WASHINGTON (Reuters) - Ni la réallocation des fonds déposés à l´étranger de l´Iran, ni les fraudes supposées au sein d´une société internet japonaise ne risquent de déstabiliser l´économie mondiale, estiment les experts.
Mais les deux évènements survenus cette semaine ont perturbé les marchés mondiaux et ravivé les inquiétudes sur la vulnérabilité de l´économie mondiale si les flux sans précédent d´investissements internationaux venaient à être menacés.
L´annonce d´une enquête sur la société internet japonaise Livedoor mardi a entraîné une chute des cours à la Bourse de Tokyo et secoué les marchés du monde entier.
Les tensions croissantes entre l´Iran et la communauté internationale concernant le programme nucléaire du pays agitent les investisseurs depuis le début du mois tandis que les cours du pétrole se rapprochent de leurs records ans la crainte de perturbations des exportations de brut iranien.
L´annonce par Téhéran vendredi du transfert d´au moins une partie de ses capitaux actuellement déposés dans des banques européennes vers d´autres comptes a ébranlé le marché des changes.
Selon les économistes, ces deux évènements ne sont pas assez importants en eux-mêmes pour empêcher l´économie mondiale de croître de plus de 4% en 2006 pour la quatrième année d´affilée.
LE SPECTRE D´UNE PANIQUE
Mais leurs répercussions sur la confiance des milieux financiers pourraient inciter les investisseurs internationaux à revoir la répartition de leurs investissements transfrontaliers, estiment-ils.
"Les déséquilibres mondiaux s´aggravent, les besoins de financements transfrontaliers augmentent et le bon fonctionnement du système financier est désormais essentiel pour cela", constate Nouriel Roubini, professeur à l´université de New York et ancien responsable du Trésor américain.
"Les investisseurs deviennent de plus en plus nerveux concernant toute sorte de catégories d´actifs", ajoute-t-il. "Il n´est pas inconcevable que les accidents à la Bourse de Tokyo comme celui de cette semaine ou cet évènement lié à l´Iran puissent provoquer le type de panique soudaine que toute le monde craint".
Le risque d´évènements imprévisibles - comme l´effondrement en 1998 du fonds spéculatif Long Terme Capital Management - pourrait compromettre la bonne santé de l´économie mondiale, a estimé Tim Adams, l´un des responsables des affaires internationales au Trésor américain, lors d´un entretien accordé à Reuters cette semaine.
"La principale menace est celle qu´on ne peut ni prévoir ni prédire", a souligné Adams, remarquant qu´il était payé pour s´inquiéter concernant ces risques malgré une conjoncture économique mondiale "extraordinairement positive" en ce moment.
Le vice-gouverneur de la Banque d´Angleterre, Andrew Large, a estimé de son côté mercredi que les marchés mondiaux étaient devenus "creux" parce que les investisseurs en quête de rendements avaient fait grimper les prix des actifs et qu´ils pourraient sous-estimer les risques d´un choc.
Faisant référence à la chute de la Bourse de Tokyo, Otmar Issing, chef économiste de la Banque centrale européenne, a déclaré mercredi également que la réaction immédiate de panique à des évènements survenant à l´autre bout de la planète "démontre à quel point les marchés sont connectés".
FINANCER LES DÉFICITS
Bon nombre d´économistes soulignent les inquiétudes suscitées par les déséquilibres des comptes internationaux - en particulier le déficit annuel record accusé par les comptes courants américains à près de 800 milliards de dollars, soit plus de 6% du produit intérieur brut du pays.
Ces déficits croissants doivent être financés par des investissements étrangers. Des entrées nettes de capitaux étrangers de près de trois milliards de dollars sont nécessaires chaque jour ouvrable dans le cas des Etats-Unis.
Tandis que la croissance mondiale reste solide, elle est de plus en plus financée par des investisseurs prêts à investir en plus grande proportion à l´étranger.
Les excédents commerciaux croissants des pays émergents d´Asie et des principaux exportateurs mondiaux de pétrole ont parallèlement favorisé un essor des réserves de devises des Etats, qui atteignent plus de 4.000 milliards de dollars, un montant qui permet de mesurer l´ampleur des flux monétaires à travers la planète.
Les marchés des changes mondiaux échangent à eux seuls près de 2.000 milliards de dollars lors des transactions quotidiennes.
La réallocation de quelque 40 milliards de dollars d´investissements iraniens paraît donc anecdotique.
Il n´en reste pas moins que le comportement de l´Iran - tant dans sa politique d´investissements que dans ses ambitions nucléaires - ou la perte de confiance dans une société internet japonaise deviennent plus inquiétants s´ils incitent les investisseurs à réévaluer les attraits et les risques de leurs investissements à l´étranger.
Et les marchés émergents, qui ont attiré un record de 358 milliards de dollars de flux étrangers en 2005 selon l´Institut de finance international, pourraient être les plus vulnérables.
Alors que les rendements moyens des marchés obligataires des pays concernés s´approchent de leurs plus bas historiques, beaucoup d´observateurs craignent un effet domino semblable à l´effondrement de plusieurs marchés émergents après 1996, le précédent pic des entrées nettes de capitaux étrangers dans ces pays.
"Les évènements survenus au Japon ces derniers jours nous rappellent à quel point il est difficile d´anticiper où un évènement de ce type pourrait se produire et comment il affectera la confiance et les performances des intervenants financiers", souligne Charles Dallara, directeur général de l´institut.
