Platini : "On ne construit rien"
Avant Suisse-France, samedi, Michel Platini porte un regard critique sur les Bleus. Artisan de la dernière qualification sur le terrain en 1986, il regrette que l´on se focalise trop sur le Mondial et que l´on oublie de construire. "Si on ne se qualifie pas, ce sera encore plus dur". Interview !
Coupet veut rester N°1
Jurietti : "Je serai venu à la nage"
MICHEL PLATINI, quels souvenirs gardez-vous des victoires contre la Bulgarie (3-1), les Pays-Bas (2-0) et la Yougoslavie (2-0), qui ont permis aux Bleus de disputer les Mondiaux 1978, 1982 et 1986 ?
M.P. : C´étaient des moments importants. Il y avait de la pression. Mais ce sont trois matches complètements différents. En 1977, on sent qu´il ne peut rien nous arriver. On s´est fait voler en Bulgarie (2-2 à l´aller). Il y a de la revanche, de l´électricité dans l´air. On sent que les Bulgares ne peuvent pas gagner.
En 1981, il faut battre les Pays-Bas, de nouveau au Parc des Princes...
M.P. : On est dans une année sans gagner un match, on ne joue pas bien. On a vraiment la pression contre les Pays-Bas qui ont rappelé Neeskens. La préparation de ce match est horrible. Il y a une pression énorme. Depuis un mois, tout le monde ne nous parle que de ce match. C´est le moment ou jamais pour ma génération. Certains, comme Marius Trésor, ont plus de 30 ans. Si tu ne gagnes pas, c´est fini. Cela a été le tournant de notre génération avec l´Allemagne en demi-finale du Mondial-82, qui nous permet de prendre conscience de nos qualités. On devient favoris pour l´Euro-84 et le Mondial-86.
A quoi tient ce tournant ?
M.P. : Contre les Pays-Bas, (le sélectionneur) Michel Hidalgo invente un football différent avec trois N.10 (Giresse, Genghini, Platini). Il fallait prendre ce gros risque. C´est l´inspiration de quelqu´un qui aime le beau jeu. On n´avait pas les attaquants qui faisaient la différence comme Papin, Cantona ou Henry, qui te permettent de mal jouer et gagner. Nous, on était obligés de bien jouer pour gagner. C´est formidable puisque aujourd´hui encore les gens se souviennent de cette équipe dans le monde entier alors que je ne suis pas sûr qu´on parle beaucoup dans les dîners du Brésil-94 et de l´Allemagne-90...
Qu´est-ce qui est différent en 1985 contre la Yougoslavie ?
M.P. : Ce n´est pas la même approche qu´en 1977. Henri Michel n´avait qu´à laisser faire. On avait huit ans de plus, plus de maturité. On était forts, sûrs de gagner.
A chaque fois, vous avez marqué. Qu´est-ce qui fait la différence dans de tels matches ?
M.P. : On n´aime jamais les matches décisifs. La préparation de ces matches n´est pas facile. Mais, ma modestie doit-elle en souffrir, ce qui fait basculer ce genre de matches, ce sont les grands joueurs...
Quel regard portez-vous sur le parcours actuel des Bleus ?
M.P. : Au tirage au sort, je me souviens qu´on était content de tomber dans ce groupe. J´ai beaucoup de respect pour la Suisse, mais, en principe, on doit être meilleurs. Si on perd en Suisse, on n´a rien à faire à la Coupe du monde.
N´est-ce pas un mal pour un bien que la France se construise dans la difficulté ?
M.P. : On a rappelé les anciens, on ne construit rien. On s´est aperçus qu´on ne pouvait pas aller au Mondial avec une équipe de reconstruction. On fait un coup avec trois anciens qui, de toute façon, vont arrêter après la Coupe du monde. C´est quasiment la même équipe qui a joué l´Euro-2004. On ne construit plus pour l´avenir, on joue la qualification. Il faudra recommencer après et cela sera peut-être encore un peu plus dur.
La reconstruction était donc plus importante que la qualification ?
M.P. : Si on se qualifie pour la Coupe du monde, c´est vachement bien. Si on ne se qualifie pas, tant pis, on préparera une autre équipe. Le foot ne s´est jamais arrêté aux non-qualifications. L´élimination de 1993, par exemple, ne nous a pas empêchés de gagner en 1998. Mais aujourd´hui, on n´a plus la meilleure équipe du monde. Il n´y a pas photo entre Brésil et France. Je ne sais pas si les Brésiliens sont aussi forts qu´en 1970, mais ils sont très forts. Quand (le président de la FIFA) Joseph Blatter est descendu leur remettre le trophée à la Coupe des Confédérations, je lui ai dit: "Prenez aussi la Coupe du monde, cela nous évitera une autre cérémonie protocolaire".
----------------------
ouais il a raison