Nalbandian l’a fait !
On croyait Roger Federer invincible. C’est pourtant David Nalbandian qui s’est offert la Masters Cup ce dimanche au terme de plus de 4h30 d’un combat homérique (6/7 6/7 6/2 6/1 7/6). L’Argentin signe là le plus grand exploit de sa carrière !
Par Emmanuel Quintin
Après sa démonstration de samedi face à Gaston Gaudio (6/0 6/0), Roger Federer savait qu’il n’aurait pas la partie aussi facile en finale face à David Nalbandian. En neuf confrontations entre les deux hommes, l’Argentin s’est en effet imposé cinq fois par le passé. Et si le dernier affrontement en date, dimanche dernier au premier tour de cette Masters Cup, avait tourné en faveur du Suisse, celui-ci avait énormément souffert pour dompter le Gaucho (6/3 2/6 6/4).
Federer prend l‘avantage
Dès l’entame de la partie, et s’il en doutait encore, le numéro 1 mondial se rendait vite compte qu’il lui faudrait beaucoup plus puiser dans ses réserves pour s’offrir un triplé inédit dans la Masters Cup. Sur son premier jeu de service, Federer se faisait ainsi breaker par Nalbandian. Rien de grave puisque l’Helvète débreakait immédiatement mais l’avertissement de l’Argentin était clair : il ne serait pas une proie aussi facile que son compatriote la veille. Après avoir chacun remporté leur engagement, Roger Federer prenait pour la deuxième fois le service de son adversaire pour créer le premier écart (3-2 puis 4-2). Mais comme le Suisse avant lui, l’Argentin, qui avait tout de même sauvé deux balles de break dans ce jeu, rétablissait tout de suite l’équilibre en s’emparant encore du service de Federer (4-4). Les deux hommes se rendaient coup pour coup et atteignaient finalement le tie-break. L’homme aux onze titres en 2005 (dont deux Grand Chelem et quatre Masters Series) faisait la différence juste avant le changement de côté (4-2) et parvenait à remporter le set (7/6, 7 points à 4).
Un deuxième set interminable
A elle seule, cette première manche avait duré plus longtemps que la demi-finale de samedi entre Federer et Gaudio (58 minutes contre 49). Sevré de spectacle et de suspense la veille, le public de Shanghaï avait le droit ce dimanche à une double ration et se régalait au gré des passings, des volées et des amorties délivrés par les deux joueurs. Comme dans le premier acte de cette finale, Roger Federer se détachait le premier en breakant dans le cinquième jeu et en confirmant dans la foulée pour mener 4-2. Mais là encore, le finaliste de Wimbledon 2002 trouvait les ressources pour revenir, aidé en cela par un gros passage à vide du Suisse qui ne marquait qu’un point sur neuf à ce moment-là, puis prendre l’avantage sur son service (5-4). Plus aucun break n’était alors fait dans cette manche et il fallait disputer un deuxième tie-break. Federer parvenait à rattraper un mauvais départ (1-4) pour s’offrir une balle de set. La partie atteignait alors des sommets à l’image de cette merveille d’amortie de revers de Nalbandian qui effaçait cette balle de deux manches à rien. Tour à tour, les deux joueurs avaient l’occasion de conclure (5 balles de set au total pour Federer, 2 pour Nalbandian). Mais en grand champion qu’il est, le roi incontesté du circuit ATP concluait ce jeu décisif 13 à 11 ! On jouait alors depuis 2h16 !
Nalbandian se relance…
Sans être impérial, le Bâlois prenait déjà une belle option sur la victoire finale. Mais c’était sous-estimer l’orgueil du Sud-Américain, qui soit dit en passant n’avait pas été aidé par quelques décisions d’arbitrage litigieuses jusque-là, qui ne baissait nullement la tête. Au contraire, il breakait dès le premier jeu (sur deux doubles fautes de son adversaire) et faisait la course en tête (2-0, 3-1, 4-2). Roger Federer semblait alors moins fringant, et, fait rarissime, concédait une deuxième fois son service sur une formidable accélération de revers de Nalbandian qui en profitait pour prendre le large (5-2). Agacé par le comportement de son adversaire, qui contestait une énième décision de l’arbitre de chaise et prenait tout son temps pour servir, Federer s’énervait et perdait ce set (6/2). Malgré quelques éclairs de génie, le Suisse, qui n’a repris la compétition qu’en début de semaine, accusait le coup physiquement. Au point de faire appel au kiné au premier changement de côté de la quatrième manche, après avoir une nouvelle fois perdu son engagement (2-1). Mais les massages prodigués par le médecin de l’ATP ne faisaient pas de miracle et Federer subissait le rythme imposé par l’Argentin qui jouait extraordinairement juste. Après avoir confirmé son break, l’invité de dernière minute de cette compétition (appelé pour pallier le forfait de Roddick) enfonçait un peu plus le clou en prenant encore l’engagement du Suisse (4-1). Ce dernier laissait alors ostensiblement filer cette manche, pensait-on alors, en perdant les deux jeux suivants sans marquer le moindre point. Nalbandian égalisait donc à deux sets partout (6/1) et s’offrait une cinquième manche décisive.
…et l’emporte !
Le début de ce dernier set démontrait pourtant que l’Helvète n’avait pas volontairement laissé revenir son adversaire, il était tout simplement cuit. Nalbandian ne s’en souciait guère et continuait à réciter son tennis et à enfiler les jeux comme des perles (1-0, 2-0, 3-0 après deux jeux blancs, 4-0). L’issue de cette finale semblait ne plus faire de doute mais, orgueilleux, le numéro 1 mondial inscrivait enfin un jeu en prenant le service de Nalbandian (4-1), mettant fin à une invraisemblable série de 10 jeux perdus consécutivement ! Sentant sans doute qu’il n’était plus qu’à quelques encablures de son premier titre majeur sur le circuit, Nalbandian commençait alors à se crisper. Et l’incroyable se produisait sous les yeux du public de Shanghaï. N’ayant plus rien à perdre et lâchant ses coups, Federer revenait dans la partie en retrouvant son tennis au meilleur moment. Après avoir empoché son service, il effaçait son break de retard sur un extraordinaire coup droit long de ligne (4-3).
Totalement acquis à sa cause, les spectateurs du Qi Zhong Stadium donnaient de la voix pour pousser encore un peu plus le Suisse. Un soutien qui le galvanisait et lui permettait de recoller à 4-4 ! Puis, deux jeux plus tard, de prendre le service de Nalbandian pour mener 6-5, service à suivre ! Donné pour mort quelques minutes plus tôt, Federer n’était plus alors qu’à quatre points de sa 82e victoire de la saison (record de John McEnroe égalé). Mais lui, l’habitué des finales (24 remportées consécutivement), laissait échapper cette occasion de conclure la partie. Nalbandian recollait à 6-6. Tout allait désormais se jouer dans un nouveau tie-break. Un jeu décisif dans lequel il n’y eut pas de suspense puisque l’Argentin maîtrisait ses émotions pour l’emporter 7 points à 3 après 4h33 de match ! Un véritable exploit puisque seuls trois joueurs étaient parvenus à dominer le Suisse cette année. A 23 ans, le natif de Cordoba confirme enfin son potentiel, découvert par le grand public sur le gazon de Wimbledon en 2002, et s´invite définitivement à la table des plus grands joueurs du moment.