tt le monde je sais je suis un peu chaint mais c important!
La gazette du mouton noir n°4 : Mercredi 4 Mai
La peine de mort est abolie, sauf....
Prenez la constitution que vous venez de recevoir ( le document officiel), et allez à la page 21, article II-62.
Paragraphe 1 : " Toute personne a le droit à la vie".
Qui peut être contre ça? Fondamentalement, personne. Si ce n´est que c´est l´argument clé sur lequel s´appuient toujours les opposants au droit à l´avortement. Ce droit n´étant reconnu nulle part dans la constitution, on peut se demander dans quel mesure cet article ne pourrait pas être utilisé pour limiter ce droit fondamental pour les femmes.
Paragraphe 2 : " Nul ne peut être condamné à la peine de mort, ni executé"
Super ! ( ça figurait deja dans la convention européenne des droits de l´homme).
Sauf que si on va voir dans les explications données par le présidium ( qui servent à expliquer comment on doit interpreter les articles, et qui ont valeur constitutionnelle), on trouve des choses étonnantes !
Rendez vous, donc, à la page 170, 3eme partie de l´explication concernant cet article ( en bas de la page, colonne de droite) :
La mort n´est pas infligée en violation de cet article dans le cas où elle résulterait d´un recours à la force rendu nécessaire pour effectuer une arrestation régulière, ou pour empecher l´évasion d´une personne régulièrement détenue, pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection.
Les Etats peuvent même prévoir la peine de mort dans leur législation pour des actes commis en temps de guerre, ou de danger imminent de guerre.
Bref, un manifestant, ou quelqu´un qui s´évade ou qui resiste à une arrestation, c´est pire qu´un criminel, on a le droit de le tuer si on veut !
L´article II-62, vous le verrez surement sur les belles affiches géantes qui poussent sur nos murs ces derniers temps. Son explication, il faut la chercher à la 170e page du document, bien cachée.
Ca doit être ce que J. Chirac appelle un " débat qui se déroule de maniere satisfaisante" sur la constitution ( 20h d´hier soir sur France 2).
La chronique du mouton noir n° 5 : Jeudi 5 mai
Ca y est, on nous refait le coup. Si on vote non, on est contre l´Europe. Et pas à moitié. Il suffisait d´écouter le chef de l´Etat Mardi soir, aucun qualificatif n´était trop fort :
" Dire non, ça veut dire interrompre 50 ans de construction européenne"
" On ne peut pas dire je suis européen, et je vote non, ce n´est pas convenable"
Ceux qui votent non seront responsables " d´une mise en panne de l´Europe" et de " l´echec de la France", rien que ça
" Ceux qui disent non à l´Europe, je mes respecte [...], ceux qui se disent européens et qui votent non sont malhonnêtes"
On appreciera tout particulièrement le dernier argument : J. Chirac respecte LePen ( qui est quasi le seul à être contre l´Europe), mais pas les partisans du non.
La campagne du non de gauche a réussi à démontrer que ce projet de constitution était un piege libéral. Les partisans du oui ont donc trouvé l´argument imparable : si on vote non, c´est la fin de l´Europe, de la France, quasiment la fin du monde. Ca avait déja marché pour Maastricht, pourquoi ça ne marcherait pas à nouveau ? Chantage imparable : c´est l´Europe et le liberalisme ou rien du tout. Technique éprouvée : faire peur aux electeurs et les faire culpabiliser.
Alors, est-ce qu´on va se faire avoir une fois de plus? Est-ce qu´on va encore laisser passer l´Europe des marchés, l´Europe libérale ? Je n´espère pas. Car cette fois-ci, c´est beaucoup plus grave. On ne vote pas pour un traité, limité dans le temps, destiné à être remplacé dans quelques années, on vote pour une constitution, la loi au dessus de toutes les autres ( voir Art. I-6). Une constitution qui nécessite l´unanimité pour modifier la moindre virgule ( alors pour en faire évoluer l´esprit... je vous laisse imaginer ! ).
Si le oui gagne, ce qui est sur, c´est qu´on va encore avoir droit pour de très longues années au deuxieme coup préféré de nos hommes politiques quand il sagit d´Europe. Vous savez, celui qu´ils utilisent quand ils annulent les droits sociaux pour lesquels nos parents et grands parents se sont durement battus, quand ils privatisent les services publics, ou quand ils prennent des décisions impopulaires : le fameux coup du : " C´est pas ma faute, c´est l´Europe qui le veut".
Alors qui sont les vrais européens? Ceux qui veulent toujours mieux pour l´Union qu´un marché au profit de quelques uns, une europe qui tire tout le monde vers le haut ? Ou ceux qui passent leurs mandats à nous dégouter del´Europe en disant que tous les maux viennent d´elle et qui ne trouvent que les campagnes electorales européennes pour nous en dresser un tableau tout à coup idyllique ?
Moi, j´aime l´idée l´Europe, je souhaite depuis longtemps qu´elle se dote d´une constitution et de vraies institutions politiques. Et c´est pour ça que je ne laisserai pas les Chirac, Blair, Berlusconi, Schröder ou qui que ce soit en faire une coquille vide, alibi pour leurs politiques toujours plus regressives. C´est aussi pour ça que je voterai non le 29Avril.
C´est le seul moyen de les obliger à changer leur fusil d´épaule et à renégocier un nouveau texte. Parce qu´un nouveau texte est négociable et sera renégocié, ça ne fait aucun doute... mais ça, ce sera mon argumentation des prochains jours.