L´ANGOLA VIENT DE SI LOIN
Par Cédric ROUQUETTE
La sélection angolaise s´est qualifiée pour la Coupe du monde sans la moindre individualité ni même passé footballistique significatif. Un parcours exceptionnel pour un pays à peine remis d´une guerre civile, dû à un travail de longue haleine. L´Angola, exemplaire par sa stabilité, est une exception en Afrique.
« Nous sommes des frères »
Aucun joueur de la dimension d´Essien, Drogba ou Adebayor pour jouer le rôle de porte-drapeau. Aucun passé notable dans ce pays où le basket est le sport numéro un. «Je ne m´attendais pas à notre qualification, je n´imaginais pas que ce rêve deviendrait réalité» a reconnu le capitaine Fabricio Alcibiade Maieco Akwa. Des quatre nouveaux visages africains à la Coupe du monde, l´Angola est le moins connu et objectivement le plus surprenant de tous. Un miracle. L´ancienne colonie portugaise est une nation aussi minuscule que jeune sur la carte du football mondial. Elle a disputé son premier match international le 1er juin 1977. Avec ses 13 millions d´habitants meurtris par une guerre civile de vingt-sept ans, dont l´immense majorité vit dans la plus extrême pauvreté, elle a trouvé les ressources pour éliminer le géant Nigeria, deux titres de champion d´Afrique, dix fois plus d´habitants et de footballeurs. Coincé entre la RD Congo, la Zambie et la Namibie au Sud-Ouest de l´Afrique, l´Angola vit une histoire singulière, résultant d´un modèle de développement rare sur le continent.
Si l´Angola a obtenu, le 8 octobre dernier, son billet pour la première Coupe du monde de son histoire en allant battre le Rwanda à Kigali (1-0), entraînant à Luanda et dans tout le pays des manifestations jamais vues depuis l´indépendance de 1975, elle le doit avant tout à sa stabilité à la tête de l´équipe. Le sélectionneur l´incarne, Luis Oliveira Gonçalves. Ce technicien du cru, aujourd´hui âgé de cinquante ans, est entré à la fédération en 1992. Il y a dirigé toutes les sélections de jeunes, sans exception. Ses premières réussites furent de qualifier l´Angola pour une Coupe d´Afrique des moins de 17 ans, avant une victoire inattendue à la CAN des moins de 20 ans en 2001, en Éthiopie. C´est là que l´ossature de la sélection actuelle s´est forgée. S´y sont ajoutés les rescapés des épopées de 1997 et 2001 quand l´Angola, déjà, avait tenu la dragée haute au Cameroun en phase qualificative. «Nous n´avons aucune individualité, mais nous travaillons très dur, et en équipe, insiste Akwa. C´est notre secret : tous les problèmes sont débattus autour d´une table. Nous sommes des frères et le sélectionneur est notre grand frère. » L´échec au premier tour de la CAN n´a rien remis en cause.
Organiser la CAN 2010 ?
Débarrassée de la guerre depuis 2002, le foot angolais s´est structuré autour de quelques grandes entreprises, notamment pétrolières. Un système basique, mais qui garantit un financement du sport stable dans un pays habitué à tous les chaos et toutes les allégeances. Les meilleurs joueurs s´exilent en Asie ou en Europe, essentiellement vers le Portugal, futur adversaire au premier tour, mais aussi en France, comme le Clermontois André Titi Buengo, auteur de 8 buts en L2 cette saison, ou le jeune Antonio Sango, qui évolue en CFA à Vauban. «Pas mal de nos adversaires se sont dits et se disent encore : "bof, ce n´est que l´Angola", mais si nous jouons comme nous l´avons fait jusqu´à maintenant, tous pour un, tout sera possible en Allemagne, veut croire Akwa. Il faut montrer que ce n´était pas un coup de chance, montrer aussi que l´Angola ne se résume ni à la guerre ni au pétrole. Nous devons nous préparer à jouer tout le monde, même le Brésil, même Zidane, tous les grands joueurs.»
A la CAN, une victoire pleine de panache contre le Togo (3-2) a presque qualifié l´équipe pour les quarts de finale, ce qui aurait été une première après les échecs de 1996 et 1998. Sa défaite contre le Cameroun (1-3) et son nul face à la RD Congo (0-0) ont révélé les failles des Palancas Negras («les gazelles noires»), dans la constance et la variété du jeu notamment. Mais l´Angola, fière de son oeuvre, n´a pas les idées courtes. Elle ambitionne d´organiser la Coupe d´Afrique des nations 2010. Un pari fou. Presque aussi délirant que celui qui consistait, il y a deux ans, à accrocher une place en Coupe du monde. Au match aller du tour préliminaire, réservé aux nations les moins compétitives, l´Angola avait été battu au Tchad (1-3), une équipe encore plus modeste sur la scène africaine (aucune participation à la CAN). Nommé pour redresser la situation juste avant le match retour (2-0), Gonçalves n´avait pas imaginé que tout s´enchaînerait si bien. Le jour de la qualification de son voisin, le journal congolais "Ne-Kongo" a écrit, sur le profond renouvellement des valeurs en Afrique : «Certains parlent d´un tremblement de terre pour le football africain, d´autres n´hésitent pas à parler de régression. Qu´ils se détrompent. Il s´agit, bien au contraire, du progrès du football partout en Afrique.» C´est l´Angola qui illustre le mieux le propos.