Depuis trois ans, la rengaine est la même : l’ensemble des médias français désigne Lyon comme possible vainqueur de la Ligue des Champions. Si la question est de moins en moins incongrue, elle revient chaque année de plus en plus tôt dans la saison, et ce n’est pas la victoire à Kiev hier qui va atténuer le débat.
C’est donc à grands coups de pseudo-débats sur la capacité intrinsèque des quintuples champions de France à enfin franchir la barrière des quarts de finale de la compétition européenne majeure que la question commence à être évoquée. Pseudo-débats car la réponse est dans la question : une équipe échouant trois fois de suite en quarts de finale se présente nécessairement, sinon comme le favori n°1, du moins comme un des possibles prétendants. Et il va sans dire que prévoir le sacre de telle ou telle formation relève du miracle tant les facteurs extérieurs jouent un rôle capital dans la réussite d’un parcours européen.
Ce constat est d’ailleurs encore plus pertinent depuis l’abandon de l’ancienne formule de la Champions League avec sa formule aberrante (deux phases de poule, un match par semaine), ou l’introduction de l’élimination directe dès les huitièmes de finale a encore renforcé la part d’incertitude régnante. Et même si nous retrouvons grosso modo les mêmes équipes d’une année sur l’autre, les équipes concernées sont d’un niveau tellement homogène qu’il est absolument impossible de dégager ne serait-ce qu’un favori. Et encore, la présence de possibles outsiders, présumés moins fort mais diablement bien organisées, n’est pas à négliger. Les meilleurs exemples sont d’ailleurs dans le palmarès : Finale Porto - Monaco en 2004 (3-0), Liverpool vainqueur l’année suivante...
Affirmer que Lyon va gagner la Ligue des Champions est en soi une aberration. En revanche, dire que l’équipe présidée par le controversé Jean-Michel Aulas est durablement entrée dans le cercle des prétendants à la coupe aux grandes oreilles est désormais une évidence. Il y a trois ans, l’élimination de la Real Sociedad (1-0 ;1 -0) constituait en soi un petit exploit, la scène européenne ayant été désertée les années précédentes par les clubs de l’héxagone. Désormais, la qualification en quarts de finale n’est plus seulement un objectif : c’est un devoir pour les Lyonnais. Pour aller plus loin, plusieurs éléments extérieurs entrent en compte : la possible apparition de blessés, le tirage au sort, la forme du moment... soit autant de critères rendant aléatoires le déroulement de la compétition. C’est, du reste, ce qui fait son charme...
PLutôt que de relancer un énième débat sur les chances Lyonnaises, nous préférerons donc ici nous poser une question que la presse développe en général trop tard : Que faut-il à Lyon ppour maitriser au mieux les éléments extérieurs, diminuer la part de hasard présente, et ainsi augmenter leurs chances d’atteindre leur but ultime ?
Premier élément à prendre en compte, l’effectif. A ce niveau-la, le match de Kiev a été fort rassurant : Kallström a démontré qu’il était peut-être plus qu’un remplaçant de luxe, Alou Diarra a prouvé à Gérard Houllier que ses déclarations dans la presse pouvaient être suivies de performances honorables sur le terrain, Benzema s’affirme de matches en matches comme un futur grand : l’effectif Lyonnais parait suffisant en qualité et en quantité. Le seul doute concerne les joueurs souvent blessés, souvent des défenseurs : Caçapa, Müller, Squilacci, Abidal... Si les circonstances leur sont favorables, on pourra affirmer que Lyon a un effectif digne des plus grandes équipes européennes. Même au poste de gardien de but, Remy Vercoutre serait titulaire dans l’immense majorité des clubs de l’hexagone...
Il est à constater également que le débat sur la présence d’un attaquant de "classe internationale" n’existe plus depuis le début de saison fracassant de Fred. Se pose maintenant le problème de la performance sur le long terme, et l’on se heurte ici à une question : comment le Brésilien digèrera-t-il l’arrivée de l’hiver ? L’hiver dernier ne lui avait pas réussi, et il a été quelque peu transparent hier soir. Attention, donc.
Au niveau de la qualité de jeu, aucun souci non plus à première vue. Les trois sorties européennes, soldées par un bilan comptable impressionnant (9pts, 8 buts marqués, 0 encaissés) traduisent bien l’impression visuelle : Lyon domine son groupe de la tète et des épaules. Le seul point inquiétant concerne le contraste entre ses sorties européennes et certaines de ses sorties héxagonales, ou, même si le résultat est presque toujours au rendez-vous, les matches sont souvent laborieux. Le constat doit pourtant être atténué par le fait que Lyon réussit généralement bien dans les matches dits importants, et peinent dans des matches à priori plus abordables (2ème journée, Lyon 1-1 Toulouse). Or, tous les matches européens sont importants, et les équipes Françaises mettent en général du coeur à l’ouvrage pour affronter les champions sortants, et la différence de motivation peut être visible...
Il semble donc qu’encore une fois, Lyon ait toutes les armes pour franchir la porte des quarts de finale. Ne semble leur manquer que ce brin de réussite qui a pu leur faire défaut notamment durant la fameuse séance de pénalties à Eindhoven il y a deux ans, ou la forme des poteaux ronds de San Siro l’année dernière face au Milan. On peut dégager deux équipes-types, et l’assise défensive semble plus forte que jamais. Mais Lyon est-il capable de produire de telles performances sur le terrain durant une saison entière ? C’est là toute la question...
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