A vos jugement... (je le fait en plusieurs fois car il est long...
Début citation :
"Après le funeste Suisse-Turquie de 1995, je m’étais dis que la Turquie serait sans doute le seul pays au monde où je ne foutrais jamais les pieds pour une rencontre de football. En ayant de toute manière déjà fait une entorse à cette décision lors de la récente finale de Ligue des Champions, je prends quand même l’avion mardi en compagnie de trois compères pour Istanbul. Il n´y a que les cons qui ne changent pas d´avis ! Vol sans histoire et à notre arrivée, le passage à la douane est heureusement bien plus rapide que pour nos joueurs deux jours avant.
Après quelques visites le mercredi et avoir été rejoint par deux BWFK, nous prenons place dans un minibus en direction du stade. Bouchons, attente pour le ferry, trajet sur ledit ferry, re-bouchons, ça fait plus de deux heures que nous sommes partis et nous ne sommes toujours pas à bon port… C’est donc à pied, top casual, que nous finissons le trajet, où il n’est pas aisé de trouver notre chemin et traverser les divers contrôles de flics. Ayant été informé que les drapeaux contenant du texte (dans mon cas « Servette FC ») ne passent pas la fouille, je l’ai donc laissé dans le minibus. Bien m’en a pris, personne ne retrouvera ceux qui ne sont pas entrés…
Après deux fouilles, nous nous retrouvons dans le parcage du très réussi Sucru Saracoglu. Sans doute craintif d’une ambiance très hostile, le peuple suisse n’a que très peu répondu présent. Nous ne sommes donc apparemment que environ 500 irréductibles, dont la présence surprenante de Adrian Knup, notre ancien international. Un double et imposant cordon de flics nous sépare de nos voisins de tribune. Une heure avant le coup d’envoi, le public reprend déjà les tubes balancés par la sono, ça bouge bien ! Petit tour à la buvette pour apprécier le verre de 2dl de Coca vendu 6 balles… A peine nous essayons-nous à chanter que nous sommes immédiatement couverts par une impressionnante volée de sifflets. Les joueurs font leur entrée, toutes les tribunes se parent de drapeaux turcs pour un effet évidemment sympathique, mais pas aussi réussi qu’à Berne à cause de leur petite taille. Comme leur pays en somme…
Savamment orchestré par le sinistre Fatih Terim et propagé par la presse locale en réponse aux quelques malheureux sifflets du match aller, notre hymne est absolument inaudible, recouverte qu’elle est par les 50´000 moutons qui nous entourent. Mais moutons, ils ne le resteront que peu de temps. En fait, tout juste une toute petite trentaine de seconde, jusqu’à ce que l’arbitre du match prenne l’incroyable décision de siffler d’entrée un penalty (au demeurant indiscutable) dans cette folle atmosphère. Tous ne l’auraient pas fait ! Quoi qu’il en soit, Frei se charge de nous donner trois longueurs d’avance à l’addition des deux matchs et une autre partie commence pour nous… Entre moult pièces de monnaie (ils chient tellement le blé dans ce pays qu’ils se permettent d’en donner à nous, pauvres Suisses !) , mats de drapeau ou briquets, une torche atterrit deux rangées de siège au dessus de moi. Profitant d’une soudaine baisse de l’ambiance, nous tentons de nous faire entendre, mais c’est à chaque fois couvert par les sifflets. Peu importe, nous insistons et l’ambiance est tout à fait correcte. Dans ce contexte si particulier, je me surprends même à faire quelque chose de totalement contre-nature : chanter en allemand ! Il faut attendre le 2-1 pour voir vraiment les turcs se réveiller et nous offrir quelques chants vraiment bien puissants.
Le score passe dès le début de la seconde période à 3-1, ça commence à craindre un peu car il ne leur manque plus qu’un but… Volkan, le gardien, nous balance des bras d’honneur en guise de joie pendant que le stade bouillonne. Mais heureusement, nos joueurs arrivent tant bien que mal à maîtriser les assauts furieux de leurs adversaires et ça participe à faire baisser l’ambiance. C’est aussi à ce moment que le speaker du stade commence à se signaler. Dès lors, à chaque fois que l’équipe de Suisse porte le ballon, il crache dans la sono « Sifflez !! ». Lamentable, et bien évidemment repris en cœur par le stade. Du coup, peu de chants pour vraiment supporter leurs joueurs. Mais nous retiendrons un échange vraiment classe entre les quatre tribunes. Et nous arrivons même parfois à chanter sans se faire recouvrir !!
La tension est vraiment à son comble dans le parcage. Cela fait un moment que plus rien n’a volé dans notre direction. Mais bien sûr, quand Streller réduit le score et nous envoie en Allemagne, du moins le croit-on dur comme fer à cet instant, l’intifada recommence. Cela ne nous empêche nullement d’être tout à notre joie et de le faire savoir au reste du stade médusé. Mais il était marqué quelque part que rien ne serait simple ce soir, et le 4-2 dans les arrêts de jeu donne lieu à une nouvelle montée d’adrénaline durant les trois minutes restantes qui semblent durer une éternité ! Mais finalement, l’arbitre nous libère de nos souffrances en mettant un terme à cette rencontre. Bien que tout ne soit pas terminé pour nous… Pendant que les joueurs s’enfuient immédiatement aux vestiaires, coursés par les joueurs turcs (et ce n’est certainement pas pour les féliciter…), nous avons à nouveau droit à une séance de pilonnage intensif. Deux turcs ont réussis à s’introduire dans la tribune adjacente encore en travaux. Profitant d’être au dessus de nous, l’un d’entre eux balance un immense bidon remplit de peinture! Il tombe sur un turc (ne me demandez pas ce qu’il faisait là, mais comme quoi il y a une justice) et pas mal de personnes sont allégrement blanchies. Toujours aussi furieux, il revient quelques instants plus tard avec un long tuyau (3-4 mètres) en pvc qui termine sa trajectoire sur nous, mais sans mal, l’objet étant somme toute assez léger. Mouvements de la police, il dégage. Mais si cette partie de tribune avait été ouverte, ça aurait pu être un carnage parmi nous…
Nous restons enfermés dans le stade pendant près d’une heure. Les « Berlin ! Berlin ! Wir fahren nach Berlin ! » raisonnent dans le stade vide. Les sms crépitent, nous apprenant les incidents dans le tunnel des vestiaires ou nous demandant tout simplement si nous sommes encore vivants. Dehors, la police fait le ménage, en utilisant la force quand c’est nécessaire, pour boucler le quartier. Nous sommes finalement conviés à quitter les lieux pour retrouver les cars devant la porte. Nous retrouvons notre chauffeur mais notre minibus est sur un autre parking, hors du secteur bouclé... Pas vraiment rassurés, nous rangeons les écharpes, fermons nos gueules et marchons quelques minutes dans des rues heureusement vides. Les abords de l’autoroute toute proche, les ponts, les entrées/sorties sont quadrillés par un dispositif de police vraiment hallucinant ! Nous arrivons finalement à notre hôtel sans encombre. Après avoir hésité à rejoindre celui des joueurs, nous décidons de rester dans le bar du notre, pour profiter de siroter tranquillement quelques bières à la santé de notre qualification !
Je savais où je mettais les pieds en venant assister à cette rencontre, je ne vais donc pas jouer à la vierge effarouchée. D’ailleurs, je ne le regrette pas une seule seconde et en suis même plutôt fier. Mais si j’avais trouvé les turcs très accueillants lors de ma présence à la finale de la CL, leur comportement change vraiment du tout au tout quand ils sont concernés par le match. Pour en faire de vrais bêtes sauvages ! Et je pèse mes mots et m’astreint à une sorte d’autocensure pour ne choquer personne. Bref, pas un déplacement de coiffeuse comme on dit par ici !
Respect aux Suisses présents à Istanbul"