France - Allemagne : "C´est déjà 2006"
La France reçoit le pays organisateur de la prochaine Coupe du monde pour le deuxième acte (sur trois) de la préparation au tournoi. Sur le papier, c´est l´affiche la plus excitante de l´ère Domenech. Sur le terrain, les joueurs joueront en partie leur crédit en vue du rendez-vous de juin.
Aucun but encaissé depuis 1987
Après l´exotisme d´un voyage dans les Antilles contre une nation mal connue de la zone CONCACAF, l´équipe de France retrouve un schéma plus classique pour suivre le deuxième acte de sa préparation à la Coupe du monde 2006 : un match amical au Stade de France, contre l´un de ses plus vieux rivaux. France - Allemagne, c´est une affiche indémodable. C´est aussi, de loin, le match le plus prestigieux de l´ère Domenech, même s´il reste à prouver que l´équipe de Jürgen Klinsmann offrira une opposition très supérieure à celles de la Suède, de la Suisse, de l´Irlande ou de la Pologne, toutes reparties de Saint-Denis avec un match nul. Pays organisateur de la prochaine Coupe du monde, l´Allemagne ne fait plus peur à l´équipe de France depuis dix-huit ans. Les Bleus n´ont jamais encaissé de but contre leurs voisins réunifiés, c´est-à-dire depuis 1990 (victoires 2-1 contre la RFA et 3-0 contre la RDA cette année-là). Les trois victoires consécutives remportées depuis (1-0, 1-0 et 3-0), dont deux en Allemagne, ont installé l´idée que la hiérarchie avait changé entre les deux nations, en partie parce que l´Allemagne avait plus souffert de la révolution Bosman.
Pourtant les palmarès sur les dix dernières saisons restent proches (Euro 1996 et finale de la Coupe du monde 2002 pour l´Allemagne, doublé 1998-2000 pour la France). La Mannschaft, qui déçoit depuis, et sur laquelle pèse une pression démesurée à huit mois de "sa" Coupe du monde, a rarement le tort d´arriver en forme trop tôt. L´Allemagne de 2001 n´était qu´une équipe en reconstruction avant de se hisser en finale de la Coupe du monde asiatique à la surprise générale. Elle a compris depuis longtemps que rien ne servait de collectionner les victoires amicales et que seule la compétition révélait la vraie nature d´une équipe. La France, au vu de ses échecs en 2002 et 2004, ne peut pas en dire autant. Mais là aussi les temps changent. En dehors d´un certain tempérament et d´un potentiel technique évident, directement responsables de la victoire à l´arraché de mercredi contre le Costa Rica (3-2), l´équipe de France n´est plus encore en mesure de promettre la lune à huit mois d´un grand rendez-vous. C´est un peu ce qu´elle avait fait à Gelsenkirchen il y a deux ans contre l´équipe de Rudi Völler (3-0), avant de tomber de haut à l´Euro.
Lehmann - Coupet : même combat
Il ne faudra pas raconter d´histoire à Raymond Domenech et Jürgen Klinsmann : le résultat de ce soir ne vaudra pas grand-chose au regard du grand rendez-vous de juin. Les deux équipes ont des soucis intimes et immédiats à régler, qui s´inscrivent dans une recherche de style et de certitudes. Un bon résultat aurait pour principale vertu de faire passer l´hiver en paix à leur sélectionneur, ce qui n´est pas tout à fait négligeable. Raymond Domenech, qui n´a dirigé qu´une victoire au Stade de France (contre Chypre, 4-0), serait conforté par une sixième victoire en sept matches cette saison. L´Allemagne, de son côté, court toujours après son premier succès contre une nation majeure depuis sa victoire en Angleterre le 7 octobre 2000 (1-0). Les deux défaites concédées récemment en Turquie (1-2) et en Slovaquie (0-2), ainsi que les pauvres visages offerts face à la Chine (1-0) et l´Afrique du Sud (4-2), indiquent que la Mannschaft est en retard, mais sa troisième place à la dernière Coupe des confédérations, en juin, a montré que le goût de la compétition ne la quittera pas de sitôt.
Le pays nourrit surtout une vieille inquiétude pour sa défense. Le forfait du convalescent Metzelder et le refus de Klinsmann de rappeler l´ancien Wörns vont le conduire à conforter Merthesacker et Huth (qui a joué 98 minutes en Premier League avec Chelsea) en défense centrale. Ils auront encore l´âge de disputer l´Euro Espoirs en juin prochain... Les deux jeunes hommes n´ont beau compter qu´une défaite en sept sélections communes, leur duo n´a encore rien d´une assurance tout risque. Derrière eux, le gardien Jens Lehmann joue une carte aussi importante que Grégory Coupet côté français. Le dernier France - Allemagne au Stade de France, en 2001, passait pour le duel entre les deux meilleurs gardiens du monde, Oliver Kahn et Fabien Barthez. Ils mesurent aujourd´hui à quel point le temps passe, même s´ils n´ont pas encore perdu leur pari. Côté français, le match sera une séance de travaux pratiques supplémentaire sur le thème "jouer sans Zidane". La proximité du long voyage en Martinique - doublé d´un autre en bus, jeudi soir, pour présenter le nouveau maillot des Bleus - donnera encore au onze élu un visage inédit. Le retour de Trezeguet, la rentrée de Makelele, le comportement de Gallas seront autant de sujets de bachotage pour clore l´année 2005. A ce stade de la saison, la tendance est que l´équipe de France va mieux qu´il y a un an, mais qu´elle pourrait être encore meilleure dans huit mois avec plus de maîtrise collective. Il serait dommage de changer subitement de direction.
Allez les Bleus 