Les raisons de la discorde
Au Racing, la vie n´est pas un long fleuve tranquille. Entre Philippe Ginestet et les actionnaires du club, l´incompréhension va crescendo. Sur fond de crise sportive, la rupture est proche. A quand l´implosion ?
Philippe Ginestet ne semble pas faire l´unanimité au sein du club. (Photo DNA - Michel Frison)
Sur le terrain comme en coulisses, le Racing file un mauvais coton. En championnat, on le sait, la situation est désespérée. Privée de Mickaël Pagis, parti à Marseille, l´équipe se présentera en petite tenue demain à Monaco. Forcément, le coup de froid est à craindre.
Il faut croire que le climat n´est guère plus clément dans les sphères dirigeantes. Hier, Philippe Ginestet est devenu président de Sporinvest, la holding qui gère les activités du Racing, au sortir de l´assemblée générale. « C´était une simple formalité, précise le nouvel homme fort de la maison bleue. Une étape purement administrative. »
Banni en mai dernier par ses associés(*), au sortir d´un épisode qui a frisé le psychodrame, Ginestet est donc parvenu à ses fins. Les rênes du club sont désormais entre ses mains. Mais l´accession au pouvoir a laissé des traces. En dépit de la paix des braves qui a été décrétée au nom de l´intérêt supérieur du club, les plaies tardent à cicatriser.
« Nous avons discuté
de l´affaire Pagis.
Je trouve ça malheureux »
Les événements de ces derniers jours ont encore un peu plus électrisé l´air ambiant. Autour de la table des décideurs, quelques explications ont ainsi été demandées. Egon Gindorf, l´ex-président, s´est chargé de formuler les questions qui fâchent.
« Nous avons discuté, en toute sérénité, de la situation du club, explique Gindorf. Et notamment de l´affaire Pagis. Je trouve ça malheureux, comme les choses se sont déroulées. Philippe (Ginestet) nous a encore demandé s´il fallait vendre le joueur ou le garder. Ce n´est hélas plus la question. Il part, encore faut-il le remplacer par un attaquant de la même valeur. »
Philippe Ginestet, lui, estime que sa partie du contrat est remplie. « Je suis allé défendre le dossier du club devant la DNCG (direction nationale de contrôle de gestion) en fin d´année, dit-il. J´ai quand même injecté 2,5 millions d´euros pour que le club ait le droit de se renforcer. A la cellule recrutement de trouver un bon attaquant. Je sais que la tâche est délicate, car les bons joueurs ne courent pas les rues. »
La question du maintien
de Duguépéroux
Autre sujet épineux, celui de l´entraîneur. Philippe Ginestet a ainsi conforté Jacky Duguépéroux dans ses fonctions. Les autres actionnaires, eux, sont moins convaincus de la pertinence du choix. « Quand une équipe ne gagne qu´un match en vingt journées, il faut se poser des questions, poursuit Gindorf. Je pense que le maintien est encore possible. Faut-il s´entêter dans cette voie-là ? »
Une question à laquelle Egon Gindorf aurait pourtant pu répondre tant qu´il était encore à la tête du club. En novembre, déjà, le Racing était en fâcheuse posture. Duguépéroux, qui a certes vacillé sur son banc, n´a pas été remercié. Alors...
Bref, entre les ex-dirigeants et le nouvel homme fort du Racing, les différences de vue sont légion, les rancoeurs profondes. La rupture semble désormais proche. Les associés ont ainsi jusqu´au 16 janvier pour lever l´option d´achat sur leurs actions que Ginestet serait contractuellement tenu de racheter.
L´homme d´affaire alsacien, 39 ans, serait ainsi le seul maître à bord. « On a mis tellement de coeur dans ce club et là, on ne sait plus où il va », conclut Egon Gindorf, dépité. Personne ne le sait, hélas...
