NANTES / MAURO CETTO :
« Je pensais qu’on s’en sortirait »
lundi 21 mai 2007 - 17 h 02 - Loïc FOLLIOT
« Je pensais qu’on s’en sortirait »
PANORAMIC
Capitaine d’un FC Nantes promis à la Ligue 2, Mauro Cetto ne se dérobe pas à l’heure d’évoquer la saison désastreuse des Canaris. Sans fuir ses responsabilités, il évoque une certaine fatalité.
Mauro Cetto, vous aviez déclaré qu’une rétrogradation en L2 provoquerait un sentiment de honte pour les joueurs. Aujourd’hui, vous sentez-vous honteux ?
Oui, j’ai honte et j’espère que je ne suis pas le seul. Peut-être que tous les joueurs éprouvent ce sentiment. On n’a pas su faire ce qu’il fallait pour se sauver. On n’a pas réagi. J’espère simplement aujourd’hui que chacun peut se regarder dans la glace. Quand je vois la qualité des joueurs qui ont mené à cette rétrogradation, je me dis qu’on n’a peut-être pas fait les efforts qu’il fallait pour éviter cette issue.
Le groupe ne manquait-il pas de talent tout simplement ?
Individuellement, je ne pense pas qu’on mérite cette dernière place. On pensait qu’avec cet effectif, on pouvait prétendre à mieux. Mais le constat est là : on a la plus mauvaise attaque et l’une des défenses les moins performantes. Cela signifie qu’on a des lacunes à tous les niveaux. Après, il faut se poser la question : « Est-ce dû au manque de qualité du groupe ou au manque d’investissement ? » Quant au talent individuel de ce groupe, il faudra voir quelle part de l’effectif restera en Ligue 2 la saison prochaine et dans quels clubs seront transférés les autres éléments pour s’en faire une idée plus précise.
Avez-vous le sentiment d’avoir travaillé pour combler ces lacunes ?
Je ne sais pas si on a bien travaillé. Notre meilleur classement cette saison, ça a été la quinzième place. Le reste du temps, on a toujours été en dessous. Dès le début, on a vu où on allait. Dans une saison, tu fais le point tous les deux ou trois mois. A chaque fois, les conclusions étaient les mêmes : ça n’allait pas. Ceci dit, la descente en Ligue 2 n’est pas arrivée il y a un mois. On la sent venir depuis un moment. Au Mercato, il y a eu du mouvement. C’est que ça n’allait pas. Avant non plus et ce à quel que niveau que ce soit. Cette descente, c’est un ensemble de responsabilités.
Lors des trois dernières saisons, le FC Nantes a terminé 17eme, 14eme puis a fini par être relégué. Cette descente vous semblait-elle inéluctable ?
Ce sont trois mauvais classements mais obtenus avec trois équipes différentes. Quand on réalise ce genre de performances, c’est qu’il faut changer des choses. Les intentions étaient là mais les changements ne se sont pas avérés adéquats. Toutefois, on ne pensait pas au début de la saison que ça se terminerait comme ça. Après six journées, Le Dizet s’est fait virer. C’est à cette époque qu’on a compris qu’on ne ferait pas une grande saison.
Au final, le FC Nantes a davantage fait parler de lui en coulisses que sur le terrain, où ses prestations n’ont pas soulevé l’enthousiasme. Vous êtes l’un des rares à avoir assumé votre rôle auprès des médias. Répondez-vous spontanément ou parce que votre brassard de capitaine vous y incite ?
Je fais presque figure d’ancien dans ce club. Je suis capitaine et titulaire. Il est normal que ce ne soit pas les plus jeunes ou ceux qui jouent moins souvent qui répondent à vos sollicitations. Mais ça fatigue et ça prend de l’énergie. Vous n’avez pas souvent parlé de nous en bien. C’était logique mais éprouvant. On n’a pas pris de plaisir cette saison, pas seulement pendant un ou deux mois. La presse, c’est aussi à nous de savoir la gérer pour ne pas tomber dans le piège. Au niveau extra-sportif, il s’est passé plein de choses en cours de championnat, même si ce n’est pas pour ces raisons qu’on descend.
Pour quelles raisons le FC Nantes descend-il en Ligue 2 ?
Plusieurs facteurs ont perturbé la saison. L’été dernier, plusieurs joueurs nous ont rejoints. Cinq ou six mois après, ils sont partis. Il y a eu les changements d’entraîneurs, des décès dans la famille de plusieurs joueurs. Au Mercato, il y a eu l’arrivée de Fabien (ndlr : Barthez). Elle a attiré l’attention de toute la presse. On s’est tourné pour regarder le FCNA. Selon moi, à Nantes, on laisse travailler les journalistes trop facilement. Pour certains joueurs, c’est un problème. Pas pour d’autres.
« On ne peut pas être ami avec tout le monde »
Quels sont les moments charnière que vous n’avez pas su négocier ?
Moi, je suis plutôt d’un naturel optimiste et j’espérais toujours qu’à un moment donné, on parviendrait à réaliser une série de quatre ou cinq matchs. J’étais confiant et je pensais qu’on allait s’en sortir après notre victoire à Toulouse (4-0, 19eme journée) puis le succès qu’on avait enchaîné à domicile contre Nice (1-0). Après l’éviction de Georges Eo, on a de nouveau réussi une série de matchs sans défaite. Là aussi, je pensais que ça allait repartir. Mais on n’a pas confirmé. Même au cours de notre série de cinq revers en six matchs, je pensais et disais aux gars qu’on pouvait redresser la situation. On a vraiment raté des matchs importants : à Troyes (ndlr : 0-1, 21e j.) où l’on s’est incliné en fin de match, à domicile face à Sedan (0-1, 30e j.). Le match qui me reste en travers de la gorge, c’est la défaite à Monaco (1-2, 29e j.). On mène 1-0, on joue très bien au ballon et au final, on se retrouve menés à la mi-temps et on s’incline. Ce match-là nous a coupés dans notre élan. Selon moi, cette défaite a eu de vraies répercussions.
Les dirigeants avaient stigmatisé le manque de caractère de l’équipe nantaise 2005-06. Le recrutement estival était censé pallier ce déficit de tempérament. Peut-on là aussi dresser un constat d’échec ?
Avoir du caractère, je ne sais pas ce que ça veut dire. Pour moi, c’est tout simplement se montrer dans les moments difficiles. Il faut être fort en tant que joueur. Si c’est pour répondre à l’entraîneur ou crier sur le terrain uniquement pour se faire entendre… Pour moi, ce n’est pas ça avoir du caractère. Je pense que les recrues ont été bien accueillies. Tu prends Christian Wilhelmsson mais il part au bout de six mois et devient titulaire à la Roma ! Je ne dis pas que c’est un phénomène mais quand même. Il est arrivé comme une star mais il s’est peut-être mis trop de pression. Tu prends aussi un gardien qui ne connaît pas la langue et au bout de six matchs, tu le sors de l’équipe. Tu ne peux pas être aussi exigeant avec lui. Quant à Nourdin Boukhari, je ne sais pas s’il était prêt mentalement à faire des efforts pour l’équipe.
Jean-Jacques Pierre a dénoncé la présence de tricheurs au sein du groupe. Est-ce aussi votre sentiment ?
Jean-Jacques a dit ça. Je ne sais pas à qui il pensait. Si tout le monde avait fait le maximum en même temps, on n’en serait pas là. Peut-être qu’il y a eu des tricheurs, consciemment ou inconsciemment. Je ne sais pas. D’autre part, qu’il y ait des clans, c’est normal. C’est comme ça dans tous les clubs et dans toutes les entreprises. On ne peut pas être ami avec tout le monde. Mais ce n’est pas pour cette raison qu’on descend en L2. En 2001, le FC Nantes a été champion de France. Que je sache, les joueurs n’étaient pas tous amis…
La L2 est une désormais une réalité pour le FC Nantes. Que connaissez-vous de ce championnat ?
Franchement, je regarde très peu. Je n’y fais pas trop attention. J’ai parfois regardé les matchs du FC Metz pour voir jouer Pascal (ndlr : Delhommeau). Ça ne m’est pas complètement inconnu non plus. C’est plus engagé. Pour réussir, il faut des joueurs prêts à aller au combat mais pas uniquement. Il faut une idée de jeu. A Nantes, cette saison, c’était difficile de savoir quelle était notre idée de jeu dans la mesure où plusieurs entraîneurs se sont succédé. Regardez par exemple la composition de l’équipe qui a débuté le championnat contre Lyon et celle alignée ces temps-ci. A part quelques-uns, cela a vraiment changé. Du coup, c’est plus compliqué de travailler les automatismes.
Aura-t-on encore l’occasion de vous voir la saison prochaine sous le maillot nantais ?
Je ne sais pas. Les dirigeants veulent voir tous les joueurs. Je pense surtout à bien finir la saison et partir en vacances.