Moutier, l´autre gardien du PSG
«FRUITÉ c´est plus musclé ! » En 1977, Michel Platini prête son image à une publicité. Au second plan, un gardien sue à grosses gouttes. C´est Jean-Michel Moutier.
Il y a trente ans, l´actuel responsable de la section professionnelle du PSG débutait sa carrière à l´AS Nancy-Lorraine. C´est dans ce club que ce portier de 1,74 m a vécu ses plus belles émotions de joueur. Avec la joyeuse « bande à Platoche », le jovial « Moumoute » remporte la Coupe de France 1978. Il est pourtant la tête de turc du groupe. « Jamais un gardien ne s´est fait autant engueuler par ses copains, assure son ex-coéquipier Olivier Rouyer. Même quand il ne prenait pas de but, il se faisait engueuler. C´était devenu un jeu. Pourtant, c´était un bon gardien, un peu chanceux. Il y avait souvent un poteau ou une barre pour le sauver. Mais il n´était jamais battu. »
« Moumoute » serait pingre
La vie de « J2M » (l´un de ses nombreux surnoms) prend une nouvelle tournure en 1984, lorsqu´il signe au PSG. « A Nancy, Bruno Martini lui avait piqué sa place, explique Gérard Parentin, actuel manager général de l´ASNL. Borelli l´a alors recruté comme deuxième gardien. Le personnage a plu aux Parisiens. S´il était resté à Nancy, il n´aurait jamais eu le même destin. » En 1986, avec 328 matchs de L 1 au compteur, Moutier raccroche les gants. A la demande de Gérard Houllier, alors entraîneur du PSG, il prend en charge la préparation des gardiens. Il pense avoir trouvé sa voie. Fausse piste. En 1988, en compagnie de Platini, il vole au secours de l´ASNL. Platini est vice-président, Moutier directeur sportif et Aimé Jacquet entraîneur, pourtant l´aventure tourne au fiasco. Mais « Moumoute » ne regrette rien : « J´ai découvert que la direction sportive d´un club était quelque chose de fantastique. On est au carrefour de tous les enjeux, on est au courant de tout. » En 1991, quand Canal + reprend le PSG, Michel Denisot suit les conseils de Platini et nomme J2M directeur sportif. Jusqu´en 1998, ils forment un duo complémentaire et efficace. Il en reste une amitié « indestructible », selon le présentateur de « la Grande Emission ». « Avec tout ce que nous avons connu au PSG pendant sept ans, c´est comme si on avait fait les rizières du Viêt Nam, sourit Denisot. Nous sommes liés à vie. Jean-Michel est fiable, fidèle, il ne dit rien mais observe. » Dans le paysage du football-paillettes, la personnalité de ce fan de Michel Sardou, bon vivant peu soucieux de son image, détonne. Sa bonhomie est trompeuse car il a vite compris que, dans ce métier, le vice est aussi important que la vertu. Lors du marché des transferts 1992, il fait croire que l´attaquant allemand Jürgen Klinsmann va signer à Paris. Tous les journalistes plongent et un mois plus tard, Moutier, doté d´un carnet d´adresses impressionnant, sort George Weah de son chapeau. « Il aime bien les fausses pistes, s´amuse Denisot. Cela lui permet d´avoir une certaine tranquillité. » L´un de ses traits de caractère fait sourire ses amis. « Moumoute » serait pingre. « A Nancy, c´est toujours Michel Platini qui l´emmenait à l´entraînement dans sa voiture, raconte Denisot. Il disait que ça permettait à Jean-Michel de faire des économies. » « Il a effectivement un côté près de ses sous, s´esclaffe Rouyer. Quand on buvait des coups, il avait du mal à ouvrir le porte-monnaie ! »
Surnommé le « quatrième obus » par Denisot En revenant à Paris après des expériences à Rennes et Châteauroux, Moutier a replongé dans son élément. Il a surtout retrouvé son QG des Trois Obus, porte de Saint-Cloud, jonglant selon les heures entre une bière, une entrecôte ou une assiette de saucisses-lentilles. Ici, le « quatrième obus » comme le surnomme Denisot, retrouve ses amis, dont Gilbert Thiel, premier juge d´instruction à la section antiterroriste de Paris, rendu célèbre par les affaires Simone Weber et Guy Georges. « C´est un garçon malin, ouvert, qui a le sens de l´humain et de l´humour, décrit le juge, natif et supporter de Metz. Jean-Michel essaie de prendre les bons défenseurs et les bons attaquants, moi, je m´occupe du milieu ! On parle de tout et de rien. S´il se plaignait sans arrêt de l´état du foot pro et moi de l´état de la justice, on passerait notre temps à boire. Mais on prend les choses avec du recul. » A 50 ans, Moutier semble inébranlable : « Il a pris du volume, estime Thiel. Il est dans le foot professionnel depuis longtemps, il a survécu, ce n´est pas le cas de tout le monde. Cela prouve qu´il sait s´y prendre. Il est malin. » Tout est dit.