Biancheri, l´expert passionné 23/06/2005
En intégrant Henri Biancheri à sa cellule de recrutement, l’OM s’est attaché les services d’une pointure, dotée d’un carnet d’adresses inestimable. Marseillais de naissance, l’ex-découvreur de talents de l’AS Monaco ( Weah, Thuram, Henry...) avait pourtant cessé de rêver à un retour «chez lui». Portrait.
Jusqu’au coup de fil de José Anigo, Henri Biancheri, né à 500 mètres du Vél’, avait pratiquement tiré un trait sur son ambition de rejoindre un jour l’OM. «Quand vous avez l’âge que j’ai ( 72 ans), et que vous n’avez jamais attiré l’attention d’une ville dans laquelle vous avez fait toute votre jeunesse, c’est logique. J’en avais fait mon deuil».
Longtemps, effectivement, sa carrière l’a éloigné de Marseille. «J’ai usé mes fonds de culotte au Virage Sud. J’habitais Saint-Anne, derrière la maison du Corbusier. Tous les dimanches je venais au stade Vélodrome. Mes idoles de l’époque s’appelaient Aznar, Scotti, Pironti, Zatelli, Bastien, Libérati», se souvient-il.
Mais alors qu’il s’apprête à devenir joueur professionnel, Biancheri manque d’enfiler le maillot blanc. Nous sommes à la fin des années 40 : «Monsieur Aquaron, mon entraîneur au SMUC ( club marseillais) était un ancien olympien. Il avait parlé de moi à l’OM. Mais le club s’était lancé dans une politique de vedettes. Et j’ai finalement rejoint Sochaux qui était précurseur chez les jeunes. C’était un des tous premiers clubs à avoir des stagiaires».
Sochaux, puis Angers, Monaco et enfin le RC Paris. Quand il raccroche les crampons en 1966, Biancheri a été deux fois champion de France, a gagné deux coupes de France, a été international mais l’OM n’a jamais eu un regard pour lui. «Je ressentais alors une certaine frustration», avoue-t-il aujourd’hui.
Une nouvelle vie commence alors. Il devient tout d’abord directeur commercial chez adidas. Une expérience enrichissante qui lui permet de rester au contact du monde du football. Il y suit toutes les Coupes du Monde et multiplie les contacts.
En 1986, Jean-Louis Campora, le président de Monaco, fait de lui le directeur technique du club assémiste. Grand voyageur, et doté d’un flair épatant, il repère les talents saison après saison et les ramène sur le Rocher. Hoddle, Hateley, Diaz, Rui Barros, Weah, Thuram, Gallardo, Henry, Trezeguet, Squillacci… la liste semble infinie.
Quatre de ces perles occupent une place de choix dans sa mémoire et son cœur : Trézéguet, Henry, Thuram et un certain Weah, «ramené pour une poignée de figues du Tonnerre de Yaoundé». Entre eux, il n’est pas seulement question de football. Les sentiments vont au-delà de la simple reconnaissance professionnelle. «Quand je les vois, Lilian et George m’appellent même Papa», révèle-t-il.
Et puis, il y a quelques semaines de cela, José Anigo a décroché son téléphone… «Il m’a demandé si je pouvais éventuellement me libérer pour venir lui donner un coup de main pour le recrutement, lui faire bénéficier de mes compétences et de mon carnet d’adresses», raconte-t-il. La proposition le touche et le séduit.
Début juin, il intègre la cellule recrutement du club phocéen. Il promet un investissement total, et une ligne de conduite : «Des très bons joueurs, j’en connais. Mais, après, tout est une question de moyens. Nous devons essayer de recruter malin»