Sur le banc du Paris-S-G, Calderaro cherche un nouveau but
Deuxième meilleur buteur l’an passé derrière Papin, son transfert de Metz au club de la capitale a mis François Calderaro sur la touche cette saison. Rencontre avec un attaquant meurtri avant P-S-G-Monaco, sommet de la 34e journée du championnat.
CRUELLE ironie du sort, c’est sur le gazon du stade Saint-Symphorien à Metz, là même où, l’an passé, le « goleador » avait éclaté au grand jour, que l’on a aperçu pour la dernière fois la silhouette de François Calderaro musardant à la pointe de l’attaque du Paris-Saint-Germain. Depuis le 27 février et ce match sur les bords de la Moselle, on n’a plus revu sur les terrains l’homme qui, il y a quelques mois encore, faisait feu de tout bois sous les couleurs du club lorrain. Celui qui, pour chaque ballon cogné au fond des filets, régalait le public messin d’une cabriole à la Hugo Sanchez.
Arrivé dans la capitale à l’intersaison avec sacs et bagages, le dauphin de Papin au classement des buteurs 91-92 a commencé par faire banquette sur la touche, avant d’être carrément évincé du « seize » de départ. Régulièrement, le chef d’orchestre du P-S-G, Artur Jorge, lui préfère Simba dans le rôle de la roue de secours des Weah et autre Ginola. Tandis que Paris flambe, s’offre une demi-finale européenne, joue crânement sa chance parmi les ténors du championnat, jusqu’à botter récemment Monaco hors de la Coupe de France, l’ancien attaquant du Stade de Reims, lui, erre comme une âme en peine dans l’ombre des tribunes, réduit au rang de vulgaire spectateur. En pleine gamberge, la solitude au fond des poches.
« Je suis un peu dans le néant », avoue François Calderaro, la gorge nouée. « J’ai été écarté sans raisons. L’entraîneur est resté muet... En fait, une carrière de footballeur ne tient pas à grand-chose. Une personne qui ne vous aime pas. Cette saison, je n’ai pas eu ma chance. Je n’ai inscrit que quatre buts, mais les rares occasions où j’ai pu m’exprimer au côté de Georges (Weah, NDLR), on a marqué. Je ne comprends pas. » Seule explication pour lui : le courant n’est pas passé avec le coach portugais. A vingt-neuf ans, après bientôt vingt-deux printemps passés à user ses crampons sur les pelouses de France et de Navarre, le voilà au pied du mur. « Rester à Metz, c’était la sécurité. J’étais entouré. Mais comme dans tous les boulots, tu cherches toujours à aller plus haut, à tenter le coup. On s’oriente souvent dans la branche où l’on est le plus doué. Moi, dès que j’ai commencé à marcher, c’était le football. »
Le gamin de Reims, fils de l’immigration italienne, se serait-il laissé griser par la gloire naissante, par ce miroir aux alouettes du sport show-biz ? « Qu’on ne parle plus de moi m’importe peu, affirme-t-il. Je suis plutôt quelqu’un de discret par nature. Le problème, c’est que je ne peux pas faire mon métier. Aujourd’hui, j’ai l’impression que je ne sers pas à grand-chose. » Pourtant, François Calderaro serre les dents, demeure assidu aux séances d’entraînement, espère en des jours plus cléments. « Le plus difficile, c’est de se motiver tout seul. Au début, je courais, Joël Bats m’aidait beaucoup aussi. Mais, de fil en aiguille, on se retrouve gagné par le doute. Il n’y a pas de mystère, quand vous ne jouez pas pendant plusieurs semaines, vous régressez. Un buteur doit être au top, dans la tête et physiquement. Bien sûr, on peut croire à un coup d’éclat de temps en temps, mais les performances ne sont plus les mêmes, on perd ses repères. Moralement, il faut être fort, se dire qu’un changement va se produire, que l’on va repartir de plus belle. Sinon, on arrête tout. »
Le désert, l’ancien Messin le traverse seul, ou presque. Il s’appuie sur sa famille, sur l’affection de sa compagne, de ses amis et la solidarité de quelques coéquipiers. « Dans cette jungle, on sait bien à quoi s’en tenir en matière d’affinité. Sur vingt joueurs, il y en a peut-être quatre qui ne s’en foutent pas. Chacun défend son bifteck. Un problème que l’on rencontre dans toutes les entreprises. On essaie seulement de ne pas trop étaler notre vie... »
Sur le brillant parcours du P-S-G, François Calderaro ne se répand pas en long commentaire. Et pour cause. « Je ne suis plus convié aux déplacements, déclare-t-il. A croire que l’on dérange, que l’on pourrait perturber le groupe. A propos de la défaite face à la Juve, j’ai juste l’impression qu’il manquait l’envie de marquer, puisque l’on a évolué avec un seul attaquant de pointe. Mais, franchement, je n’ai pas le coeur à jouer les supporters en ce moment. Parfois, dans les tribunes, je me dis que je serais mieux à la maison, le poste de télé éteint, à ne pas regarder. J’ai des fourmis dans les pieds et je ne partage pas les émotions à 100 %. »
Quand le chemin se fait trop ardu, François préfère se plonger dans le moteur d’une de ses deux voitures de collection, taper un billard, américain ou français, qu’importe, ou encore prendre la guitare pour se dégourdir les doigts. Il sait qu’il lui reste encore deux ans de contrats à Paris. Il mise sur un éventuel changement d’entraîneur. Fixe l’avenir droit dans les yeux, se forçant à ne jamais regarder en arrière. « Je n’ai pas une obsession du passé, je veux affronter le présent et la réalité. Marquer à nouveau des buts. C’est tout. »