A écouter Roy Contout interviewé à l´issue de la première période, le téléspectateur non averti a pu se demander s´il ne s´était pas trompé de chaîne. Le jeune attaquant messin a remercié la terre entière comme si le coup de sifflet final venait d´être donné, témoignant de la souffrance endurée par ses pairs depuis qu´ils végètent dans cette satané zone rouge. Il faut dire que quelques minutes plus tôt, il avait clôturé d´une action individuelle aussi belle que spontanée un premier acte complètement fou. Face à face avec Marange, accélération puis cette frappe, soudaine, dans un angle improbable.
Ce coup de folie n´aurait peut-être pas eu lieu dans un match banal. Mais celui qui a opposé la meilleure défense d´Europe à Metz, lanterne rouge improductive à l´extérieur, a d´emblée vacillé dans le paranormal. En premier lieu grâce à Souleymane Youla, dont l´activité a complètement déstabilisé l´arrière-garde girondine amputée de Planus. Premier courant d´air au quart de jeu, avec un contre favorable en prime, le Guinéen pouvait marquer dans le but vide (0-1, 15°). Bordeaux, qui avait donné deux avertissements sérieux auparavant, répliquait de façon foudroyante. En deux minutes, Chamakh s´offrait un doublé et les Girondins billaient en tête (1-1, 17° puis 2-1, 19°). La rencontre ne sortait pas pour autant de son état surnaturel. Sur l´engagement, Metz égalisait sur un but gag (2-2, 20°). Et Contout, donc, ajoutait un but d´extra-terrestre à l´ouvrage (2-3, 44°).
Malheureusement pour les Grenats, les sorties de Youla à la mi-temps (sur blessure) puis d´Alioui allaient changer la donne. La capacité de l´attaquant guinéen était un atout décisif pour les Lorrains. Son remplaçant, Babacar Gueye, n´évolue pas dans le même registre et Metz a tout simplement arrêté d´être dangereux. Dans un premier temps, le dispositif lorrain a plié sous les coups de boutoir de Chamakh, dont le jeu de tête n´a jamais pu être enrayé, Darcheville et Alonso. C´est de ce dernier, entré pour abréger les souffrances de Beto, qu´est venue l´égalisation suite à un astucieux décalage de Darcheville (3-3, 70°). Livré à lui-même, Wimbée n´a cette fois pas réussi à sauver les siens, ce qu´il avait fait face à Denilson (59°) puis Darcheville (65°). Comme la fin des débats vit seulement Chamakh se faire exclure pour un geste d´humeur évitable, les Grenats repartent donc avec un curieux point de Gironde, le double sentiment d´avoir à la fois manqué et réalisé quelque chose...