Keller sur le départ ?
Entre Marc Keller et Philippe Ginestet, le courant ne passe plus. Si le second devient président du club demain, Marc Keller quittera le club.(Photo DNA)
Marc Keller devrait quitter le club strasbourgeois dans les jours, voire les heures qui viennent. Un départ provoqué par de profondes divergences de vue avec Philippe Ginestet, qui doit être nommé demain matin président du club.
Deux ans après avoir frôlé le dépôt de bilan pur et simple, deux saisons à peine après avoir été sauvé de la faillite par le pool d´investisseurs alsaciens mené par Egon Gindorf, qui avait racheté un club criblé de dettes ( plus de 11M € à l´époque) et miné par les affaires, le Racing s´apprête à vivre une nouvelle crise majeure. Une crise pour tout dire inattendue dont il aura cette fois bien du mal à se relever.
Si Philippe Ginestet, désormais actionnaire majoritaire du club avec 51 % des parts, est comme prévu nommé président du Racing demain matin peu après 11 h, Keller s´en ira. Sans faire de vagues parce que ce n´est pas le genre de la maison, mais il s´en ira.
Il s´en est ouvert à ses proches ces derniers jours après une longue période de réflexion. Et aux dires de ces derniers sa décision serait irrévocable. Au mieux, il ira jusqu´aux matches amicaux de début juillet. Pas plus loin.
« Quelque chose de cassé »
Hier soir, à l´issue de la rencontre face à Bastia, l´ancien international a refusé de s´exprimer sur la question. Concédant un laconique « je ne ferai aucun commentaire à ce sujet » qui a valeur de confirmation quand on sait son aversion des conflits et sa propension à dégonfler la plus petite rumeur avant qu´elle n´enfle.
Cette fois, si Marc Keller ne confirme pas, il ne dément pas non plus et c´est un signe. Au sein du club, ses collaborateurs sont d´ailleurs convaincus que quelque chose en coulisses se trame et que l´issue est inéluctable.
« Depuis plusieurs mois, Marc n´est plus le même, dit ainsi l´un de ses proches sous couvert d´anonymat. Il met toujours la même énergie dans le travail et passe 15 h par jour au bureau, mais il est triste. Il y a quelque chose qui s´est cassé ».
Un sentiment particulièrement palpable au soir et au lendemain de la victoire face à Caen en coupe de la Ligue. Marc Keller y était apparu étrangement soucieux, absent même. Préoccupé enfin.
En décalage complet en tout cas avec la joie d´un groupe et de toute une région. Aujourd´hui, on sait pourquoi.
Au bord du collapsus
C´est que cette affaire ne date pas d´hier. Pas du genre à aller au conflit, l´ancien international a en effet beaucoup pris sur lui depuis novembre. Longtemps fait comme si de rien n´était. Et fini par prendre cette décision de quitter ce club qu´il avait rejoint en 2001, en pleine crise et en D2. Au bord du collapsus donc.
Quatre années plus tard, le Racing s´est sorti des griffes de McCormack, a retrouvé durablement la L1, des finances saines, un public, un groupe de joueurs cohérent et impliqués, la coupe de l´UEFA et une crédibilité. Il en a aussi terminé avec les pitoyables tribulations pénales et judiciaires qui lui pourrissaient la vie. Ce qui n´est tout de même pas rien, on en conviendra.
Philosophies de vie
Alors pourquoi partir aujourd´hui, alors que tous les clignotants sont au vert et que se profile une saison qui s´annonce douce pour tout le monde ? Parce qu´il ne se sent pas en confiance avec Philippe Ginestet, le nouvel homme fort du club et qui devrait être nommé président du directoire demain matin en lieu et place d´Egon Gindorf. Parce qu´il sent que leurs philosophies de vie et de travail sont très éloignées l´une de l´autre.
Le problème est simple, avec l´homme d´affaires allemand, Marc Keller avait trouvé une manière idéale de fonctionner. A lui le travail de l´ombre, l´harmonie entre les hommes, les tractations menées jusqu´à pas d´heure, les arguties et subtilités juridiques. A Egon Gindorf le pouvoir de décision finale. Le rôle de « vieux sage ».
L´affaire Camadini
Aujourd´hui, tout est forcément différent. Plus jeune ( 38 ans), Philippe Ginestet a une manière disons... plus « directe » d´envisager la présidence. Il est en tout cas beaucoup plus interventionniste aux dires des salariés du club.
Surtout, il y a eu l´épisode Camadini. Ami intime et de longue date du président à venir, il est en fin de contrat, on le sait. Le problème est que, depuis des mois, Philippe Ginestet oeuvre assez maladroitement et avec insistance, ce qui revient au même, pour que le contrat du milieu de terrain soit prolongé. Au point d´en indisposer Marc Keller, mais aussi Jacky Duguépéroux, heurtés par le discours et la méthode.
Les deux sont en effet des hommes de principe et des légitimistes. Pas disposés en tout cas à voir leurs prérogatives rognéesn de cette façon.
L´entraîneur strasbourgeois estime ne plus avoir besoin d´un Camadini âgé de 33 ans et fort peut utilisé ( 1´ lors des neuf dernières rencontres, 18 apparitions cette saison). Le manager du club estime, lui, que c´est à l´entraîneur de choisir son équipe et qu´on n´a pas à lui imposer quoi, ni qui que ce soit. D´où évidente crispation.
Question d´âme
Pour personne, la question Camadini ne peut être anecdotique. Parce que ce n´est surtout pas anecdotique qu´un président veuille à tout prix imposer un joueur et encore plus un joueur qui est un ami. Parce que tout ça ne peut être qu´une maladresse, mais que la répétition a valeur d´aggravation.
Le Racing, ce matin, en est donc là. Maintenu en L 1, qualifié en coupe d´Europe, en bonne santé financière, mais dans le doute. A se demander s´il va perdre l´une de ses principales richesses. Et peut-être son âme. Il en est là, oui.
Je te le remets 
Et dire qu´il veut imposer Camadini en milieu de terrain titulaire car c´est son copain et en plus sans l´accord de l´entraineur 