Marco Van Basten a communiqué hier une première liste de 33 joueurs susceptibles de disputer le mondial allemand sous les couleurs des Pays-Bas. Ce grand pays de football (malgré sa petite taille) fait toujours plus ou moins partie des favoris pour la victoire. Mais pour une fois, en 2006, il apparaît plutôt dans le deuxième groupe de poids lourds, passant bien après le Brésil, l´Italie ou l´Argentine. Cette vision des forces en présence est corroborée par la lecture de ces 33 noms.
Comme la France, la Hollande est un pays exportateur de joueurs, ses meilleurs éléments évoluant dans les plus grands clubs d´Europe. C´est pour cela que, depuis la mise en application de l´arrêt Bosman, les joueurs d´Ajax, Feyenoord ou PSV en équipe nationale se comptent habituellement sur les doigts d´une seule main.
Mais l´arrivée de Van Basten à la tête des Orange a balayé les certitudes. Pour tirer un trait sur une génération exceptionnelle mais qui n´a jamais réussi à franchir le cap du dernier carré dans les grandes compétitions qu´elle a disputé, le triple ballon d´or a décidé de sacrifier ses derniers représentants, quelque fut leur niveau actuel, leur club ou leur palmarès. Et ce afin de
repartir sur une nouvelle dynamique en vue du mondial 2006, voire de l´euro 2008. Car il fallait avoir de sacrées convictions pour oser ignorer sciemment des monstres tels Seedorf, Kluivert, Davids (revenu depuis en grâce) ou Zenden, dès le début des éliminatoires; des éléments qui, s´ils ne sont plus tous au sommet de leur art, pouvaient légitimement prétendre faire partie d´un nouveau cycle en tant qu´hommes d´expérience. Clarence Seedorf n´est il pas un titulaire inamovible au Milan A.C. , une des meilleures équipes du monde? Et Patrick Kluivert n´est-il pas le meilleur buteur de l´histoire de la sélection, à seulement 29 ans?
Il fallait donc profondément croire au potentiel d´une génération de novices lancés en nombre, peu expérimentée, pour envisager une qualification pour le mondial, dans un groupe comptant la Roumanie, la Finlande et la République Tchèque! C´est pourtant la ligne que s´est imposé Marco Van Basten. Et au vu du parcours effectué dans ce groupe 1, clairement le «groupe de la mort» de la zone Europe, c´est un pari réussi: dix victoires (dont les deux matches contre les tchèques) et deux nuls contre la Macédoine, en douze rencontres, une différence de buts de +24. Les Pays-Bas ont dominé ce groupe de la tête et des épaules, grâce, pourtant, à un groupe de joueurs totalement renouvelé et sans grande expérience internationale!
Il faut en déduire d´une part la haute compétence du jeune technicien Van Basten, lui aussi débutant dans la carrière, et d´autre part la grande qualité de ce nouvel effectif, dont beaucoup évoluent aux Pays-Bas et sont largement peu connus.
C´est d´abord la montée en puissance, depuis trois saisons, du club d´Alkmaar, l´AZ, en championnat hollandais, qui a donné quelques certitudes au sélectionneur. AZ est désormais un concurrent sérieux pour le titre, aussi bien que Ajax, Feyenoord et PSV. L´expérience acquise par les joueurs de AZ sous la coupe de Co Adriaanse puis de Louis Van Gaal est un facteur déterminant dans l´éclosion au plus haut niveau des Opdam, Mathijsen, Jaliens et De Cler, nouveaux internationaux. Adriaanse, actuel entraîneur du FC Porto, avait déjà mené le club de Tilburg (Willem II) en Ligue des Champions en 1999 (dans la poule de Bordeaux). Après un échec à l´Ajax Amsterdam, il a récidivé à Alkmaar, l´amenant à un tel niveau que pour lui succéder, les dirigeants sont parvenus à séduire le professeur Van Gaal (ex-Ajax, FC Barcelone et équipe nationale, fallait-il le rappeler?). Les quatre défenseurs susnommés, de droite à gauche sur le terrain, non-contents d´être régulièrement appelés en Orange, ont même parfois été alignés ensemble au coup d´envoi d´un match éliminatoire, laissant sur la touche Bouma (perdu à Aston Villa mais toujours en sélection), Heitinga (remplaçant à Ajax), Van Bronckhorst ou De Jong (victime de sa poyvalence), et formant une ligne arrière 100% AZ Alkmaar! Et ce n´est pas tout: ce club compte également en équipe nationale les milieux Denny Landzaat et l´offensif Martijn Meerdink, sans oublier le défenseur central Ron Vlaar (transféré à Feyenoord au mercato) et le joueur de Liverpool Jan Konkramp, latéral droit de AZ jusqu´à la saison dernière, transféré à Villarreal puis échangé avec Josemi.
Autant de découvertes qu´on attendait pas à pareil niveau! Cependant certains ne sont pas des débutants et possèdent un joli petit CV: Jaliens et Landzaat sont des anciens du Willem II de Adriaanse (on les a vu contre Bodeaux en 1999), De Cler est un arrière gauche formé et laissé pour compte à Ajax. Quant à Meerdink, c´est un routier de la première division néerlandaise. A trente ans, sa régularité et son sens du collectif sont récompensés. Un profil à la Eric Carrière et un exemple à suivre et à méditer, à l´heure où les joueurs n´envisagent pas l´équipe nationale sans évoluer dans un grand club.
Pour en revenir aux excellentes performances des Pays-Bas depuis deux ans, si l´éclosion de plusieurs joueurs de AZ Alkmaar est une explication importante, un autre facteur est à considérer: la naissance d´une génération de surdoués, «une de plus» serait-on tenté de dire. Des génies de l´attaque et des monstres de défense, dans la plus pure tradition hollandaise. Il s´agit de joueurs qui évoluent déjà dans les plus grands clubs européens et qui ont débutés en sélection alors qu´ils jouaient encore au pays, ou bien de jeunes de Ajax ou de Feyenoord dont la réputation a déjà franchi les frontières. Ils ont pour noms Arjen Robben (Chelsea) , Robin Van Persie (Arsenal), Rafael Van Der Vaart, Nigel De Jong et Khalid Boulahrouz (Hambourg): ceux-là sont les futurs tauliers de l´équipe nationale. Les autres se nomment Urby Emmanuelson (défenseur central), Wesley Sneijder (milieu polyvalent), Ryan Babel (une bête d´attaque), Hedwiges Maduro (milieu défensif) et le gardien de but Marteen Stekelenburg de l´Ajax, ou Romeo Castelen (ailier) de Feyenoord: de jeunes, voire très jeunes éléments sur qui Van Basten n´a pas eu peur de s´appuyer.
Dans la liste des 33, signalons également la présence des deux meilleurs buteur hollandais du championnat : Dirk Kuijt de Feyenoord (l´ancien buteur du FC Utrecht) et surtout Klas-Jan Huntelaar d´Ajax, 30 buts cette saison, qui connaît une ascension météorique: formé au PSV, prêté puis transféré à Hereenveen, puis 18 mois plus tard à Amsterdam (où il est arrivé en décembre) et désormais cible, entre autres, du Bayern Munich,
Mais si Van Basten est un partisan du renouvellement, il n´est tout de même pas fou. C´est pourquoi quelques joueurs d´expérience seront présents en Allemagne, sans pour autant être des titulaires en puissance: Edwin Van der Sar (tout de même gardien de Manchester United!), Giovanni Van Bronckhorst (l´arrière gauche du Barça), Philip Cocu (capitaine du PSV) et Ruud Van Nistelrooy seront à coup sûr dans le onze qui débutera la Coupe du Monde. Mais ce ne sera pas le cas des milieux de terrain du Barça et de Tottenham, Mark Van Bommel et Edgar Davids, devancés pour l´instant dans le 4-3-3 Orange par Cocu, Landzaat et Van der Vaart et qui devront, malgré leur palmarès, gagner leur place. Quant au milieu vétéran de Middlesborough George Boateng et aux deux joueurs du PSV Eindhoven André Ooijer et Jan Venegoor of Hesselink, ils seront déjà heureux d´être retenus dans les 23. Tout comme certains joueurs présents dans la liste de 33 mais qu´on voit mal passer l´écrémage final. Babel ne joue pas beaucoup à l´Ajax, Meerdink a beaucoup de concurrence en attaque, idem pour Boateng au milieu et pour Bouma en défense (qui ne pourra s´en prendre qu´à lui-même d´avoir choisi de quitter le PSV pour Aston Villa) tant les joueurs de AZ Alkmaar ont pu donner satisfaction dans ce secteur.
Le onze qu´alignera Van Basten pour débuter la compétition ressemblera probalement à celui-ci:
Van der Sar- Opdam, Boulahrouz, Mathijsen, Van Bronckhorst- Landzaat (ou Van Bommel), Cocu, Van der Vaart (ou Davids) - Kuijt, Van Nistelrooy, Robben (ou Van Persie).
C´est moins ronflant que l´Argentine, ça fait moins rêver que le Brésil, c´est même moins rutilant que la France, mais sous-estimer cette équipe néerlandaise serait une grosse erreur tant elle a montré sa cohérence et son efficacité en éliminatoires.
Pour conclure, je voudrais faire remarquer l´analogie entre les situations française et hollandaise. Au sortir de l´Euro 2004, les deux pays ont dû faire face à une vague de retraites (volontaires ou pas), laissant penser que ces équipes allaient largement renouveler et rajeunir leur groupe. Mais là où Marco Van Basten n´a pas hésité à trancher dans le vif, Raymond Domenech va aborder le mondial avec une équipe de départ quasiment identique à celle éliminée en quart de finale par la Grèce il y a deux ans. Comparer le chemin parcouru par l´une et l´autre équipe en deux saisons d´éliminatoires et de matches amicaux, c´est mesurer à quel point la demi-mesure française (finalement le renouvellement est assez faible) est sûrement une des raisons des résultats poussifs que nous avons connus jusqu´au retour de Zidane, Thuram et Makelele.