Figueroa : contre mauvaise fortune bon coeur
19 avril 2006
Le 5 mars, la rumeur fait le tour du pays… La chute de Luciano Figueroa à Buenos Aires, lors d´un match opposant River Plate à Estudiantes de La Plata, ne présage rien de bon. L´Argentine craint le pire, confirmé quelques heures plus tard : victime d´une rupture du ligament croisé du genou gauche, l´attaquant revenu d´Europe pour se rapprocher de la sélection albiceleste doit faire une croix sur ses rêves mondialistes.
Un peu plus d´un mois après son opération, le footballeur originaire de Rosario retrouve tout doucement le chemin des terrains. Entre deux séances de rééducation, Lucho s´est confié à FIFAworldcup.com sur sa blessure, ses remplaçants potentiels, les chances de l´Argentine en terres allemandes et ses désirs les plus profonds. "Maintenant, je suis un supporter de plus de l´équipe. J´espère qu´on arrivera en finale".
Rêves brisés
"Je n´ai pas vraiment mal. Peut-être un peu quand je force, mais je me sens de mieux en mieux". Le footballeur exprime ses premières impressions avec un tel flegme qu´on en oublierait presque se trouver en face d´un jeune de 24 ans qui vient de rater une occasion inespérée de participer à sa première Coupe du Monde de la FIFA. Mais Figueroa n´est pas un buteur pour rien : il ne se départit jamais de son sang froid, même en dehors du terrain. "Depuis que j´ai appris la nouvelle, j´ai essayé de rester positif. Rien ne sert de ruminer ma rage maintenant même si, évidemment, je ressens un mélange de colère et de résignation".
Comment ne pas le comprendre ? Auteur de 12 buts en 20 matches sous le maillot albiceleste, l´attaquant a renoncé à une carrière en Europe et rejoint River Plate en échange de deux millions de dollars, couvrant 50 % du montant de son transfert. Comme on peut s´en douter, son objectif principal était de gagner du temps de jeu pour entrer dans les plans de José Pekerman. "Je voulais réaliser de belles performances dans l´un des plus grands clubs de la planète mais j´avais aussi en tête l´équipe d´Argentine. J´avais l´occasion de me montrer et je n´ai pas pu en profiter. C´est vraiment dommage", regrette celui qui, en tout juste deux matches, s´annonçait déjà comme l´un des attaquants les plus dangereux du championnat argentin.
Mais qu´on ne s´y trompe pas. S´il fait preuve d´une patience étonnante, Lucho n´en est pas moins en proie à des sentiments difficiles à exprimer. "Je ne sais pas si on peut comprendre ça en Europe. En Argentine, on vit le football à fond, il est en nous… J´irais même jusqu´à dire que c´est le plus important. En Europe, ce n´est pas aussi fort. Si un Argentin n´est pas convoqué en sélection, il en sera malade et se battra jusqu´à la mort pour retrouver sa place. En Europe, les footballeurs prennent plus de distance. S´ils ne sont pas convoqués, beaucoup de joueurs n´en feront pas une maladie. Il en va de même quand ils perdent un match. Ici, on quitte le stade complètement accablés, pas là-bas".
Un fervent supporter
Malgré cette infortune, Figueroa ne peut pas s´estimer mal loti. Grâce à ses performances avec Rosario Central, River Plate et l´équipe nationale, l´artificier ne cesse de recevoir des témoignages d´affection et de soutien des supporters argentins. Il faut dire que son parcours international a été marqué par un nombre remarquable de réalisations, que ce soit avec la sélection U-23 ou avec l´équipe Seniors, dont il a été le meilleur buteur lors de la Coupe des Confédérations de la FIFA, Allemagne 2005. "Je ne peux pas me plaindre. Tout le staff technique m´a appelé en apprenant ma blessure et le médecin de la sélection a même assisté à mon opération. Je ne les remercierai jamais assez pour leur soutien".
En convalescence, ce finisseur hors pair, maître du jeu de tête, s´apprête à affronter ce que lui réserve le présent : sa rééducation et son nouveau rôle de supporter numéro un de l´Argentine. "Depuis que je sais que je n´irai pas en Allemagne, je suis devenu supporter de l´équipe. Je ne fais pas partie du groupe cette année, mais je ferai mon possible pour qu´il fasse une grande campagne. J´espère qu´on réussira la Coupe du Monde dont on rêve tous et que les garçons iront en finale. Ce qui est sûr, c´est que l´Argentine sera un sérieux candidat au titre".
Qui verra-t-on à son poste en Allemagne ? L´attaquant a ses préférences : "Je ne vous apprend rien en disant que (Lionel) Messi traverse une bonne passe, tout comme "Carlitos" Tévez, un joueur à suivre de près. Il y a aussi (Hernán) Crespo, que j´admire depuis tout petit. On entend dire qu´il n´est pas en grande forme, mais il reste un grand joueur et un grand attaquant. J´espère qu´il fera une excellente Coupe du Monde. Et je n´oublie pas non plus mon ami (César) Delgado, incroyablement doué".
A l´heure où tous les sélectionneurs croisent les doigts pour ne pas perdre leurs joueurs clés, Pekerman a dû renoncer à une bonne partie de ses effectifs. Mais il a gagné un supporter et, plus encore, un footballeur qui aborde la fin de la saison avec une faim insatiable… La vengeance n´est-elle pas, après tout, un plat qui se mange froid ? C´est l´eau à la bouche que Figueroa songe à Afrique du Sud 2010…