09/02/2007
Foot - ARG : Basile : «Un leitmotiv: bien jouer»
Lors de son passage à Paris, en début de semaine, pour le match amical France - Argentine (0-1), le sélectionneur de l´Albiceleste Alfio Basile, toujours très économe vis-à-vis des médias, a accordé à notre consultant Angel Marcos un entretien exclusif, pour L´Equipe TV. Nous reproduisons ici l´intégralité de cette rencontre exceptionnelle, due à la grande amitié liant les deux hommes, partenaires dans la sélection argentine des années 70. Marcos était le capitaine - avant-centre de l´équipe. Basile évoluait devant la défense, dans le style du légendaire Rattin. Dans cet entretien, il présente la France comme la meilleure équipe du monde. C´est dire l´importance qu´il a accordé, après coup, à la victoire du Stade de France.
« Alfio, parlons un peu de la dernière Coupe du monde. Qu´as-tu pensé de la prestation de l´Argentine ? Je parle au supporter, pas au sélectionneur...
J´ai trouvé que l´équipe avait d´immenses qualités, des qualités telles que, selon moi, nous étions supérieurs à l´Allemagne en quart de finale (1-1, 2-4 t.a.b.). Les Allemands sont parvenus à égaliser sans avoir montré grand chose avant, et à partir de là, l´Argentine a lâché prise, car lorsqu´une équipe a le sentiment d´avoir été supérieure, d´avoir dominé tranquillement, d´être en train de gagner un match fermé en menant 1-0... La Coupe du monde est comme ça : il n´y a pas de revanche, tout peut arriver ! Un joueur qui se lève du mauvais pied, une expulsion à quelques minutes de la fin...
...Ou le gardien qui se blesse ! (NDLR, l´Argentin Abbondanzieri a laissé sa place à Leo Franco à la 70e minute)
Voilà ! Tu n´y peux rien et tu rentres à la maison. D´ailleurs, les équipes sacrées championnes du monde ne sont pas toujours les meilleures.
J´étais aussi déçu par l´élimination, mais dans le fond, j´étais satisfait par le jeu développé. Avec un peu plus d´audace, l´Argentine aurait plié le match avant la prolongation.
Tous les supporters espéraient un deuxième but. Moi, je n´ai pas à entrer dans des considérations tactiques : je suis sélectionneur ! Mais en tant que supporter, je crois qu´on avait les moyens d´aller en finale. On n´y a pas été, mais ce n´est pas pour ça que l´Allemagne était supérieure.
Pendant cette Coupe du monde, j´aurais reconnu l´Argentine même si les joueurs avaient porté des maillots noirs. C´était clair, c´était l´Argentine ! Le style, la philosophie, c´est important pour toi ?
Importantissime ! Chaque nation doit avoir son propre style. Et toi qui as porté ce maillot, tu sais ce qui plaît aux Argentins. Comme pour les Brésiliens d´ailleurs. Nous avons un leitmotiv : bien jouer ! Bien jouer pour gagner, pas gagner à n´importe quel prix. Gagner sur un but de raccroc, ça ne contente pas un Argentin. La philosophie footballistique des supporters est restée la même qu´à l´époque où nous on jouait.
On entend toujours des justifications, telle équipe joue en 4-4-2, telle autre en 4-3-3...Tu ne trouves pas que cela n´a rien à voir avec l´identité d´une équipe ?
Bien sûr. Sans cela, une rencontre se réduirait à un jeu d´échecs entre deux entraîneurs. L´important dans le foot, ce sont les joueurs, leur technique, leur fantaisie, leurs convictions...
Que dis-tu de la sélection française ?
Je ne le dis pas parce que je suis à Paris, mais la France est aujourd´hui la meilleure équipe du monde (NDLR, l´entretien a eu lieu à 48 heures du match France - Argentine), parce que Domenech a trouvé son équipe-type, parce qu´elle a atteint la finale, parce que cette équipe joue les yeux fermés. Ses sélections sont toujours les mêmes, exceptés les blessures et les suspensions. Je voudrais que l´équipe d´Argentine arrive à ça. Je voudrais pouvoir dégager une équipe type, comme j´avais pu le faire avec Boca (deux titres de champion avant sa nomination).
Parle moi des joueurs que l´on ne connaît pas ici... Des nouveaux... Higuain par exemple ?
Sa trajectoire a été très rapide... Il a joué une quinzaine de matches seulement (avec River Plate). Mais dans ces matches il a été brillant, surtout contre Boca (Higuain avait inscrit un doublé lors d´une victoire 3-1, début octobre 2006). C´est vrai qu´il a toutes les qualités pour devenir un grand joueur. Mais il ne faut pas oublier qu´il n´a que 19 ans. Il faut donner du temps au temps. Gago c´est pareil. C´est un milieu défensif ´´à la sud-américaine´´, classique. Il a une très bonne technique, c´est un très bon distributeur de ballons, un joueur de grande classe (il a reçu sa première sélection contre les Bleus).
Merci...
Dernière chose : je veux que les Français sachent que tu as été un très grand joueur.»
Entretien réalisé par Angel MARCOS pour L´Equipe TV