Humiliés (0-3) samedi soir, en championnat, dans son antre de Santiago-Bernabeu, par un rival barcelonais intouchable pour lui, le Real Madrid aborde dans les pires conditions qui soient la réception de l´Olympique Lyonnais mercredi (en direct sur notre site dès 20h45), pour le compte de la 5e journée de la Ligue des Champions. Au-delà de la rudesse du score, c´est bien l´attitude des Galactiques, apparus résignés comme jamais, qui pose question. Vieillissant, dépassé, hors-sujet: le système madrilène a cette fois sans doute vécu.
Ronaldo et le Real au plus bas après l´humiliation (0-3) face au Barça. Ronaldo et le Real au plus bas après l´humiliation (0-3) face au Barça.
"Le FC Barcelone a été supérieur, c´est très clair. Ils ont fait un grand match. Mais je n´ai aucun doute sur le fait que le Real Madrid va gagner la Liga. Maintenant qu´on a récupéré les blessés on va pouvoir continuer à travailler". Ainsi s´exprimait Vanderlei Luxemburgo, l´entraîneur du Real Madrid, samedi soir, à l´issue de la plus sévère correction (3-0) reçue depuis 21 ans par les Merengue sur leur pelouse de Bernabeu, lors du Clasico, face au rival barcelonais. Un discours qui serait confondant de naïveté si la persistance du technicien brésilien à croire que son Real peut encore rêver de titre n´était pas contrebalancée par les discours alarmistes de la plupart des joueurs madrilènes.
Car Madrid est au plus mal et ce mal semble plus que jamais incurable. Il faut remonter en fait à la saison 1973-1974 pour trouver trace d´un revers plus désastreux. Cette saison-là, le Barça était venu pulvériser (5-0) le Real sur sa pelouse, un certain Johan Cruyff participant d´un but à la curée. Deux décennies plus tard et un autre phénomène a mis Santiago-Bernabeu à ses pieds. Ronaldinho, auteur d´un doublé samedi, les deux buts du siècle, comme les a qualifiés la presse catalane, s´est offert le luxe rare d´une standing ovation de la part du public madrilène. Honneur que seul Maradona en son temps avait su susciter.
90 millions d´euros pour quoi ?
Mais si Madrid est restée bouché bée devant le prodige brésilien, dont on voit mal qui pourrait le priver aujourd´hui du Ballon d´or, et la performance d´ensemble des Catalans, la capitale espagnole a pu assister samedi, côté madrilène, au renoncement total d´une équipe en perdition. Les propos en cours de rencontre d´Iker Casillas, gardien abandonné par sa défense, ont été retranscrits et ont fait le tour du pays. Incrédule devant une telle capitulation de ses partenaires, l´international espagnol, réclamant une réaction qui ne viendra jamais, apostrophe ses coéquipiers: Nous sommes tout de même le Real! Autour de lui, samedi, il n´y avait que têtes basses et un sentiment profond de démission.
Le spectacle de ce Real Madrid acceptant sans broncher de se faire ainsi rosser par son rival de toujours avait quelque chose de pathétique, en même temps que Zidane et Ronaldo, les fameux retours de blessure, vantés par Luxemburgo et censés relancer la machine merengue, sont apparus totalement transparents. Tous deux, ainsi que Raul, gravement blessé au genou gauche (rupture du ménisque externe et rupture partielle du ligament croisé interne) face au Barça, ne seront d´ailleurs pas de la réception de l‘OL mercredi. Décalage invraisemblable entre une maison blanche à la dérive, vieillissante, au fond de jeu inexistant ou presque, et des Blaugrana dont le jeu séduisant et éminemment collectif emporte tous les suffrages. Une démonstration qui cristallise également la défaite d´un système annoncée depuis plusieurs saisons déjà. Celui des Galactiques dont le prétendu rééquilibrage de l´intersaison a fait long feu. Les 90 millions d´euros dilapidés cette saison ridiculisent la gestion de Florentino Perez quand le Barça, lui, n´a pas déboursé le moindre centime d´euros cet été.
Un Florentino Perez dans l´œil du cyclone une fois de plus. La une du quotidien madrilène As titrait ainsi, en un énième affront: "Ronaldinho est un être supérieur", en référence à l´expression que le vice-président du Real Madrid, Emilio Butraguegno, avait cru un jour bon d´utiliser pour qualifier son président tout puissant. Marca, autre journal de la capitale, enfonce le clou en barrant sa une d´un: "Un stratosphérique Ronaldinho pousse les Galactiques vers la retraite" sans ambiguïté. Ce Real, malade de ses stars, qui n´a surtout plus remporté le moindre trophée depuis deux ans maintenant, réclame le changement. Le prochain mercato d´hiver paraît ainsi devoir conduire à une profonde purge de l´effectif, avec en premier fusible désigné un Luxemburgo déjà sacrifié ou presque. Les noms de Javier Irrureta, ancien entraîneur de La Corogne, ou de Ottmar Hitzfeld, l´ex-homme fort du Bayern Munich, reviendraientt ainsi avec insistance... Dans le sillage du Brésilien, nombreux sont les joueurs à porter la marque de l´exil forcé: Gravesen, Roberto Carlos pour ne citer que ceux-là sont des évidences. Mais les caprices de diva pourraient avoir fini de citer chez les Merengue et même un Ronaldo ne serait plus à l´abri. Zinédine Zidane, lui, qui n´a pas à craindre semblable destitution, avouait ainsi à demi-mots samedi, et sans doute pour la première fois, cette révolution de palais... Quelque chose doit cette fois changer au royaume du Real.