Schalke, toujours
En Allemagne, tout le monde ne sait peut-être pas où se situe exactement Gelsenkirchen, mais tout le monde connaît le quartier de Schalke de l’ancienne ville houillère. « Ob ich verroste und verkalke, ich geh immer noch auf Schalke » (Tout rouillé, tout sclérosé, j’irai toujours à Schalke) : un vieux tube, mais toujours d’actualité à Gelsenkirchen. Si la mine ne conditionne plus la vie ni l’identité de la ville, le football, lui, est devenu d’autant plus important pour l’esprit de communauté.
Du mineur au footballeur
Schalke, ce n’est pas un club de football, c’est une façon de vivre. La légende du football a commencé ici en 1904. À l’époque, Schalke était encore un faubourg de Gelsenkirchen. Pendant longtemps, l’équipe fut principalement composée de mineurs. Le plus célèbre joueur de la première heure s’appelait Ernst Kuzorra, le capitaine de l’équipe pendant 25 ans. On raconte beaucoup d’anecdotes à son sujet. Les jours de matchs importants, ce sont ses copains, paraît-il, qui extrayaient le charbon à sa place pendant qu’il se reposait dans la galerie pour être en forme l’heure venue.
Pelouse amovible
Les années trente et quarante correspondent à la grande époque de Schalke, six fois championne d’Allemagne. Ses supporters lui sont restés fidèles dans les périodes moins glorieuses également. En 2001, les « Bleus rois » ont eu droit à leur troisième stade, l’Arena Auf Schalke, après le Glück-Auf-Kampfbahn (« Glück auf ! » est le « bonne chance ! » des mineurs) et le Parkstadion. Le nouveau stade est ultramoderne. Il est équipé d’une pelouse amovible, d’un immense toit rétractable et peut accueillir 62 000 spectateurs. En dehors des matchs de football, il héberge aussi des combats de boxe et des concerts de musique pop.
La ville des mille feux
Lorsqu’on a trouvé du charbon pour la première fois, lors d’un sondage en 1840, Gelsenkirchen était un village de 600 âmes. 50 ans plus tard, c’était devenu une ville de 138 000 habitants, une cité qui a connu alors un développement extrêmement rapide. Les gens venaient de partout, surtout des campagnes de Prusse orientale et de Pologne. 60 puits d’extraction étaient en activité à l’apogée de l’industrie houillère. Gelsenkirchen était devenue la « Ville des mille feux » en raison de ses nombreux hauts fourneaux, cokeries et usines sidérurgiques.
Pour attirer et conserver leur main-d’œuvre, les compagnies minières firent construire des cités entières dont les maisons étaient pourvues de grands jardins où les ouvriers de la mine cultivaient des légumes et élevaient des chèvres. Aujourd’hui encore, on peut voir quelques-unes de ces colonies de mineurs, sorte de monuments d’une ère industrielle révolue.
Fermeture des mines
L’industrie minière s’est effondrée dans les années soixante. Le charbon de la Ruhr n’a pas résisté au charbon d’importation meilleur marché et aux énergies alternatives. Les mines ont dû fermer. Des milliers de mineurs ont perdu leur emploi et la population de Gelsenkirchen est retombée de 345 000 à 280 000. Après la fermeture des mines, la ville a aussi commencé à changer de visage, et d’image.
La ville des mille soleils
Le changement structurel est en cours. La ville brillera bientôt non plus de mille feux mais de mille soleils. Gelsenkirchen est en effet au tout premier rang dans le secteur de l’énergie solaire. À Ückendorf, près de la gare principale, un parc scientifique a vu le jour où plusieurs sociétés d’énergie solaire se sont implantées. Le centre technologique, avec ses 300 mètres de cascade de verre scintillant, est un peu le symbole de l’ère nouvelle. Lauréat du Prix allemand d’Architecture en 1995, le bâtiment futuriste plaît manifestement aussi aux canards et aux pigeons : on les voit qui viennent s’ébattre par groupes entiers sur les plans d’eau et les espaces verts entourant le centre technologique.