Voici le début de ma propre fiction.
Le Palais des Morts et les yeux de l'ombre
Déjà la nuit dansait. Déjà la nuit s'étalait, avec la lune suspendue dans le ciel pour observatrice. La lumière blafarde de l'astre nocturne jetait son voile sur la forêt de Vestigion, communauté d'arbres riant dans l'obscurité en compagnie du Vieux Château, qui se dressait toujours parmi les ténèbres, malgré le poids des âges, malgré le poids du temps qui coulait. Ce temps, caressant les êtres, les objets, les formes, les couleurs, faisait tout disparaître sur son passage. Mais il y avait un Pokémon qui se moquait bien de cette force là. Il se moquait de la mort et de la peur. Ce Grahyena marchait en frôlant les arbres, comme pour les défier, tandis que ses pattes se posaient silencieusement sur le sol tapissé de mousse. Silence, le maître absolu, Silence, le parrain de Mort..
Ce visiteur inattendu s'était introduit dans la Forêt de Vestigion suite à un défi lancé par l'un de ses camarades : entrer dans le Vieux Château. Bien sûr, il avait accepté sa "mission". Grahyena, le loup noir aux yeux emplis de flamme, ne croyait guère toutes les histoires que l'on racontait sur ladite demeure. On disait qu'il y avait là des spectres conduisant dans un monde impossible les funérailles d'un fantôme de cadavre, que ces résidus de vie s'imprégnaient des murs pour ensuite les traverser, avançant sans faire le moindre mouvement, simplement en flottant avec négligence. Et surtout, surtout, on affirmait que ces apparitions avaient en horreur les vivants, ces vivants qui existaient avec leur corps, alors qu'eux n'étaient plus que des imitations, des voiles soulevés par la Mort. Curieuse coïncidence : Grahyena détestait tout ce qui, de près ou de loin, était lié à la Mort. Détestait-il donc aussi la Vie, cette autoroute qui débouche sur l'ultime destination ?
Le Pokémon progressait toujours, le contraire du son dansant toujours à ses côtés. Durant un instant, il se crut alors seul au monde. Le canidé se demanda où étaient passés tous les êtres qui peuplaient ce royaume d'arbres, les Chenipottes, les Cornèbres, ainsi que tous leurs comparses. Les cris, l'herbe qui bruissait, le vent, les arbres, tout était éteint, comme un murmure muet lancé vers la nuit. Lui qui se prétendait courageux, lui qui affirmait n'avoir aucune connaissance de la peur, en était presque réduit à trembler. Le solitaire se mit à parler à lui-même, juste pour briser ce miroir infini dans lequel il semblait enfermé.
- C'est drôle, on dirait que le monde est vide.. En tous cas, je continue !
Enfin, l'édifice se dévoila à son regard, sa carcasse sombre perçant la nuit.