DES JOUEURS MEDIOCRES
Après la partie de poker du match aller ( 0-0), les deux hommes vont dévoiler leurs cartes à Anfield pour décrocher un billet pour Istanbul. Un choc entre deux titans qui se retrouvent aujourd´hui aux portes de la gloire après avoir suivi un parcours étrangement similaire. Pour leurs premiers pas dans le football, Rafael Benitez et José Mourinho sont en effet à créditer d´une médiocre carrière de joueur. Le premier a passé sept ans au Real Madrid, qu´il a intégré dès les équipes de jeunes, mais n´a jamais eu les honneurs de l´équipe première. Il a ensuite rejoint le club de Parla, 3e division, qu´il a aidé à monter en 1983 avant de partir pour Levante ( Segunda B) où il sera abonné au banc.
Fils du gardien Felix Mourinho, l´entraîneur de Chelsea a quant à lui débuté dans l´ombre de son père lorsque celui-ci était entraîneur de Rio Ave, club de 1ère division portugaise. Mais il n´a jamais eu le statut professionnel. José Mourinho est alors remplaçant et occupe même de manière non-officielle la fonction de superviseur, révélant ses aptitudes de manager. En 1987, il décide donc de changer de voie et passe ses diplômes d´entraîneur. Deux premières expériences, à Estrela Amadora et Vitoria Setubal, marquent le début de son irrésistible ascension dans son nouveau costume.
DES DEBUTS AU REAL ET AU BARÇA
Les deux hommes ont en revanche connu le même succès en tant qu´entraîneurs après avoir beaucoup appris sur le banc de deux grands clubs : le Barça et le Real Madrid. Rafael Benitez a en effet fait ses gammes dans les coulisses du grand Real de 1989 à 1995. Il y remporte le championnat avec l´équipe des jeunes et la réserve avant de prendre place sur le banc de l´équipe première aux côtés de Vicente del Bosque. Mais l´admirateur de l´Italien Arrigo Sacchi - " le plus grand entraîneur de l´ère moderne"- veut voler de ses propres ailes et prend la direction de Valladolid. Une expérience malheureuse puisque l´entraîneur est limogé après seulement 23 matches et remporte ensuite qu´un seul de ses neuf matchs avec Osasuna en 1996.
Mais c´est à Extremadura, en 1997, qu´il prend sa véritable dimension en remportant le titre de la 2e division. Pourtant, le club ne reste qu´un an parmi l´élite et " Rafa" prend une année sabbatique pour approfondir ses méthodes de coaching avant de remporter un nouveau titre avec Tenerife en 2001. Une performance qui séduit Valence qui est en fait le successeur d´Hector Cuper, à la surprise générale. Malgré un accueil dubitatif, il fait rapidement taire les critiques en apportant au club en 2002 son premier titre depuis 31 ans, bientôt suivi d´un second ( 2004) et surtout d´une Coupe de l´UEFA ( 2004).
Le parcours de José Mourinho est étroitement lié à celui de Sir Bobby Robson. Après avoir accepté un poste de traducteur en 1992 au Sporting Portugal, il passe en effet deux saisons à ses côtés à Porto entre 1994 et 1996 en tant qu´assistant et remporte deux titres. Lorsque son mentor est appelé au chevet de Barcelone, il l´accompagne en Catalogne et l´aide à remporter la Coupe des Vainqueurs de Coupe en 1997. Mourinho demeure sous le règne de Louis Van Gaal avant de s´envoler pour le Benfica en 2000.
Mais il ne résiste que neuf matches avant de démissionner en raison de problèmes avec ses dirigeants. Il part alors dans la modeste équipe de Uniao de Leiria qu´il parvient tout de même à hisser parmi les cinq premiers du championnat avant de se voir confier les rênes de Porto en 2002. Pour sa première saison, il rafle le championnat, la Coupe du Portugal et la Coupe de l´UEFA en battant le Celtic en finale. Il fait encore mieux la saison suivante en remportant, après un second titre de champion, la prestigieuse Ligue des Champions face à Monaco.
LEUR STYLE : ATTAQUE-DEFENSE ?
Aujourd´hui aux portes de la finale, Liverpool et Chelsea portent la marque de leurs nouveaux entraîneurs. Rafael Benitez, 45 ans, a fondé sa réussite en s´appuyant sur un schéma très offensif. Un style qui ravit les fans de Liverpool au point que Steven Gerrard ou Michael Owen aient plébiscité l´Espagnol au moment de succéder à Gérard Houiller. Il n´a d´ailleurs pas tardé à poser sa patte en amenant sur les bords de la Mersey plusieurs de ses compatriotes. Josemi, Xabi Alonso, Luis Garcia ou Antonio Nunez l´ont accompagné avec des succès divers. En quart de finale retour face à la Juventus, Liverpool n´alignait ainsi qu´un seul Anglais : Jamie Carragher. Mais la victoire a calmé les protestations.
José Mourinho possède aussi son style propre qui repose davantage sur un solide base défensive et un art de la contre-attaque à l´image de son parcours avec Porto la saison dernière. Contrairement à Benitez, il n´aime pas trop faire tourner son effectif. " Je hais les grandes équipes. Je veux 21 joueurs plus les gardiens. Je travaille avec de petites équipes pour effectuer un travail spécifique", dévoile-t-il. Reste qu´il a également posé sa griffe sur les Blues en amenant avec lui trois Portugais : Tiago, Paulo Ferreira et Ricardo Carvalho. Arrivés tous les deux dans leurs clubs à l´été, ils ont au moins un point commun : une même discipline et une exigence collective. " J´ai entendu des gens dire que Mourinho et moi réinventions le football à cause de notre style de jeu, mais c´est largement exagéré, estime Benitez. Nous retrouvons simplement les valeurs du collectif."
LE TIMIDE ET LA GRANDE GUEULE
Si leur parcours est similaire, les deux hommes possèdent des personnalités diamétralement opposées. L´exubérance du Portugais tranche en effet avec la timidité de l´Espagnol. Ce dernier se décrit d´ailleurs comme " un solitaire avec un portable" en référence au temps qu´il passe à compulser des statistiques dans son ordinateur. " C´est vrai que je pense trop au football, je l´ai toujours fait, reconnaît-il. Je passe dix heures par jour ou plus à Melwood ( le centre d´entraînement des " Reds") et quand je rentre à la maison, je pense encore au football." Avec sa femme Montserrat, Benitez a également passé des heures à regarder les vidéos des heures glorieuses de Liverpool dans les années 70. Celle-ci lui préparait même des quizz sur l´arrivée du club à son arrivée.
Pourtant, Benitez est entré dans le coeur des Anglais comme le rapporte un épisode désormais célèbre. La veille du 8e de finale face à Leverkusen, il tombe sur 300 supporters des Reds à Cologne en voulant assister à la rencontre Chelsea-Barcelone dans un pub. " Pendant 20 minutes, ils étaient tous autour de moi. Un fan arrivait, puis un autre et encore un autre. Ils voulaient des autographes, faire des photos. Certains m´ont même embrassé ! Quand j´ai raconté ça à ma femme, elle m´a dit: ´embrassé ? Tu ne retournes plus dans les pubs´" , raconte-t-il. Et l´image a fait le tour du pays, contribuant à accroître sa côte de popularité auprès de supporters qui voient en lui un nouveau Bill Shankly, l´architecte du Liverpool des années 60-70.
Détesté par les uns mais adulé par les autres, José Mourinho s´impose dans la catégorie des " entraîneurs stars" avec son teint hâlé et son sourire carnassier. A 42 ans, Son arrivée à Londres ne l´a pas assagi, loin de là. " Je suis arrivé ici avec un ego énorme, et aujourd´hui il est encore plus gros", s´en amuse-t-il. Mais son arrogance suscite de plus en plus de critiques de la part de ses détracteurs. Ses dérapages dans l´affaire de l´arbitre Anders Frisk l´ont placé dans le collimateur de l´UEFA qui l´a suspendu deux matches. Nouveau venu en Premiership, il n´a pas non plus hésité à attaquer l´"intouchable" Alex Ferguson, accusé d´avoir comploté avec un arbitre lors d´un match face à Chelsea, et s´est attiré les foudres de la FA.
Reste que son charisme et ses déclarations choc en ont fait un client privilégié des tabloïds anglais. Mais, tant qu´il engrangera les succès, Mourinho n´est pas prêt de s´arrêter. Et ses succès sont nombreux. Vainqueur du premier trophée anglais de la saison en soulevant la Carling Cup face aux Reds de Benitez, il est en route pour un exceptionnel triplé après s´être adjugé le championnat, samedi. Pour cela, il faudra passer l´obstacle dressé par Liverpool et disputer la finale. " Je n´ai jamais perdu une demi-finale dans ma vie, mais un jour je devrai en perdre une. C´est normal" , a-t-il rappelé. Verdict mardi.