Le parler Marseillais en quelques questions
Pourquoi un parler Marseillais ; on parle pas Français à Marseille ?
A Marseille, on écrit le français, on comprend la français, mais on ne PARLE pas le français ; jamais, ô grand jamais, on ne s´aventurerait à parler " pointu " , comme on dit ici " ça marque mal " ! C´est un registre réservé aux Parisiens, ces grands nordiques envahisseurs qui se prétendent de La Capitale ( à Marseille, le Nord commence au dessus d´Avignon).
Qui parle " le Marseillais " ?
On serait tenté de penser que le parler Marseillais est un langage uniquement utilisé par les classes populaires comme l´argot dans certains milieux Parisiens ou le verlan dans certaines banlieues ; en fait, il n´en est rien, les mots et expressions Marseillais entrent aussi bien dans le vocabulaire des ouvriers que dans celui des érudits ( il s´agit bien sûr d´un vocabulaire usuel et familier, un prof de fac ne fera pas de son cours une criée au poisson et un médecin ne vous fera pas de diagnostic comme s´il vous servait un pastis ! ) Il s´agit bien de préciser que le parler typiquement Marseillais comme il est présenté ici n´est pas le fait d´une frange " folklorique " de la population mais bien un mode de communication encré dans l´usage et universellement reconnu.
D´où ça vient le Marseillais ?
Depuis la disparition de l´empire Romain, la langue parlée sur nos terres était le Provençal ( qui a succédé au latin) - autant dire que ça ne date pas d´hier ! - ce jusqu´à ce que ces môssieurs de Paris, soucieux d´harmonie ( ou d´hégémonie) obligent les enfants Provençaux à parler le Français de France ; c´était pas hier mais presque: c´était au début du siècle. Alors, les Marseillais apprivoisèrent peu à peu, avec beaucoup de malice, cette " nouvelle langue venue d´ailleurs " avant d´en faire la leur. A court de vocabulaire, ils ont du " marseilliser " un grand nombre de mots venus de Paris, " franciser " des tournures grammaticales Provençales, ou encore, transformer carrément la signification initiale d´un mot. Il est nécessaire d´ajouter que le Provençal n´est pas et n´a jamais été un patois, il s´agit d´une langue à part entière, qui s´est constitué une grammaire quand le Français, encore balbutiant et hésitant n´avait encore établi que des lexiques ( c´est à dire des équivalences de mots latins avec des mots plus ou moins semblables dans les différents dialectes du nord : les langue d´oïl) . Le Marseillais, qui est une " façon de parler " assez récente ( malgré les apparences) découle donc de deux langues distinctes et codifiées : Le Français " académique " relativement fixe à partir du XVIe siècle et le Provençal, l´une des plus anciennes " lingua materna " ( c´est à dire langue gallo-romane), ce n´est pas, à proprement parler, une " déformation " du français moderne, mais plutôt une " adaptation " .
Comment qu´on prononce, comment qu´on écrit ?
L´écriture de cette langue est plus simple que le français : on prononce toutes les lettres ( comme dans la plupart des langues romanes dont l´Espagnol ou l´Italien). Tout ici est dans l´accent qui peut être à la fois tonique, tendre, gouailleur, amusé, claironnant… l´accent écrit est mis sur la voyelle à appuyer, c´est on ne peut plus simple : par exemple, gàrri, se prononcera " gààaari " , balètti se dira " balèèètti " … Généralement, les mots issus directement du Provençal ou de l´Italien seront accentués sur l´avant dernière syllabe ( comme l´illustrent les deux exemples précédents) ; les mots français " marseillisés " seront accentué, comme tous les mots français, sur la dernière syllabe mais lorsque celle-ci est un " e " muet comme ils l´appellent là haut, le Marseillais aura tendance à le souligner et l´accentuer plus encore, de plus, le Marseillais n´aimant pas les rencontres de certaines consonnes, il les sépare avec une voyelle, qui se trouve être souvent le fameux " e " , comme dans le cas de " peneu " . enfin, il faut savoir que les " o " sont toujours ouverts ( sauf exceptions)et que le graphème " ai " , se prononce " é " , on ne rentre pas à la " mèson " mais à la " méson " et on ne dit pas " il me regardè " mais " il me regardé " .
Mais le mieux, c´est de se laisser porter par l´accent chantant des Marseillais, sans tenter de trop l´analyser, essayez, vous verrez, ça vient tout seul !