Philippe Ginestet : « Je dérange »
«Je vais d´abord reporter ma décision d´accepter la présidence, consulter et prendre une nouvelle période de réflexion», explique Philippe Ginestet.(Photo DNA - Christian Lutz-Sorg)
Philippe Ginestet n´assistera pas au conseil de surveillance qui devait l´introniser président du Racing ce matin. Ébranlé par la polémique ( notre édition d´hier), il veut se donner le temps de la réflexion et n´exclut aucune issue à la crise.
- Comment avez-vous réagi au départ annoncé de Marc Keller ?
- Ma première réaction a été la stupeur, puis la consternation. Je suis passé d´un sentiment de joie et de fierté samedi à l´écoeurement ce dimanche matin. On m´avait prévenu que le milieu du foot professionnel était « spécial », mais je l´avais sous-estimé.
- Qu´entendez-vous par « spécial » ?
- Que le respect et la considération n´existent pas. Seul compte apparemment l´intérêt personnel. Je suis un acteur du monde économique où des règles claires et loyales existent, où on ne fait pas avancer les dossiers ou les tentatives de recomposition de tour de table en faisant filtrer des informations dans la presse.
« On me reproche
ma réussite »
- Le malaise existe pourtant bel et bien, personne ne l´a inventé...
- Mais, au fond, que me reproche-t-on ? Peut être la trop belle réussite du Racing qui est pourtant avant tout imputable au travail de Jacky Duguépéroux et à ses joueurs.
Vous savez, moi je n´ai rien demandé à personne. C´est Marc Keller qui est venu me chercher pour participer à la reprise du RCS qui accusait 11M€ de déficit. En passionné, j´ai répondu présent une première fois.
Ensuite, en pleine tempête, 20e et bon dernier avec 4 points en 9 journées, on est revenu me voir pour que je mette 3 M€ supplémentaires et que j´accepte la présidence avec la bénédiction des actionnaires.
Ce jour-là, il n´y avait pas beaucoup de doigts levés et là encore j´ai répondu présent parce que j´y ai toujours cru. J´ai dû être pris pour un fou ou un inconscient à ce moment-là, mais, pour la première fois, nous avons pu conserver tout notre effectif et éviter de brader Niang, comme Ljuboja avant lui. Et la spirale positive s´est mise en marche, pour mon plus grand bonheur et malheur.
« J´ai vu des
mines s´assombrir »
- Vous voulez dire que c´est le succès du Racing qui aurait conduit à l´actuelle crise ?
- Au fur et à mesure que notre situation s´améliorait certains se disaient que je n´étais peut-être pas si fou que ça. Puis est venue la hausse spectaculaire des droits TV que j´espérais. Là encore, j´ai vu des mines s´assombrir : « Décidément, ce Ginestet a trop de chance ». Mais quand l´apothéose de la victoire au stade de France nous a propulsés en Coupe d´Europe, c´en était trop.
Trop de chance et de réussite pour celui qui aurait dû investir 3,2M en octobre pour idéalement les reperdre en mai et repartir comme il était venu.
- C´est grave ce que vous dites-là...
- C´est comme ça que je vois les choses.
« Keller n´est pas
irremplaçable »
- Un des grands reproches qui vous ai fait, c´est de vous mêler de tout...
- Si régler en huit mois quatre énormes dossiers comme la sortie de garantie de passif d´IMG, où nous étions pieds et poings liés, le dossier fiscal, celui de l´AS Nancy-Lorraine, la renégociation de la convention avec « Sportfive » c´est être interventionniste, alors oui, je le suis.
Si m´opposer au départ de Niang ou de Pagis est être interventionniste, alors oui, je le suis. Si demander à ce que les prévisions financières soient établies sur deux saisons consécutives et non plus à six mois, est être interventionniste, alors je le suis. Mais peut-être n´ai-je pas bien compris que ma seule intervention devait se limiter à un apport d´argent frais et rien d´autre.
- Avec ce que vous dites, là, on voit mal comment vous pourriez encore travailler avec Marc Keller, on se trompe ?
- D´abord personne n´est irremplaçable, pour 20 clubs de L1, il y a un seul Marc Keller et les Lillois, avec un budget identique au nôtre, s´en sortent bien, je crois. Comme quoi...
Maintenant, il faut savoir que depuis huit mois où je suis resté strictement en retrait par respect pour Egon, j´ai travaillé sans problème avec Marc Keller. J´ai toujours prôné la continuité de l´organisation en place avec un manager général gérant le club et référant à son président, ce qui convient parfaitement à ma philosophie et à mon emploi du temps.
« C´est un problème
de pouvoir »
- On n´a pas l´impression que vous y croyez vraiment à cette association...
- Je crois toujours en notre complémentarité de style et de caractère ( calme et posé d´un côté, audacieux et entreprenant de l´autre). Maintenant, lors d´une réunion à laquelle tous les actionnaires participaient, Marc a déclaré « Il faut m´endormir et me faire croire que le club est à moi ». Peut-être que son problème est là, mais pour moi, la porte reste ouverte.
- Ce serait donc une lutte de pouvoir ?
- Et quoi d´autre ? Tout ce qu´on me reproche, c´est d´empiéter sur des prérogatives, donc de rogner un peu de pouvoir à des gens. Enfin, à une personne.
« J´ai proposé Camadini,
pas imposé »
- Il y a quand même eu des interventions au moins, disons, " maladroites" de votre part, comme avec Pascal Camadini...
- Écoutez, Pascal est au club depuis 1999 et il y a rendu d´énormes services. Alors, quand il m´a fait part de son souhait de terminer sa dernière saison au Racing pour apporter son expérience à des conditions financières ridicules, j´ai pensé qu´après le douloureux épisode du départ de Martins, qui avait mis en cause directement Marc Keller, je devais m´en ouvrir à l´entraîneur.
- Et ?
- Et, après plusieurs explications de sa part, je me suis rangé à ses arguments sportifs. Je n´ai donc rien imposé comme j´aurais pu le faire, j´ai simplement proposé. Comme je viens de proposer de reprendre Pontus Farnerud sans que l´on vienne me le reprocher. Mais il est vrai que je connais mieux Pascal que Pontus.
Ce qui reste, c´est que j´ai vu chez Camadini un joueur cassé, trop ému et peiné pour participer à la fête samedi soir. Seul chez lui, sans même qu´un grand club comme le Racing, pour l´image que je m´en fais, ne daigne lui offrir le moindre bouquet de fleurs symbolique ou le moindre remerciement après 6 années de services irréprochables. Peut-être les fleurs sont elles toujours réservées aux mêmes.
Pour ma part, je suis très fier de ma grande amitié avec Pascal Camadini que je remercie au nom du club, et je ne voyais d´ailleurs pas plus de problème dans une collaboration avec lui que d´avoir son frère ( François Keller) à la tête de l´équipe II, dont je salue le travail par ailleurs.
« Quand on veut partir,
on assume »
- Avec ce que vous dites là, votre position va encore se fragiliser, non ?
- Ma position est de toute façon difficile. Il y a d´une part le poids et l´expérience d´un ancien international qui sait en jouer, qui a tissé sa toile de relations et qui maîtrise parfaitement l´art de la communication. Et de l´autre le petit jeune venu d´on ne sait où qui dérange l´establishment.
Sauf que, tout ce qui brille n´est pas d´or ! Sauf que lorsque l´on est un acteur responsable et qu´on dit aimer son club, on ne provoque pas ces débats en pleine période de préparation.
Sauf enfin, que si on décide d´aller voir ailleurs si le ciel est plus bleu et qu´il vaut mieux partir quand le club est en haut de l´affiche, on assume son choix seul, comme un grand. Sans chercher à faire porter le chapeau aux autres.
- Vous voulez dire que Marc Keller aurait pris prétexte de cette incapacité à travailler avec vous pour quitter le club et signer ailleurs ?
- Disons que nous sommes en pleine période de transferts et qu´il est très courtisé. Disons aussi qu´il n´est pas insensible à certaines destinations comme l´Angleterre ou Monaco et que ce sont justement des endroits où des clubs s´intéressent à lui.
« Je ne suis pas fait
pour les intrigues »
- Comment les choses peuvent-elles se régler ? Qu´allez-vous faire ? Vendre vos parts ? Passer en force ?
- Je ne sais pas. Je vais d´abord reporter ma décision d´accepter la présidence, consulter et prendre une nouvelle période de réflexion. Je commence à y être habitué. Egon restera donc président un peu plus longtemps. Marc peut être rassuré et poursuivre sereinement son travail.
Je vais surtout, seul comme je l´ai toujours été, aller rencontrer nos supporters. Ce sont eux l´âme du club. Eux savent que si nous avions cédé Mamadou ( Niang) au mercato nous serions peut-être en L2 aujourd´hui.
Je ne suis pas fait pour les intrigues de la cour. Je ne suis pas fait pour faire parler les autres à ma place. Je dis les choses, tout simplement. Je ne sais pas prendre quelqu´un par l´épaule pour l´entraîner sur la pelouse comme l´a fait Marc samedi soir en sachant qu´il s´étouffera le lendemain à l´heure des croissants.
- Vous n´excluez donc pas de partir ?
- Je n´exclue rien. Peut-être passerais-je directement de la case « futur » à la case « ex » sans passer par la case « président ». Ou, peut-être, si je sens le soutien populaire nécessaire, irais-je au bout de mes convictions et de mon amour pour le club. Dans tous les cas, ce sera mon choix.
il hésite 