Auteur d´une saison absolument remarquable, Stéphane Cassard sort logiquement vainqueur du « Trophée des étoiles » de notre quotidien qui distingue le meilleur Strasbourgeois de l´année. Portrait.
Stéphane Cassard prend deux « s ». Il tient ça de son père. Dans la famille Cassard donc, on affiche deux « s » et un « d » à la fin et ce depuis la nuit des temps sans que personne ne s´en soucie plus que ça.
Ce qui n´est d´ailleurs pas tout à fait vrai non plus. Parce que si chez les Cassard on est très famille, c´est une famille qui fait beaucoup parler. Et qui déchaîne même les passions les soirs de match dans certains coins du Doubs.
« C´était l´équipe des Cassard »
Loin de Chateauvallon, c´est Vermondans. Cinq cents à six cents habitants, une église sans doute, un ou deux bistros comme de tradition, la boulangerie, peut-être autre chose mais on n´y est pas allé voir alors on ne sait pas, et un club de foot.
Le club des Cassard ou baptisé tel. Du nom de l´entreprise en maçonnerie Cassard, dirigée par André, père de, et Michel, oncle de.
« L´US Vermondans, c´est vraiment ma famille, explique Stéphane, fils et neveu de. Mon père et mon oncle ont créé ce club il y a une trentaine d´années et ils l´ont fait grimper jusqu´en National où il est resté sept ans. Mon père était gardien de but, mes cousins et mon frère y jouaient. J´ai toujours baigné dedans. C´était l´équipe des Cassard. ».
Vermondans contre Pont-de-Roide
Le tout sur fond de Clochemerle parce que le foot c´est ça à l´origine et à l´arrivée. Strasbourg contre Metz, Arsenal contre Manchester, Milan contre Turin, . .. Vermondans contre Pont-de-Roide, la grande ville voisine.
Dans un pays où on fait des villages avec peu d´habitants et où les noms de lieux sont choisis pour l´euphonie, on se dit un peu bêtement que ça ne doit pas rigoler des masses à Pont-de-Roide, chez les Rudipontains.
Et qu´à l´inverse on a bien dû se marrer à Vermondans les soirs de victoire contre les gamins d´à-côté qu´on retrouvait à l´école le lundi. On ne sait pas comment s´appellent les gens de Vermondans. Les Cassard ?
« Éclate-toi »
Stéphane, lui, ne se fait jamais prier pour ressasser cette histoire. Avec cette voix qui ne se soucie pas du temps qui passe, une voix de libraire presque, il prend systématiquement le temps de refaire le chemin en arrière.
Histoire, évidemment, de mesurer celui parcouru depuis l´arrivée à Sochaux ( à l´âge de 12 ans), les débuts tonitruants en D1, les coups d´arrêt, la renaissance enfin. Le tout sans jamais un mot plus haut que l´autre. La douceur en étendard.
Tout ça lui permet de savoir ce qu´il doit à lui-même et aux autres. A sa famille notamment ( « Elle a toujours fait d´énormes sacrifices pour moi et été là dans les moments difficiles »). Chez les Cassard, on est très famille. A Pont-de-Roide, on sait ça.
« C´est vrai que cette saison, je me suis vraiment appuyé sur mon passé, dit-il. Après la galère et la frustration vécues à Troyes, ce n´était que du bonheur. Quand Rémy ( Vercoutre) s´est blessé et que j´ai dû le suppléer, j´ai beaucoup relativisé. Je me suis dit « éclate-toi, c´est du bonus » ».
Aux oreilles de Wenger
Et quand Cassard s´éclate, ça éclabousse. De classe. Très vite, la France du foot redécouvre ce nom disparu du haut de l´affiche après une expérience inachevée à Montpellier ( il y avait été transféré pour 8 MF) il y a cent ans de ça. En mars, il viendra même aux oreilles d´Arsène Wenger qui se renseignera discrètement.
Stéphane Cassard a 32 ans et il accomplit l´une des meilleures saisons de sa carrière. La meilleure d´un gardien à Strasbourg depuis la nuit des temps. Avec une bonne douzaine de points arrachés à l´adversité à lui seul. Comme face à Bordeaux quand il arrête le penalty de Riera à la 76e´ et que, dans les arrêts de jeu, le Racing s´impose.
« Ce soir-là, il s´est passé quelque chose de spécial, confesse-t-il. Je ne sais pas quoi, mais quand j´en parle aujourd´hui, je suis encore ému. Ça nous a aidés à continuer. Maintenant, si derrière nous n´avions pas confirmé cet arrêt n´aurait servi à rien ».
Un an de plus
En tirant un peu la symbolique par les cheveux, on pourra toujours dire que cet arrêt a été un nouveau point de départ. L´acte fondateur de quelque chose qui reste à écrire pour le club et pour l´aîné des Cassard puisqu´il prolongera dans les jours qui viennent d´une année supplémentaire.
« Oui, c´est probable, continue-t-il. En arrivant ici, j´avais envie de me poser, ce club me correspond. J´ai l´impression qu´il en a fini des galères. Le Racing s´est stabilisé partout, il faut entretenir ça et faire fructifier ce qui se passe ».
Lui, souligne simplement qu´il est « sans doute arrivé à maturité », ce qui ne manque pas de sel à son âge. Quand on le lui dit, il en sourit. Parce qu´à Vermondans, on sait la valeur du temps et du travail. Stéphane Cassard est un enfant de Vermondans . A Pont-de-Roide, on sait ça.