fait parti des préoccupations des élites (intellectuelles, religieuses, politiques) désireuses de légitimer l´acte guerrier. Leur ambition était de concilier un message religieux de paix et d´amour du prochain, accepté par toute une société comme l´un des fondements idéologiques de son existence, et l´utilisation de la force contre un autre groupe. Ce paradoxe a été abordé dans le monde chrétien par Augustin et plus tard Thomas d´Aquin qui ont théorisé la notion de "guerre juste" : le droit de recourir à la guerre (jus ad bellum), mais également ce qu´il est licite de faire pendant la guerre (jus in bello). Ce débat théologique inévitable a perduré, ré-émergeant de manière sporadique mais vive, au travers des siècles. La période de la Réforme n´a pas fait exception comme le prouve l´opposition dogmatique entre Jean Calvin et Sébastien de Castillon sur ce thème. A partir du XVIIe siècle et jusqu´au XIXe, les changements philosophiques et les choix idéologiques ont fait disparaître la notion de guerre licite, au profit de celle de "légitime défense". Le droit des individus est à ce moment au centre des préoccupations (cf. Fichte et Hegel) et l´idée selon laquelle le droit de préserver sa vie devient le référent essentiel de la justice, entraîne la justification de la guerre totale, puis les théories de la dissuasion afin d´éviter cette même guerre totale. Le XIXe siècle voit la codification de la guerre de conquête coloniale par les Évangélistes victoriens. Avec les grandes hécatombes du XXe siècle et l´invention de l´arme nucléaire, la théorie de la guerre juste fait de nouveau son apparition dans les discours occidentaux, qui redécouvrent et adaptent ainsi des notions conceptualisées quelques quinze siècles plus tôt.