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[Fic] La voie des élus

imhotep43
imhotep43
Niveau 10
06 avril 2008 à 15:07:39

[Chapitre 53] Rébellion [Partie 2]:

"Lilian, ça va ???"
J'ouvrais les yeux, à nouveau dans cette cellule sordide. Le visage d'Al me toisait. Dans ses yeux, je reconnaissais désormais cette lueur... La peur... la peur d'être découvert, percé à jour, et d'en subir les conséquences...
"Tu vas bien ??? J'avais l'impression que tu faisais un cauchemar. Tu t'agitais dans tous les sens..."
A nouveau, cette lueur, très vite remplacée par une expression apitoyée. Quel comédien... Si ça se trouvait, il ne s'appelait même pas Al, pas plus qu'il habitait Johto.
Je repensais à tous ces détails qui avaient maintenant une importance toute nouvelle. Comment il avait voulu nous éloigner du chemin, sans doute pour nous coincer dans l'incendie, comment cet arbre nous était mystérieusement tombé dessus, comment il m'avait nargué, avec sa fuite ardue, son bras cassé, et tout le reste...
A la place de l'ami en qui j'avais confiance se dressait maintenant un homme nouveau, inconnu, un imitateur, un plagieur... J'avais envie de le faire payer là, tout de suite... Mais je ne devais pas perdre de vue l'essentiel: partir au plus vite. Et je n'avais pas envie de faire un autre tour à la chambre froide sous prétexte que j'avais tenté de tuer mon voisin de cellule.
"Ca va, ça va, juste un cauchemar très bizarre..." fis-je avec un sourire nerveux...

Al me rendit mon sourire, plus détendu cette fois-ci. On ne me verrait pas m'emporter contre lui, même si l'envie me brûlait de lui mettre un pain dans la figure avec les compliments du chef. Je savais qu'un jour où l'autre, je lui ferai payer avec les intérêts tout ce qu'il nous devait. Il n'allait pas s'en sortir aussi facilement qu'il nous avait berné. Ce jour était proche, je le savais, mais dans l'attente du moment propice, je devais prendre mon mal en patience.
Il était dix heures à ma montre, l'heure des cachets. Sans surprise, je vis Igor et son jumeau imparfait passer la porte avec des menottes. Ils croyaient encore me berner avec leurs mesures de sécurité renforcées, ils se trompaient lourdement. Cependant, je me laissais faire, quittant ma cellule pour ce rituel désormais bien ancré des petites pilules vertes. Dans le couloir, je jetais un coup d'oeil au nid d'aigle. Ce cher deJones ne tarderait pas à me convoquer à nouveau dans son bureau pour me proposer à nouveau son marché... Je savais qu'il était là haut, à m'observer de son perchoir, écoutant sa musique classique, aussi déplacée dans cet environnement que l'aurait été une colombe sur un champ de bataille.
Finalement, arrivé dans la salle des cachets, je passais pour quelqu'un de tout à fait normal à côté de Nero. Sa couleur de cheveux, son visage, tout avait changé, le rendant bien plus mystérieux. Me voyant arriver, il m'envoya mentalement un ordre.
"Laisse Al s'occuper de moi, le professeur doit te dire quelque chose en priver. Je pense que j'ai matière à le retenir quelques temps..."
Acquiesçant d'un signe de tête, je laissais mon compagnon de cellule partir alors que je rejoignais Sorbier, après qu'on m'ait enlevé les menottes.

M'asseyant à sa table, il me regarda ensuite longuement avant d'entamer le dialogue:
"Lilian, avec Nero, nous nous sommes posés cette question. Et tu dois être le premier à être au courant...
-Comment est-ce que je compte me débarrasser de Al, c'est ça ??? demandai-je. Je n'en sais rien, mais ce que je sais, c'est qu'on devra le faire au bon moment, une fois qu'on sera sûrs de pouvoir partir... Si je le rends inopérant maintenant, on risque d'attirer l'attention. Et adieu l'évasion.
-Très bien, je vois que tu as réfléchi à la question. Ah, rajouta t’il d'un ton plus discret, on dirait bien que notre discussion va tourner court."
En effet, à la porte, le docteur entra, et donna les cachets aux deux gorilles. C'était le moment... Un moment qui, je le compris plus tard, signa définitivement leur arrêt de mort. Lorsque les cachets eurent été distribués, et les gardes éloignés, Sorbier continua:
"Je pensais que tu pourrais te servir de Al comme d'un bouclier humain. Un otage en quelque sorte.
-Inutile, je les connais, rien ne les empêcherait de le tuer pour nous atteindre. Si sa couverture est grillée, il ne leur sert plus à rien.
-Donc, nous sommes coincés ici... fit Sorbier, faisant danser la pilule dans sa main. Sans nos pouvoirs, et avec ces fichus cachets, on n'ira nulle part."

De tous les moments que j'avais vécu jusqu'ici, je crois que cette illumination fut la plus forte que j'avais jamais eu. La danse de la pilule sous mes yeux m'hypnotisait, et plus rien ne semblait importer que ce petit cachet vert aux reflets lumineux. Cette pilule qui nous avait toujours privé de tout, cette même pilule qui nous rendait totalement inopérants, quipouvait même nous tuer si on nous en injectait une dose massive, et qui obligeait par conséquent les médecins à nous en donner des doses limitées, à renouveller chaque jour...
Pendant quelques secondes, je me rappelais la phrase que j'avais dite à deJones, la phrase qui avait fait douter le grand manitou lui-même...
"Tout le monde commet des erreurs,... même vous et toute votre cliquaille de savants fous. Nous n'avons fait que commettre la première."
"L'erreur fatale,... murmurais-je entre mes dents, professeur, laissez tomber la gélule..."
Un sourire me fendait le visage jusqu'aux oreilles. On avait la solution devant nous depuis le début. Le professeur, surpris, posa le cachet et le verre qu'il avait dans les mains.
"Peut-on avoir ce que tu comptes faire ??? Pas de plans douteux, rien qui pourrait être suicidaire s'il te plaît. "
N'écoutant plus le professeur, je me retournais vers Nero. Il me fallait cinq secondes de tranquillité pas plus. Il sembla recevoir mon injonction mentale et me répondit d'un clin d'oeil. Lui-même glissa quelques mots à l'oreille de Xavier qui lui sourit en retour...

Avant que l'élu psychique ne lui balance un grand coup de poing dans la figure...
"Bon sang, qu'est ce qui se passe, fit Sorbier, il deviennent fous...
-Laissez tomber professeur, tout va bien, expliquais-je. Vous direz à Nero de contacter son frère dès que possible, leur lien semble très particulier, je suis sûr qu'il pourra nous repérer quand on s'évadera.
-Oui, mais on s'évade quand ???"
Immédiatement, Igor et Tito s'étaient saisis de chacun des deux fauteurs de trouble alors que Nero jurait à tout va contre Xavier pour donner plus de crédit à son action. Les deux gorilles étaient occupés à maîtriser les élus et Al restait les yeux fixés sur la scène, c'était le moment...
Saisissant le cachet du professeur dans la main où je tenais déjà le mien, je fourrais vivement les deux dans ma bouche avant d'avaler un grand verre d'eau. Voilà leur erreur... Nous faire avaler ces foutues pilules ensemble... Avec un peu d'organisation, l'illusion était parfaite, et le temps de prendre la nouvelle pilule, il serait trop tard.
"On s'évade demain professeur, et les opérations commencent maintenant."

J'avais passé une semaine entière à comater à cause de cette substance bizarre et voilà que j'en prenais une double dose le lendemain de ma sortie. Décidément, la dépendance me guettait. Et déjà, je sentais les premiers effets pervers des deux cachets. Heureusement que la dose massive que j'avais eu récemment avait rendu l'effet de ces deux petites pilules moins important.
"Professeur, fis-je avec un rictus de souffrance, dû à la douleur irradiant tout mon corps, demain matin, vous pourrez vous servir de vos pouvoirs... Faites tout ce que vous pouvez pour ralentir le temps, et pour l'arrêter quand ils ouvriront votre cellule. Une fois cela fait, les Elus auront tout le temps qu'il leur faut pour récupérer leur pouvoirs.
-Lilian, tu es un génie... fit-il avec admiration. Mais Al, comment feras-tu ???
-J'ai mon idée là dessus, ralentissez le temps, c'est tout ce qu'il me faut... Et un dernier détail, si je n'arrive pas à m'en sortir... Partez, on n'aura... qu'une seule chance..."
A peine eus-je prononcé ces paroles que mon corps décida à nouveau de se braquer contre moi. Pourtant, il me fallait tenir, si je ne voulais pas qu'on se doute de quelque chose. La dispute devait être terminée, même si je ne pouvais plus tourner la tête pour vérifier. Je décidai alors d'économiser mes forces pour le voyage retour vers ma cellule, qui promettrait d'être risqué...

Il me sembla s'écouler un temps immense entre le moment où les cachets firent effet et le moment où Tito et Igor vinrent nous fouiller pour voir si nous n'avions pas caché la pilule dans une poche ou ailleurs. Malheureusement pour eux, ils ne pouvaient pas fouiller dans mon estomac. Dans d'autres circonstances, j'aurais pu sourire de tout cela, mais j'étais tellement crispé que si je me déconcentrais, je m'étalerais de tout mon long sur le sol.
Mon esprit jouait les funambules pour maintenir mon corps en équilibre sur la chaise. Mais dans mon malheur, j'eus quand même la force de tourner ma tête vers le nid d'aigle, où je le savais, le responsable des opérations Karl deJones vivait ses dernières heures de tranquillité.
Comme je le pensais, le voyage retour fut le voyage de toutes les angoisses. Même lorsque l'ami de Sophie m'avait incité à boire son breuvage maison sur le continent, c'était facile de se tenir debout. Et les menottes n'étaient pas aussi efficaces que le soutien de la capitaine. Instinctivement, je rasais les murs alors que Tito s'étonnait plus qu'autre chose de me voir ainsi. Igor escortait Al devant. J'essayais de ne pas prendre trop de retard sur eux, mais plus j'avançais, plus le pas suivant était dur à faire. Alors que je ne voyais toujours pas se profiler la porte des cellules, ce qui devait arriver arriva, je tombais.

Ce moment sembla dure une éternité. D'abord, je sentis mon pied heurter quelque chose de dur... Je compris trop tard que c'était mon autre pied. Entraîné par le mouvement et dans l'incapacité de me rétablir, je tentais de m'agripper au mur, mais la surface lisse ne parvint qu'à m'échauffer les doigts lorsqu'ils glissèrent avec le reste de mon corps en avant... Le choc avec le sol fut sourd, lent, mais néanmoins, a travers de la chape de plomb qui me recouvrait petit à petit, je sentis la douleur, la vraie douleur, la douleur saine titiller les neurones encore libres de mon cerveau. La poussée d'adrénaline chassa le brouillard dans ma tête, si bien que lorsque Igor se retourna pour me sermonner, j'avais récupéré une attitude presque humaine en me relevant aussi sec.
"Désolé, j'ai glissé, m'excusais-je."
Même si j'avais plutôt dit quelque chose comme "kliffé", Igor ne sembla pas le noter et repartit en avant alors que Tito m'aidait à finir de me relever. La lente emprise du brouillard se resserrait à nouveau, et je savais que la prochaine fois que je tomberai, ça paraîtrait vraiment bizarre. Me mordillant la lèvre pour rester conscient, la douleur me procura tout d'abord un grand soulagement, puis un simple picotement la fois suivante avant de tout juste être sensible la troisième fois, alors que la porte de la cellule se trouvait face à moi. Dans un ultime effort pour rester debout sans bouger, la porte s'ouvrit en même temps et je me précipitais sur ma couchette après que mes menottes eurent été détachées. Ce n'était pas passé loin...

Là, dans la cellule, je me rendis compte que j'étais aussi faible qu'un nouveau né. Si Al décidait d'en finir, il pourrait user et abuser de moi comme il le voulait. J'espérais que demain, mon état serait meilleur que celui-ci, sinon, je pouvais faire une croix sur l'évasion.
Je songeais à un autre détail. Demain matin, je ne pourrais me connecter au Réseau, à cause de la dose massive de produit, je serais donc seul avec Al... Sorbier aurait besoin de temps pour récupérer ses pouvoirs, et plus il le ralentirait, plus Al se douterait de quelque chose en ne voyant pas arriver les gardes. Les Elus avaient une éternité s'ils le voulaient, mais plus cela durerait, plus je devrais trouver rapidement un moyen de mettre Al hors-jeu. Je songeais immédiatement au morceau de ferraille aiguisé qui traînait derrière le siphon. Ce serait l'occasion de l'utiliser.
Le plan se déroulait à merveille, et maintenant que nous avions trouvé notre taupe, nous ne risquions plus rien. Tout du moins les autres ne risquaient plus rien. Moi, je devais me charger de Al. Mais ça, j'en faisais une affaire personnelle.
"Ca va, Lilian ??? Tu es sûr que tout va bien ??? fit la voix de mon "compagnon", de mon "ami le plus fidèle". On dirait vraiment que tu es fatigué...
-C'est la chambre froide, murmurais-je... La chambre froide et toutes ces choses que j'ai reçu... Ca passera..."
Mes paroles étaient hachées, déformées au possible, mais avec un peu de temps, je finis par me faire comprendre... Intérieurement, je savais qu'il jubilait. J'étais faible, et lui il avait toute la base à ses ordres s'il le voulait. Mais bien que je sois impotent pour le moment, demain, nous serions à armes égales, lui, le traître falsificateur et moi, l'élu sans pouvoir, et il se pourrait bien que ce soit lui qui paye les pots cassés.

[A SUIVRE]

siph07
siph07
Niveau 7
06 avril 2008 à 16:47:18

geniale levasion ce profile enfin, a silver iris kim auror et la tte nouvelle copine de lilian que vous me manquer

imhotep43
imhotep43
Niveau 10
13 avril 2008 à 16:23:00

[Chapitre 54] Vengeance [Partie 3]:

"Dans les vertes contrées d'Hoenn, aujourd'hui recouvertes par la cendre et la poussière des bombes, l'empire Sentonien a conquis tout le pays. Vraiment tout le pays ??? En réalité une poignée d'irréductibles résiste encore et toujours à cet envahisseur, mais leur état n'est guère plus enviable que celui de la plupart des habitants des tentes alentour...
Celà fait maintenant 12 jours que nous avons perdu Lilian. Presque deux semaines... aussi longues voire plus que ces années que nous avons passé ensemble. Le savoir en danger, loin de nous, sans que nous ne puissions rien faire pour lui n'est pas le plus dérangeant... A vrai dire, c'est savoir que nous sommes seuls qui l'est le plus, l'impression bizarre que lorsqu'on enlève l'un des nôtres on perd bien plus qu'un seul homme.
Maigre consolation, Dante a respecté sa promesse, la moindre des choses après tout ce qui s'est passé. Eva s'intègre plutôt bien, même si Antoine la tient responsable tout ce qui s'est passé. Personnellement, je me fiche de savoir à qui tout celà est dû. Tout ce que je veux, c'est me réveiller un jour en me rendant compte que tout celà n'était qu'un cauchemar... Mes pouvoirs ont beaucoup d'utilité ici. En ayant repoussé l'assaut de Sento, et après avoir déjà soigné des centaines de personnes dans le camp, notre statut s'est considérablement amélioré. En même temps, on n'en méritait pas moins..."
Le petit rideau de toile qui tenait lieu de porte s'ouvrit dans un froissement presque inaudible, mais ce fut suffisant pour détourner Aurore du journal qu'elle tenait toujours à jour malgré tous ces évènement tragiques qui se rappelaient à elle lorsqu'elle les couchait sur le papier. C'était Dante, un grand sourire aux lèvres, qui venait d'entrer. Devant son regard plus qu'heureux allait poser une question, mais l'élu psychique la devança:
"Prends tes affaires, on part... Je sais ou Ils sont..."

//// 96 jours après le début des opérations ////
//// 79 jours après l'arrivée à Hoenn ////

Malgré une nuit relativement courte et agitée, j'étais dans un état plus que serein. J'avais eu le temps de revoir toute ma copie de fond en comble. Je connaissais mon plan de A à Z, et alors que la cuisante douleur qui m'avait envahi hier au soir se calmait petit à petit, je me sentais assez solide pour mettre mon plan à l'oeuvre.
En effet, dans la soirée, un coup de couteau m'avait littéralement perforé de part en part. Sous le coup de la douleur, même si les cachets avaient encore prise sur moi, je me relevai dans un cri. La première pensée qui me vint à l'esprit était que Al avait décidé de se débarasser de moi, qu'il s'était rendu compte qu'il était démasqué... Mais lorsque j'ouvris les yeux, Al était aussi surpris que moi. Mon coeur était toujours bien battant, et la décharge d'adrénaline n'avait fait que l'exciter un peu plus. Aucune trace de sang, aucune blessure... Après avoir retrouvé un rythme cardiaque normal, je compris que cette saleté était vraiment en train de me dévorer de l'intérieur. Mes neurones devaient être imprégnés de cette matière, inventant la douleur et tout le reste... Et vu l'effet de ce cachet, nul doute que le prochain pourrait être le dernier...
Après cette nuit de douleur, je me réveillais donc à ce qui me semblait être l'aube, incapable de trouver le sommeil, mais néanmoins pas dans cet état comateux du réveil brusque et ayant interrompu une nuit réparatrice. Le cachet surnuméraire n'avait toujours pas cessé de faire son effet, j'en étais certain, et c'était certainement lui qui me maintenait artificiellement éveillé.
Je décidais donc de passer à l'action maintenant... Descendant avec précaution du lit par la petite échelle de métal, je me dirigeais vers le coin toilette avec la faibre lumière de la Bulle qui se glissait sous la porte. A tâtons, je trouvais le robinet, et descendait ma main jusqu'au petit siphon, cherchant le contact de la lame de métal. Soudain, la lumière s'alluma et la voix d'Al, bien réveillé malgré mes efforts me nargua:
"C'est ça que tu cherches ???"

Dans le miroir au dessus du lavabo, je vis une étoile verte, reflet de la lame de métal peinte que j'avais arraché au camion. D'un bond en arrière, je poussais sur mes jambes pour atterrir aux pieds de mon "ami", dont la lame qu'il tenait entre les mains avait manqué de me poignarder dans le dos. Déséquilibré, il tomba la tête la première, lâchant la lame pour se rattraper au lavabo. Bien qu'étant dans une position rendant l'accès à l'arme blanche difficile, mon adversaire n'était pas dans un état plus favorable. Nos regards se croisèrent pendant une infime seconde, avant de se jeter en même temps sur le petit objet tranchant. J'allais l'avoir... j'allais l'avoir... avant que la douleur ne se réveille.
A nouveau, le poignard déchira mes entrailles. J'avais la lame sous mes yeux, je savais pertinemment que tout celà n'était donc qu'une illusion. Mais mon cerveau lui, s'en moquait. Recroquevillé dans une position foetale, je ne pus que contempler Al qui reprenait le contrôle de la situation et l'arme par la même occasion.
"Je ne sais pas ce que tu manigances avec tes petits copains, mais c'est là que ca s'arrête..."
La lame sous la gorge, il me nargua un instant:
"Tu as réussi à introduire une arme dans l'enceinte la plus surveillée de tout Hoenn, et c'est cette arme que j'ai entre les mains, tu notes l'ironie du sort ???"
Dans ma tête, un signal d'alarme s'alluma, accompagné d'un message écrit en rouge vermeil: "Gagne du temps !!!". Si je ne pouvais plus l'emporter, peut-être que Sorbier et les autres auraient le temps de faire quelque chose. Je n'avais malheureusement plus aucun accès au Réseau, je ne savais donc rien de l'avancement des opérations... Une première question me traversa l'esprit, et passa mes lèvres sans que je ne puisse même la retenir...
"Qui es-tu ???"

Al, du moins, la personne qui se faisait passer pour Al me regarda fixement, sans un geste, sans un murmure, avant que sa bouche ne s'orne d'un rictus mauvais. Il n'avait plus rien à voir avec le personnage qu'il avait joué si longtemps... Il était bien plus vieux que moi, en réalité, sans doute une dizaine d'années. Mais à cet âge encore, son corps, habilement grimé pouvait me tromper.
"Mais voyons, Lilian, je suis Al, ou plutôt l'Agent Spécial Albert Carlis, matricule X0356, Division des opérations secrètes de Sento... Je pensais que tu le savais... Bien sûr, quand je me suis présenté, je ne t'ai précisé que mon petit surnom, mais ça, c'était le but du jeu... Je suis même surpris que tu ais réussi à découvrir que je n'étais pas de ton côté sans savoir tout ça... Tu m'aurais donc démasqué ??? Tu es vraiment quelqu'un de spécial, ma foi... Allez, vu que c'est le jeu des questions-réponses, c'est à mon tour, qu'est ce qui m'a trahi ??? Je ne sais pas, un manque de conviction, un regard de travers ???"
Son côté narcissique le rendait d'autant plus dangereux à mes yeux. J'assistais à son triomphe, et ce serait vraisemblablement la dernière chose que je verrais...
"Pourquoi est-ce que tu es là ??? Pourquoi est-ce que j'ai droit à tant d'honneurs, à avoir ma taupe attitrée. Je suis donc si important que ça à vos yeux ???"
A nouveau, le rictus se propagea un peu plus:
"Tu n'es pas drôle, si tu ne joues pas selon les rêgles, on ne va pas s'entendre... Tu te crois puissant, n'est ce pas ??? commença Al. Tu crois que parce que tu peux faire léviter une table ou tordre une petite cuillère, tu es devenu le maître du monde ??? Si je suis venu à Bonville, c'était pour mettre la main sur l'élue qui avait causé tout ce carnage. Mais quand mes supérieurs ont su que vous n'étiez pas à Feli-Cité, là où on vous attendait pour vous éliminer, mes ordres ont changé."

Fier de lui, l'espion continua: "Je devais vous trouver, et avoir un contact, m'assurer que vous repartiriez là où on vous attendait. Je vous ai baratiné avec ces histoires d'élu du vol, juste pour pouvoir être sûr que vous finiriez entre quatre planches. Quand j'ai vu que je ne pourrais rien faire pour récupérer la petite, un bon coup de Tranche et hop, un arbre vous est mystérieusement tombé dessus pendant que je revenais vers Bonville, discrètement... Après, quand on m'a informé que vous aviez survécu, et qu'on t'avait capturé, j'ai été affecté à ta surveillance, juste parce que tu es une plaie... Et parce qu'ici..."
Il s'arrêta, juste avant de dévoiler une information cruciale... Mais cette fois-ci, c'est moi qui continuai à sa place...
"Et parce qu'ici, il y'a le centre le plus important sur la recherche des pouvoirs des Elus. Et vu vos progrès sur les vaccins anti-pouvoirs, il y'a bien d'autres choses ici que vous ne voulez pas qu'on voie..."
Il se contenta de continuer à sourire, relâchant un peu la pression de la lame sur ma gorge, avant de se relever finalement.
"Tu as de la chance, je ne tue que sur ordre... fit-il, grand seigneur...
-Et tu n'as pas reçu l'ordre me tuer ??? Je croyais que je n'étais qu'une plaie ???
-Tu es une plaie, mais dans ta fourmillière, tu es la reine... En te retenant ici, on condamne tous les autres à mourir d'ici peu. Un bon coup de répulsif, et hop, plus de fourmis... Et plus personne pour renouveller les rangs... Il est inutile que je te tues."
Il se retourna, se contemplant dans la glace. Dans mes yeux, une lumière brillante s'était allumée... Ma main était encore tremblante, mais la douleur s'estompait. Toujours à terre, je me relevais finalement avec peine... mais avec une certitude.
"Dommage pour toi, conclus-je..."

Tout se passa très vite. M'appuyant sur la couchette avec mon bras, je lâchais un terrifiant coup de pied dans le genou d'Al. Un craquement sinistre se fit entendre alors que l'espion s'écroulait de douleur... Je me jetais sur lui, espérant ainsi lui arracher la lame d'acier des mains. Dans l'espace exigu de la cellule, celà tenait plus d'un pugilat sauvage que d'une vraie bataille rangée. En même temps, c'était lui le puissant guerrier manipulateur. Pas besoin de le plonger dans son élément naturel non plus... Enchaînant coup de poing sur coup de poing, je le tenais, je lui faisais perdre, millimètre après millimètre, un peu de sa prise sur le manche du poignare improvisé.
Mais soudain, sans que je n'y comprenne rien, il esquissa un mouvement du poignet qui tenait la lame. Tentant de contrer son attaque, je le retins d'un bras. Il en profita pour se libérer, par Dieu sait quelle technique de lutte au corps à corps... Il s'était retourné, et était passé au dessus. Me maintenant au sol avec son coude dans mon dos, il poussa sur mon corps pour se relever. Son nez saignait, maintenant, et d'un geste sec de la main, il essuya le liquide tout en crachant ce qui ressemblait à une dent entourée d'une gangue d'hémoglobine.
"Ca suffit maintenant, ne me tentes pas non plus, lança t'il la lame à la main, prêt à attaquer si je tentais autre chose. Oh, derrière, envoyez-moi quelqu'un, fit-il plus fort en tambourinant à la porte."
Il était haletant, couvert de sueur. Il s'en était fallu de peu pour que je prenne le dessus.
"On dirait bien que la fourmi a terrassé le jardinier à elle toute seule..." fis-je avec un petit sourire, pour masquer ma douleur et ma tristesse. Cette fois, c'en était fini pour moi. Sorbier et les autres partiraient mener un combat auquel je ne participerai sans doute jamais.
La fourmi a PRESQUE terrassé le jardinier, effectivement..."
La porte s'ouvrit finalement. Derrière Al, je ne voyais rien de ce qui arrivait, mais celui-ci semblait heureux.
"Occupez vous de lui, moi, j'ai fini mon boulot..." fit-il de son éternel ton supérieur...
-J'ai une tête à obéir aux larbins ???"

Derrière, la voix qui répondit à Al ne m'était pas inconnue. Lui aussi sembla surpris de ne pas entendre Igor ou un des médecins, une seringue à la main. La voix féminine de Megan l'avait autant pris au dépourvu que moi. Mais cette fois-ci, il n'eut pas le temps de faire une de ses passes secrètes qu'il se retrouva piégé dans une gangue de béton qui venait de se former autour de ses pieds...
"Qu'est ce que... Comment as-tu fais ça ??? demanda t'il, complètement pris au dépourvu...
-Oh, ta gueule, toi... lui répliqua une autre voix, plus puissante, celle de Xavier, ca va Lilian ???"
Je n'osais pas répondre, tellement tout celà tenait du rêve... Ils avaient réussi... Ils étaient là... Ils venaient me secourir...
"Oh Lilian... Bon sang, toi, je te jures que si tu lui as fait quelque chose, tu vas en baver..."
Il contourna Al, le défiant du regard et se porta à mon chevet.
"Ca ira, Xav, fis-je en prenant conscience que sa présence n'était pas une illusion. Pourquoi vous n'êtes pas partis ???
-Le prof n'a pas voulu te laisser là... Je dois avouer qu'on était tous d'accord sur ce point.
-Attendez, vous partez où... Et comment avez vous récupéré vos pouvoirs ??? lança Al. Je vous préviens, si vous fuyez, nous n'aurons pas de pitié."
Il tailladait l'air avec la lame pour nous menacer, jusqu'au moment ou une autre silouhette emergea de derrière lui, Agathe...

Et lui offrit un baiser délicat... "Qu'est ce que tu fais, s'insurgea t'il, comme si c'était un Ecremeuh malodorant qui l'avait embrassé au lieu de notre amie, bien mieux sculptée que ce pokémon...
-Ca te calmera peut-être, lança t'elle avec un sourire... Un petit aperçu de mes pouvoirs."
Al vira tout d'un coup au blanc... Si les attaches minérales ne l'avaient pas retenu, il serait tombé sur le sol.
"Qu'est ce que tu m'as fait, fit-il, mal à l'aise... C'est un de tes pouvoirs spectraux, c'est ça ???"
La jeune fille partagea un sourire complice avec Nathan qui venait d'entrer dans la pièce à son tour.
"On dirait bien que l'espion de choc en oublie les bases même du métier... Nath et moi, on a été capturés en même temps. Un petit échange de balls, un petit mensonge, et je devenais spectre à tes yeux, et lui il devenait poison... Ca aurait pu nous servir contre quelqu'un qui croyait nous connaître... Un type comme toi par exemple... Mais vu que tu n'en as plus pour longtemps à vivre, je tenais à te le dire, histoire que tu ne meures pas idiot. Ce n'est pas une illusion spectrale, c'est une mort empoisonnée."
Plus vexé sans doute d'avoir été roulé en bateau par deux adolescents plus que de mourir, lui, le grand espion Sentonien resta bouche bée, les yeux exorbités alors que son corps se vidait de ses forces vitales, happées par le poison du baiser... Je me relevais finalement de mon côté, le laissant à son agonie sans un regard, seulement déçu de ne pas avoir porté moi-même le coup mortel.
Dans les couloirs, le temps s'était figé, et le professeur nous attendait, discutant avec Nero nonchalament appuyé sur le mur des cellules. Nous voyant arriver, il se prit à sourire...
"Je vois que j'ai bien fait de prendre une initiative pour une fois. Bon, c'est pas tout ça, mais on a une évasion à réussir... En route..."

Les abysses, immenses et froids... froids comme le coeur sans pitié de l'espion... l'espion piégé dans la cellule... la cellule que l'on ne reverra plus dans cette vie... La vie qui nous attend là-haut, sur la terre... la terre qui enserre ses jambes... ses jambes qui perdent leurs forces... la force de l'esprit qui nous a fait tenir... tenir bon sans qu'il n'y ait plus d'espoir... l'espoir de sortir un jour... un jour qui pourrait être celui-là, ce jour divin... Divine liberté qui nous tend les bras... les bras de la mort qui se resserent sur son corps désormais froid... froid comme les abysses que nous quittons à jamais...

Palkia59
Palkia59
Niveau 7
13 avril 2008 à 17:54:36

il est super le chapitre 54 :-)

imhotep43
imhotep43
Niveau 10
14 avril 2008 à 11:40:18

[Chapitre 55] Départ mouvementé:

Dans les couloirs figés par le temps, tout semblait tellement différent... Si facile, si accessible... Igor et Tito se tenaient devant la cellule du professeur, fixes comme si ce n'était pas eux, mais leur photo que nous voyions... A vrai dire, tout semblait comme une immense photo dans laquelle on aurait été plongés. Sorbier était dans son élément, une fois ses pouvoirs revenus, comme tous les autres d'ailleurs. Je semblais presque mal à l'aise devant toute cette puissance retrouvée, que moi-même je ne sentais pas couler dans mes veines.
"Comment vous avez fait pour faire si vite, professeur ??? demandais-je alors que nous nous dirigions vers ce fameux pilier...
-A vrai dire, lorsque j'ai récupéré mes pouvoirs, commenca le vieil homme, j'ai réfléchi à une chose. Tu n'étais certainement pas en état de tenir un jour entier avec Al. Et si jamais il venait à se douter de quelque chose en ne voyant pas les gardes venir pour la prise des pilules, tu aurais été en danger...
-A vrai dire, répondis-je en repensant à tout ce qui venait de se passer avec l'espion, j'ai quand même été dans une posture plutôt inconfortable à un moment...
-Oui, mais ca, c'est parce que tu es incapable de garder ton sang-froid, sourit Sorbier...
-Et peut-être aussi parce qu'il avait fouillé la cellule de fond en comble et m'avait volé la seule arme que je possédai. Mais bon, du coup vous avez fait comment ???"

Nous approchions des abords directs du pilier. Séparé des différentes faces de la Bulle par une paroi servant de mur, il y'avait un grand vide entre le premier mur et l'immense colonne.
"Tout simplement, je suis parti du principe que Al était une menace comme une autre ici... reprit le professeur. Je n'ai donc pas fait de distinction entre toi et tout le reste du complexe...
-Vous voulez dire que... combien de temps s'est-il réellement écoulé ??? demandais-je surpris.
-Pour toi comme pour tout le complexe, pas plus de 24 h depuis que nous nous sommes vu pour la dernière fois. Pour nous tous, il s'est passé le double."
Le plan était remarquablement bien senti. Encore une fois, la sagesse du professeur avait anticipé bien des tracas que la fougue de la jeunesse n'avait fait qu'empirer.
"Ce n'est pas pour rien que vous êtes l'autre guide des Elus, professeur...
-Je crois aussi que le prof est quelqu'un d'encore plus particulier que nous, fit Nero derrière nous."
Entendant cette voix, je me retournais pour contempler nos nouveaux alliés. Le hasard avait voulu que nous devenions liés de manière aussi sûre que nous aurions pu le faire avec tous les moyens mis à notre disposition. A cette exception près que si nous les avions libérés, ils auraient pu nous prendre pour un autre exploiteur, un Sento-bis qui profiterait de leurs pouvoirs... Mais là, nousa vions tout partagé, tout... Nous étions nombreux maintenant... Entre les Elus qui avaient combattu au sommet du Mont Couronné, ceux qui nous avaient rejoint dans notre combat à Sento, ou à Hoenn, et les prisonniers de la Bulle, nos effectifs profitaient d'un vent on ne peut plus favorable... Autant en profiter pour faire des dégâts avant qu'il ne tourne...

"Avant qu'on monte là-haut, je pense qu'il faudra qu'on remette la machine en route professeur, fit Megan...
-Plaît-il jeune fille ??? fit le professeur avec cet éternel ton très Dix-huitième qu'il prenait quand on proférait une aberration..."
L'élue du sol se renfrogna, avant de lâcher d'un ton assassin:
"A moins que votre poulain ne décide miraculeusement de récupérer des pouvoirs de téléportation, il vous faudra remettre le temps en marche pour que l'ascenseur qui est derrière cette porte puisse fonctionner. J'ai rarement vu une machine fonctionner en étant à l'arrêt..."
Le professeur prit cette pique plutôt sereinement, mais il fut quand même plus surpris qu'il ne l'était d'habitude avec son naturel très calme... Il se confondit en excuses en ouvrant la porte qui donnait sur l'intérieur du pilier alors que la seule question que je me posais, en voyait qu'effectivement dans le pilier trônait une cage d'ascenseur en verre, était "Comment diable savait-elle qu'il y'avait cet ascenseur ici ???"
Le professeur me regarda sans rien ajouter. Il savait lui aussi que quelque chose n'était pas normal. Et pourtant, comme moi il continuait de lui faire confiance, certainement parce que comme moi, il avait entendu Nero dire qu'elle n'était pas une traître à notre cause.
"Qu'est ce qui te pousse à nous aider au lieu d'aider Sento ??? murmurais-je entre mes dents..."
Je savais que tant que je n'aurais pas cette réponse, je ne pourrais jamais lui faire totalement confiance... Je savais aussi que si elle ne le disait pas, c'était peut-être parce que répondre nous laisserait encore moins de confiance en elle...

Nous prîmes place dans la grande cage de verre, blindé au vu des nombreuses labels de sécurité qui ornaient le pourtour des vitres alors que le professeur remit le temps en marche. Personne ne nous avait vu partir, mais on trouverait très vite Al et l'association entre lui et cet ascenseur qui partait se ferait très vite...
"On dirait bien que ca va être plus sportif que prévu, s'enthousiama Nero. Enfin un peu d'action..."
Finalement, Megan appuya sur une série de boutons, fermant la porte et actionnant le mécanisme qui fit bouger l'ascenseur... Contrairement à ce à quoi je m'attendais, il se mit à descendre.
"Et c'est quoi ce trip ??? Je veux sortir moi... fit Nathan, un peu effrayé par la tournure des évènements. Lui aussi commençait à douter de Megan.
-Et tu crois que je fais quoi ??? Si on monte on ira loin peut-être ???
-STOP !! fit Sorbier en haussant le ton. Arrêtons ces rancoeurs assassines. Je sais qu'on peut avoir confiance en toi Megan. La question est de savoir comment tu as pu deviner que la sortie se trouvait par en dessous alors que nous sommes déjà sous la mer..."
Megan tiqua un moment, avant de répondre sur un ton un peu plus froid encore:
"Mais enfin, vous pensiez qu'on allait monter où ??? Vous avez vu comme moi la verrière au sommet de la bulle. Vous avez vu au travers un tunnel par lequel aurait pu passer l'ascenseur ??? Il était évident qu'on devait descendre pour remonter par un autre endroit..."
On la soupçonnait, mais le pire dans tout ça, c'était qu'elle avait raison...

Alex s'appuya sur la rembarde qui ornait le mur de verre. Soudain l'alarme retentit au dessus de nos têtes alors que les premiers gardes se précipitaient dans le pilier, nous regardant partir, impuissants. Alors que Xavier leur faisait un petit coucou narquois de la main, le jeune garçon lui sursauta et appuya malencontreusement sur un bouton.
"Ah non, on ne va pas remonter quand même, se plaignit Agathe, tu ne pourrais pas faire attention ???
-Dé... désolé, ca m'a surpris, répondit Alex tout penaud."
Heureusement pour nous, il n'avait pas enclenché le bouton de "marche arrière" mais sur un des murs s'afficha un plan du trajet de l'ascenseur. A droite, un demi-cercle qui remplissait un tiers de l'écran, représentant la Bulle d'où nous venions. Au centre, un long tube partait pour passer en dessous et remonter plus loin.
Mais le plus important restait quand même le gros massif rocheux qui prenait le reste de la carte, et dans lequel le tube remontait. Plusieurs arrêts de l'ascenseur étaient visibles, mais un seul d'eux clignotait: "Laboratoire".
"Au moins, on sait où on va, fit Nero avec cet éternel flegme.
-Oui, sauf que nous, on va plus loin, fit Xavier."
Tapant du doigt sur l'étiquette "Entrée principale", il montra un code. Il s'approcha du boitier pour le noter, lorsque Megan l'en dissuada d'une tape violente sur son bras. Xavier commença à l'empoigner et la menaça:
"Bon, ma grande, moi, tout ce que je veux, c'est fuir d'ici. Et ton comportement est franchement douteux pour que j'élimine totalement la possibilité que toi aussi tu sois une espionne de Sento.
-Mais bon sang, lâche-moi, fit le garçon manqué. Tu m'as bien vu utiliser mes pouvoirs, je suis comme toi, bon Dieu, rajouta t'elle en se dégageant de la prise de Xavier..."
Ca commençait à devenir dangereux... Il était temps de prouver que je n'étais pas le guide des Elus pour rien...

Dans la cage d'ascenseur, avec les sirènes au dessus, la tension était palpable. Il fallait vite désamorcer le conflit avant que celà ne vire au pugilat.
"On se calme, vous deux, commençais-je sur un ton volontairement moralisateur... Pour ton info, Megan, Ce n'est pas parce que tu es une Elue que tu es forcément de notre côté. Figure-toi qu'on a bossé sur le sujet. Et il y'a un élu dont on ne sait rien...

-Ben tiens donc, répondit-elle, pas du tout surprise, tu m'étonnes... Il allait pas non plus vous laisser les codes d'armement des missiles nucléaires non plus... L'Elu Roche, je parie..."
Sa réaction jeta un froid dans l'assistance... Comment diable cette casse-pieds de première savait tout ça ??? A ma connaissance nous étions la seule organisation avec Sento qui connaisse le contenu des dossiers...
"Je bosse en free-lance. J'ai des intérêts dans cette affaire, c'est tout ce que vous avez à savoir... rajouta t'elle pour clôturer le débat... Bon, on va à ce labo ou vous tenez vraiment à sortir ??? Je peux me débrouiller toute seule, vous savez, même si j'y risque vraisemblablement ma vie, j'ai récupéré mes pouvoirs grâce à papy Sorbier... Vous en avez déjà fait pas mal... Tu décides quoi, grand chef ??? rajouta t'elle à mon attention."
Elle était franchement agaçante. En plus elle me prenait à parti et changeait de sujet quand ca l'arrangeait...
"Ce que je pense..."
Mais elle avait encore raison... Je repensais à cette arme surpuissante dont avait parlé deJones... Si elle était conçue ici, il y'avait de bonnes raisons pour que tous ensemble, nous essayons de la détruire tant qu'il en était encore temps...
"Ce que je pense, c'est qu'il faut effectivement chercher à en savoir plus. Nous avons des pouvoirs pour lutter, et si on ne le fait pas maintenant, on ne reviendra jamais..."

Megan sembla enfin satisfaite, d'un air de dire "Vous voyez, je vous l'avais dit !!!" avant de lancer un regard de défi à Xavier. Essayant tant bien que mal de me concentrer sur autre chose que sur ça, je croisais le regard bienveillant de Sorbier, et celui, plus amusé, de Nero, m'envoyant un signal mental: "C'est comme ça que les grandes histoires d'amour commencent..." réussissant malgré la tension à m'arracher un sourire...
"Cependant, Xavier, tu as mon autorisation pour lui en flanquer une si tu sens qu'il va se passer quelque chose de mauvais, me pris-je même à rajouter...
-Reçu cinq sur cinq, patron, répondit-il du tac au tac...
-Et vous,... rajoutais-je à l'attention d'Agathe et d'Alex.
-Mais, on n'a rien fait, répliquèrent les deux d'une même voix...
-Je sais..." rajoutais-je avant de partir dans un fou rire mémorable, très vite suivi par le professeur et Nero, et bientôt repris par tous les occupants de la cabine.
On avait beau être poursuivis par une horde de savants fous, ca faisait toujours du bien de se détendre un peu dans ce genre de situations...
Lorsque les gardes qui faisaient le guet devant la cage de l'ascenseur, copies conformes de la carrure d'Igor et de son jumeau débile, virent arriver cette bande de joyeux drilles, tous morts de rire, ils ne crurent tout d'abord pas que c'était cet ascenseur qui avait été emprunté par des fuyards, comme on les en avait averti au poste de garde, situé à quelques mêtres de l'ascenseur. Pourtant, lorsque la porte s'ouvrit, ils reconnurent les visages qu'on leur avait indiqué... Malheureusement trop tard pour eux. Agathe avait déjà lancé une salve de dards qui les cueillirent au cou, dans des artères vitales qui ne tardèrent pas à propager le poison mortel dans tout l'organisme.

"C'est pas possible, on peut pas rigoler cinq minutes, conclua Nero sur un ton faussement déçu.
-Nero, y'a un temps pour rigoler et un temps pour bosser... rajouta Agathe en se servant d'un de ses dards empoisonnés comme d'une barrette pour ordonner ses cheveux...
-Ah et là, c'est plus le temps de rigoler ??? continua l'Elu Psychique...
-A ton avis, rajoutais-je, c'est pas moi Einstein...
-Einstein était un physicien de talent, au potentiel mental intéressant, pas un Elu au potentiel mental hors-norme, je te prie d'être rigoureux...
-Si tu continues, tu vas bientôt perdre le peu de neurones que tu n'as pas grillé quand tu étais un légume, continua Xavier en enjambant le corps des gardes.
-Oh, c'est pas fini, vos inepties, là ??? se plaignit Megan. Je suis pas venue ici pour vous entendre gémir. On a du pain sur la planche..."
Ainsi, la jeunesse se mettait en marche pour fouiller les moindres recoins de ce laboratoire dont les seuls gardes à cette heure-ci étaient les deux qui voguaient désormais vers un monde meilleur. Certainement, lorsque le signal d'alarme avait retenti, les scientifiques qui travaillaient ici s'étaient enfui, en suivant un protocole depuis longtemps établi pour ce genre de situations, avant que toutes les entrées du labo ne soient condamnées. Manque de pot, nous avions déjà programmé la destination. Impossible de nous dérouter donc... Alors que je laissais Nero et Sorbier s'occuper de monter la garde près de l'ascenseur, j'entendis ce dernier murmurer à l'attention de l'autre:
"Mon cher, avec une telle fougue, je crois que la relève est assurée...
-Je crois qu'une fois qu'on a vu ça, on peut mourir tranquille, effectivement... réenchérit l'élu psychique..."

imhotep43
imhotep43
Niveau 10
15 avril 2008 à 14:23:23

[Chapitre 56] Folie des grandeurs:

Dans le laboratoire, les sirènes étaient moins puissantes que dans la Bulle, mais néanmoins, elles restaient audibles et ponctuaient nos investigations de leur ton morne et strident. Je me trouvais face à un ordinateur semblable à celui qui ornait le coeur du système de lancement des missiles, celui-là même que nous avions piraté dans les ruines de Regice. Sauf que là, Silver était avec moi.
Bizarrement, je sentais que l'ambiance allait changer du tout au tout. Encore une intuition de dresseur sans doute.
"Oh oh, fit la voix de Nero. Ca, ca dépasse tout ce que j'ai vu jusqu'à présent dans le panthéon du "Ca craint !!!".
-Développe, répondis-je distraitement alors que je tentais de rentrer des codes au hasard dans l'ordinateur...
-Igor et Tito étaient bien figés dans le temps quand nous avons pris l'ascenseur ???
-Pourquoi cette question", demanda le professeur... Avant de lâcher un terrifiant "Oh mon Dieu..."
Me retournant pour constater de quoi il en retournait, je ne pus que rester pantois devant le regard effrayé de Nero et du professeur, plongé sur les cadavres des gardes qu'Agathe avait tué. Me rapprochant un peu de leurs corps, je ne pus que retenir un haut-le-coeur. Bien plus que la carrure de nos geôliers, ces gardes en étaient la copie conforme. Mais ce qui me révulsait le plus, c'était la manière dont leur corps était parcouru de spasmes violents...
"Ecartez-vous, il va..."

Nero n'eut pas le temps de finir sa phrase. Mais nous étions déjà hors de portée lorsque les corps sans vie explosèrent littéralement, libérant leurs entrailles fumantes qui se désagrégeaient comme si elles avaient été trempées dans de l'acide.
"Y'a que moi qui trouve choquant de voir exploser deux humains morts qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à deux êtres bien vivants que nous avons laissé de l'autre côté du tube de l'ascenseur ???
-Et je crois que tu n'as pas vu le meilleur, lança Xavier derrière moi."
Plus fort et plus écoeurant que toute cette viande bouillant de l'intérieur, je demandais à voir. Xavier regardait au travers d'une petite fenètre qui donnait sur l'intérieur. Accompagné des élus psychique et temporel, je ne tardais pas à le rejoindre. L'endroit où nous étions aurait pu être comparé au nid d'aigle de deJones. En dessous, un vaste ensemble taillé dans la roche, vraisemblablement encore en dessous du niveau de la mer, était recouvert d'une série de capsules dans lequels trônaient des formes allant d'une énorme villosité de la taille d'un poing en passant par des formes vaguement humanoïdes, pour enfin se finir de l'autre côté de la paroi, par des répliques conformes de Tito, Igor et du médecin qui m'avait fait ma prise de sang le premier jour... Tous nous regardaient sans nous voir. Agathe en était révulsée, alors que Megan regardait tout celà avec un infinie tristesse.
"Ils l'ont fait... lança t'elle d'une voix parcourue de honte, plus que d'une réelle gène
-C'est ce que je pense ??? demandais-je sans oser prononcer le nom....
-Oui, réenchérit-elle... Ce sont des clones, des clones humains..."

Le choc fut immense pour moi aussi. Le professeur, scientifique avant tout, regarda la chose d'une manière un peu moins dégoutée, mais tout de même franchement intrigué:
"Ca explique ce qui s'est passé, commença t'il...
-Vous voulez me dire que le garde qui s'est répandu en une flaque d'entrailles à mes pieds avait vraiment besoin d'une raison pour faire ça ??? fis-je dégoûté.
-Le clonage humain n'en est, à ma connaissance, qu'au stade très expérimental. C'est même interdit sur presque toute la surface du globe. Ces gardes n'étaient que des bombes à retardement, organismes instables voués à mourir bien plus jeunes que leurs originaux. Des rats de laboratoire à taille humaine en somme.
-Ce ne sont pas des cobayes, professeur, corrigea Megan, ce sont des expériences. Les cobayes sont des animaux qui existeraient sans le laboratoire. Tous ces clones ont été conçu ici à partir de rien...
-Mais, c'est impossible, s'étonna Sorbier, ils ne peuvent pas être autant en avance sur ce domaine.
-Pourtant ca explique le niveau mentale de Tito, le regard vide de sentiments qu'ont les médecins quand ils nous donnent les pilules... Avec un peu de chance, ils doivent avoir au plus un ou deux jours de souvenirs... Les deux jours qu'ils ont passé en dehors de ces incubateurs... La plupart du personnel qu'on a cotoyé devait faire des tâches simples. Et pour cause, ce sont les scientifiques qui travaillent ici qui ont créé leur cerveau, comme un ordinateur en somme...
-Mais même le plus puissant des PC n'est qu'un télégraphe face à notre cerveau... Comment ont ils pu ???"

La remarque d'Agathe, qui venait enfin de relever la tête, ayant pendant tout ce temps retenu cette irrésistible envie de vomir qui nous prenait tous plus ou moins, transforma toutes ces questions en un véritable débat éthique.
"Les intelligences artificielles ont un potentiel énorme, continua l'élue venimeuse, à l'aise dans le domaine de l'informatique. Mais elles ne peuvent battre les humains que sur des tâches simples. Gagner une partie d'échecs, calculer la racine treizième d'un nombre à cent chiffres,... C'est du gâteau pour eux. Mais plus on complexifie leurs tâches, plus il est facile pour un gamin de trois mois de leur mettre une raclée monumentale. C'est déjà énorme qu'ils aient réussi à faire marcher Igor et Tito.
-Ils n'ont pas trois mois non plus... la corrigea Nathan
-Tu n'imagines pas tout ce que nous prenons en compte comme paramètre quand nous marchons, Nath... continua l'experte es corps Humain et informatique pointue. Gravité, position de départ du pied, angle de lever, distance entre le point A et le point B, estimation de la force à donner pour faire ce mouvement, libération de l'énergie contenue dans le corps pour faire tout ça... Et encore, tu n'imagines pas tous les mécanismes qu'on a pour tenir en équilibre... Il y'a même des données dont on ne sait rien mais auquelles on s'adapte sans les connaître. Va expliquer à un PC qu'il doit s'adapter à une donnée qu'il ne peut pas comprendre...
-Et je te corrige, fit Megan, ils ont à peine trois mois. C'est écrit noir sur blanc sur cet écran..."

Megan était partie se mettre devant le grand écran que j'avais quitté lorsque les cadavres avaient explosé. Elle jonglait entre les dossiers des différents cas et...
"Eh, comment tu as débloqué la sécurité ??? l'interpellais-je en me rendant compte de tout ce qu'elle avait du faire pour accéder à ces dossiers.
-C'est pas ton souci pour le moment. Regarde plutôt ça. Ils ont réussi à créer un clone adulte capable d'assumer les fonctions basiques du cerveau en trois mois. Là où la nature met plusieurs dizaines d'années."
Je jetais un coup d'oeil rapide à tous ces noms, ces dossiers, ces statistiques. Voir l'être humain ainsi ramené à des données mathématiques me rendait malade.
"Premier sujet créé, Tito. Dégénerescence mentale prononcée. Perd tout potentiel sur les fonctions annexes, trois heures après sa sortie de l'incubateur, lisait Megan.
-Deuxième sujet créé, Igor, problème de dégénerescence mentale contourné, mais au prix d'une espérance de vie diminué d'un tiers, continuais-je.
-Et c'est quoi leur espérance de vie à la base ??? demanda Nero, encore en train de contempler ce qui restait des gardes...
-Six mois de vie pour Tito, quatre pour Igor. Possibilité de lui implémenter des souvenirs remontant jusqu'à trois ans de manière semblable à un humain, continua Megan, sans sourciller."

"Sous-titre, je parle pas le scientifique, fit Nathan encore en train de contempler le carreau, "fonctions annexes", "implémentation de manière semblable", c'est du charabia...
-Ca veut dire qu'on peut leur faire croire qu'ils ont vécu des choses via leurs souvenirs tout comme un humain se rappelle de son passé par ces mêmes souvenirs, expliqua Agathe. Quand aux fonctions annexes, c'est tout ce qu'on apprende nous même. Ca va de lire, jusqu'à ce qui te permet d'arrêter de porter des couches... Va voir pour les docteurs, s'il te plaît."
D'un clic, Megan arriva au dossier des docteurs, dans cette ambiance de plus en plus morbide:
Troisième sujet créé, Docteur Lubalebski. Capacités mentales importantes, 130 au test de QI, similaire au modèle humain dont le cerveau avait été testé de son vivant. Capable de pratiquer la médecine généraliste, de rentrer une série de données sur un rapport informatisé, possède un vocabulaire semblable à celui d'un homme... Du... durée de vie..."
Megan s'arrêta là. Derrière, Xavier s'impatienta.
"Et ben quoi, lis-le... fit-il d'un ton exacerbé.
-Durée... de vie... trente-six heures... terminais-je."

Dans la pièce, une ambiance morose venait de tomber. Agathe rompit la première le silence:
"Je crois que cette fois-ci, je ne pourrais plus me retenir, désolé.
Je te suis, ajouta Megan en quittant promptement le siège à roulettes devant l'ordinateur..."
Parties au coin toilettes du laboratoire, les filles nous laissèrent entre nous. Le professeur discutait avec Alex pour ne pas qu'il ait à supporter de telles abominations tout seul. Xavier lui, ne semblait pas loin de rejoindre les filles dans leur idée de récurage stomacal. Quand à Nathan, il restait là. La main collée au carreau, dans un mouvement d'infinie tristesse.
"Nath', ca va ??? demandais-je. Tu as l'air perdu.
-Je cherche l'âme de ces clones.
-Et alors ???
-Je m'y connais en âmes. Les spectres sont tous des âmes errantes... Mais comme tu l'as dis, je suis perdu, perdu dans le vide.
-Ce ne sont pas des hommes, fit Xavier d'un ton contrit, c'est ça ??? Ce sont des machines.
-Ca explique pourquoi Tito et Igor avaient une aura si discrète quand je les ai vus... Six mois de vie... Je croyais que ca venait de la perte de mes pouvoirs, expliqua l'élu des spectres, mais c'est juste que la seule âme qu'ils ont, ils se la sont forgés durant leur si courte existence..."

Alors, la timide voix d4alex, encore trop jeune pour avoir à endurer tout ça, se leva:
"Comment ont-ils pu faire ça ???"
Instictivement, Nero lâcha un soupir, tandis qu'une la main de Sorbier serra encore plus fort celle du petit Alex, qu'une larme mouilla la joue de Nathan et que le poing furibond d'un Xavier serré alla frapper l'un des murs avec violence, pour décharger, chacun à sa manière, toute cette haine de l'être humain que nous venions d'accumuler en si peu de temps.
Revenant toutes deux des toilettes installées dans ce bâtiment, les filles eurent un regard apeuré en nous voyant...
"On dirait que vous avez vu la mort, commença Megan.
-T'es pas tombée loin, expliquais-je. On a juste vu ce que ça donnait de se prendre pour un Dieu créateur avec ses semblables."
Xavier avait la main en sang. Megan se précipita vers lui en voyant tout ce rouge. Le mur qui avait reçu le coup, lui, ne se portait guère mieux.
"Imbécile, tu t'es fait ça comment ??? sermonna t'elle en commençant à arracher un bout de la manche de son maillot pour servir de bandage.
-T'es pas ma mère, non ??? répliqua Xavier, la repoussant instantanément.
-Ca va, fit-elle, je me faisais juste du souci. On est au beau milieu d'un complexe ultra protégé, je te rappelle, et on fuit. Excuse moi de m'inquiéter.
-Oui, ben, j'ai parfois l'impression que ca te gênerait pas tant que ça."

Ca y'est, tout le monde se rappelle que Megan a débloqué le système informatique en 30 secondes ??? très bien, on va pouvoir lui poser la question du "comment ???"
Mais alors que cette question me traversait l'esprit, Megan ne me laissa pas une seconde pour la poser:
"Bon très bien, fais comme tu veux, mais en parlant de cet endroit, on doit voir un dernier truc avant de partir.
-Ah, non, ca suffit, on a déjà eu assez d'horreurs comme ça. On se tire, maintenant."
Xavier sauta du bureau où il était assis, se dirgeant droit vers l'ascenseur.
"Attends, tu vas où ??? demandais-je.
-Me barre, marre de ces investigations macabres, je m'évade moi.
-Tu vas pas partir tout seul quand même ??? s'insurgea Agathe, c'est de la folie.
-Ca va, je vous renverrai l'ascenseur, au sens propre du terme. Merci pour tout les gars, rajouta t'il en levant sa main par dessus son épaule pour nous saluer. Je me débrouille tout seul."
Il appuya sur le bouton de fermeture de la porte et tapa le code de l'entrée.
"Si tu te tires maintenant, non seulement tu mourras bêtement, mais tu ne sauras rien de ce qui nous menace !!!"

La porte se ferma,... mais fut retenue au dernier moment par la main de Xavier. Elle se rouvrit alors que tout le monde avait les yeux fixés sur celle qui avait prononcé tout celà: Megan, encore une fois.
"Tu as trente secondes pour me convaincre, lança Xavier.
-Ca ne vous a pas paru bizarre qu'il y'ait tant de clones imparfaits dans ces murs ??? Même si Sento est dirigée par un monstre, et croyez-moi, je sais de quoi je parle, il n'est pas stupide. S'il y'a eu autant de brouillons, il y'a une bonne raison..."
Xavier était toujours dans l'ascenseur, écoutant la harangue de Megan sans rien dire. Encore une fois, elle avait raison.
"Des centaines de brouillons, une seule oeuvre, murmura le professeur. Très dégradant pour tous ces "brouillons" humains, mais ca se tient.
-L'oeuvre serait l'arme ultime dont deJones a parlé ??? demandais-je.
-On est venus pour ça à la base, rajouta l'élue de la Terre, dont la voix était désormais couverte de sanglots. Ce serait stupide de repartir sans savoir quel est ce péril qui nous menace tous... C'est de ça dont il s'agit. Sento sait créer la vie. Et à tous ces cobayes, il peut la retirer.
-Je croyais que ce n'étaient pas des cobayes, commença Xavier, au fond de la cage d'ascenseur, mais des expér...
-Arrête de jouer sur les mots, et surtout, ARRETE DE JOUER AVEC MES NERFS !!!"

Un tremblement agita la salle. Une tasse de café froid, laissée à l'abandon pendant l'évacuation, tomba du meuble sur lequel elle avait été posée dans l'urgence.
Megan avait parlé...
Xavier sortit enfin de l'ascenseur. Mais il ne jugea pas bon de s'excuser envers la jeune fille, qu'on devinait particulièrement mal à l'aise.
"Quand... quand tu auras vécu ce que j'ai vécu, commença t'elle, tu sauras que plus rien n'a d'importance à tes yeux. Alors meurs idiot ou admets enfin que je peux avoir raison, je m'en moques. Mais ne m'oblige pas à te tuer de mes mains."
C'était dit. La larme à l'oeil, elle se retourna. Je ne savais ce quel cadavre elle cachait dans les armoires de son coeur, mais Sento n'était pas extérieur à tout ça. Quand elle se retourna à nouveau vers nous, elle était devenue la Megan froide et calculatrice que nous connaissions... Froide, mais efficace.
"Bon, retournons à cet ordi et cherchons ce chef d'oeuvre. La sécurité ne va pas tarder à trouver un moyen de rentrer par ici sans passer par cet ascenseur."

"Elle n'aura même pas à chercher ça, constata Nero.
-Pourquoi tu dis ça, demandais-je, inquiet.
-On avait coincé la porte pour qu'elle reste ouverte, Xavier ne s'est pas donné ce souci en ressortant."
En effet, alors que je me retournais vers la cage, je pus voir partir l'acenseur vers les abysses. Vers, je le savais, la Bulle où un contingent n'attendait que le petit habitacle en verre pour remonter vers nous.
"Et après c'est moi la fille qui fait foirer tout vos plans d'évasion, constata Megan. Enfin, je ne dirais rien. Si ce n'est que j'ai trouvé ce qu'on cherche.
-Je peux arrêter le temps si vous voulez proposa Sorbier.
-Laissez tomber professeur, ca arrêtera l'ascenseur, mais ca arrêtera aussi le courant dans la machine. On n'aura plus rien à voir, expliqua Agathe."
Le temps était désormais compté. A nouveau, me pris-je à penser... Laissant l'ascenseur repartir, nous nous concentrâmes sur l'écran. Ce qui l'ornait était au delà de ce que tout mot pouvait exprimer.
"C'est quoi au juste ??? commença Nathan.
-Le projet ICARE... Et si tu veux à nouveau des sous-titres, commença Megan, ca s'appelle une merde noire..."

SamusQueen
SamusQueen
Niveau 10
15 avril 2008 à 16:53:15

Cette fic mériterait + de monde !

imhotep43
imhotep43
Niveau 10
16 avril 2008 à 20:34:22

[Chapitre 57] Projet Icare:

Dans le laboratoire sous-marin, il n'y avait plus âme qui vive. Même les animaux minuscules avaient fui lorsque Megan avait fait trembler la terre. Assise devant son écran, elle nous laissait entrevoir peu de choses de sa personnalité si particulière. Dans ses yeux ne brillait pas le dégoût, la tristesse de voir tous ces corps sans vie, même pas la peur de se faire prendre par les gardes, mais seulement l'instinct de survie. Je le savais, elle n'avait pas bluffé quand elle avait menacé Xavier. Si elle l'avait voulu elle aurait pu le provoquer, et à pouvoirs égaux, sa volonté aurait fait la différence. Et même si...
"Bon, t'as fini de me reluquer, fit-elle avec un sourire en coin ??? T'es psychologue ??? Que dit le langage de mon corps ??? Tu sais que je fumes ??? Qu'il m'arrive de boire aussi ??? Et que je porte des sous-vêtements...
-Ca va, ca va... fis-je sur le même ton qu'elle. J'ai juste besoin de savoir pourquoi je peux te faire confiance, et même si tu vas me dire "parce que tu le dois", c'est pas une réponse.
-Très bien, tu fais les questions et les réponses ??? On gagnera du temps !!! Bon, maintenant, on en revient à cette menace interplanétaire ou on papote en attendant que nos amis les gardes arrivent avec leurs seringues de substance Ombre."
Nous restâmes une éternité, nos regards croisés l'un dans l'autre, espérant que l'un des deux allait céder. Mais le vrombissement de l'ascenseur nous tira tous deux de cette contemplation. Megan retourna à ses dossiers, pendant que je prenais les commandes de la résistance aux problèmes qui allaient bientôt nous tomber dessus.

"En gros, à quoi on doit s'attendre ??? demandais-je, tout en construisant avec les hommes du groupe un semblant de barricade avec des chaises et des meubles devant l'ascenseur.
-Attends, je te lis l'intro, rien que ça, ça vaut son pesant de cacahuètes: "Le projet d'Intelligence Créée pour l'Attaque et la Répression des Elus, plus sobrement ICARE, est un ensemble de clones aux talents hyper-développés. Leur organisme a été créé à partir des gènes des plus grands assassins, des plus grands stratèges, ainsi que de nombreux guerilleros, agents,... Doté de capacités de régénération supérieures à la normale, leur durée de vie est de ce fait limitée théoriquement à dix ans.
Récemment le projet Icare s'est vue attribuée une nouvelle mission: contenir et endiguer la puissance grandissante des Elus. Pour celà, une grande majorité du travail des scientifiques s'est vue modifiée. Au delà de créer des individus aussi performants, des tests ont été lancés pour innoculer le gène des Elus à ces clones. Jusque là sans succès..."
Les dernières paroles de Megan me rassurèrent. Cette machine de guerre n'en était donc qu'à l'état d'idée de mégalomane.
"On peut partir alors, commença Xavier. Dès que les gardes arrivent, on fait diversion et...
-Jusque là sans succès, continua Megan, mais grâce à la capture d'Elus et à l'étude du comportement de leur gènes dans le corps de clones, un point important a été mis en évidence. Les individus créés à partir des gènes doivent avoir des gènes compatibles."

Dans la salle, tous se retournèrent. Sur le papier, toutes les conditions étaient réunies pour créer en quelques mois une armée de soldats aux pouvoirs surhumains qui n'auraient aucun mal à nous mettre au tapis.
"Qu'est ce qu'ils entendent par individus compatibles ???
-Attends, j'y viens. Tout individu possédant dans son caryotype un gêne similaire à celui des Elus: dominant (Elu possédant déjà certains pouvoirs) ou recessif. Néanmoins, le clone au gêne dominant a l'inconvénient de ne maîtriser que les pouvoirs que l'individu connaît déjà."
Les informations se bousculaient dans ma tête... Mais elles restaient encore compréhensibles.
"Donc soit ils créent des copies de nous qui ne maîtrisent que les pouvoirs de chacun, soient ils trouvent quelqu'un qui a le gêne mais pour qui ca ne lui donne aucun pouvoir. Génétiquement parlant c'est possible ???
-Je m'y connais peu en génétique, mais ca doit pouvoir se faire, expliqua Agathe. La transmission d'information génétique reste globalement constante pour des caractères typiques des humains. Pourquoi pas la même chose si l'on considère que les Elus sont une évolution ponctuelle de l'espèce."
Megan sauta de joie dans sa chaise.
"J'ai une bonne nouvelle. Avoir une production constante de clones ICARE nécessite une lourde préparation. Dix ans pour collecter les informations sur les Elus et sur le clonage, bâtir la structure et commencer les expériences. Et même s'il y'a plusieurs copies des infos, tout le matériel est dans ce labo. Si on détruit tout... on compromet sérieusement cet avantage pour les cinq prochaines années."

Megan semblait ravie. On avait trouvé la faille.
"Agathe, avec tes connaissances en informatique, tu ne pourrais pas créer une surcharge du système qui...
-surcharge globale du système qui rendra les incubateurs inopérants, entraînant par la même la mort des individus en développement à très court terme ainsi que la mort de ceux totalement développés dans l'incendie créé par la surchauffe des circuits, termina Agathe. Plus vulgairement, Black-Out total puis courant plein jus dans les circuits. Ca va coûter cher en fusibles, je vous le dis."
Avec Xavier, qui m'aidait à monter la barricade, j'eus un regard amusé:
"Si vous le dites les filles, ca doit être faisable, souriais-je."
A ce moment précis, un bruit nous alerta, ou plutôt, une absence de bruit. L'ascenseur s'était arrêté.
-Déjà ??? s'étonna Nero. On n'aura pas le temps de finir la barricade avant qu'ils n'arrivent.
-Laissez tomber la barricade, fit Xavier. Les filles combien de temps pour votre feu d'artifice ???
-Cinq minutes, guère plus.
-Soit trois fois plus de temps qu'il ne leur en faudra pour remonter, comprit Nathan. Mais j'ai une idée qui pourrait marcher. Je vous préviens, ca ne va pas vous plaire."

"Quoi ??? Tu es devenu fou ??? lança Xavier après avoir entendu la proposition de Nathan. Tu les prends pour des fillettes ou quoi ???
-Fillette ou pas, quand Igor et Tito vont arriver et que sur le grand écran, il y'aura leur photo, ca va leur faire un choc. Passer de gardien payé par Sento à cobayes de Sento, ils ne nous seront plus si farouchement hostiles.
-Tu pars d'une hypothèse, là, on est d'accord ??? demanda Sorbier. Une hypothèse qui pourrait très bien être fausse...
-Mais qui dans tous les cas ne nous empècherait pas de leur envoyer une salve de dards meurtriers, de les hypnotiser pour qu'ils s'entretuent ou de les ensevelir dans un cercueil de terre. L'avantage de ma solution est que, si elle marche, l'ascenseur restera là au lieu de redescendre et d'envoyer une nouvelle salve de renforts..."
Un court silence s'installa, toujours ponctué du vrombissement de la machinerie de l'ascenseur.
"Bon, ca m'a l'air faisable, lança Xavier, mais restez sur vos gardes.... Megan, tu peux nous trouver les photos des sujets ???
-Megan n'est plus en état je crois, fit la voix d'Agathe..."
Tout le monde se retourna, craignant le pire. Megan était évanouie par terre alors que l'élue Poison tentait désespérément de la réveiller.

"Et merde, c'est bien le moment !!! pesta Xavier en allant rejoindre comme nous tous le corps apparement sans vie de Megan.
-Elle est... morte ??? fit Alex d'une voix timide.
-Non, je sens un pouls, répondit Agathe, mais là, c'est vrai qu'elle m'a fait peur. Elle a ouvert le fichier des photos avant même que tu ne lui en donne l'ordre et pouf, juste après, elle nous faisait un malaise..."
Agathe donnait des petites tapes sur la joue de Megan, bientôt de plus en plus fortes, mais rien y faisait. C'est alors que Nero nous exhorta: "Ecartez-vous !!!" avant de lancer le contenu d'une bonbonne d'eau fraîche sur sa figure.
Sous le coup, Megan crachota, s'étouffa comme si elle avait failli se noyer. Tout le monde regardait Nero avec son sourire jusqu'aux oreilles.
"Tu n'aurais pas pu te servir de tes pouvoirs au lieu de nous la tremper...
-Si, j'y ai pensé, mais ca aurait été moins marrant..."
Megan lança un regard noir à l'élu psychique, mais tout le monde vit celà comme le signe d'un bon fonctionnement de ses neurones.
"Qu'est ce qui s'est passé, Megan ??? demanda Sorbier. On a eu une peur bleue..."
En silence, elle se retourna vers l'écran qu'elle avait quitté. Avec toute l'eau qu'elle avait sur le visage, on aurait pu croire qu'elle avait pleuré, ce qu'elle faisait peut-être d'ailleurs. Elle posa sa main sur le grand écran, sur la photo du quatrième individu, le clone ICARE, avant de lâcher dans un sanglot:
"J'aurais préféré ne jamais me réveiller plutôt que de te voir là... murmura t'elle pour elle même.
-Qui est-ce ???
-C'est votre individu au gêne récessif... fit-elle sans vraiment nous voir. Il s'appelle Raphaël, et c'est mon frère..."

Dans cet infime moment d'éternité, personne n'osa briser ce silence de recueillement avant que Megan ne le juge nécessaire, ce qu'elle fit d'ailleurs de manière plutôt violente, avec force insultes et coups violents dans le mobilier. Reprenant un peu son calme, elle se retourna vers l'écran, vers nous, nous laissant voir toute la haine, tous les doutes, tout son désir de vengeance poindre dans son regard brillant de larmes.
"Ce ne sont que des clones Megan, commença Agathe, ton frère est...
-Mon frère est porté disparu depuis des mois. Bien avant que je finisse dans ces cages sordides, il avait déjà disparu. Et ils le savent. Ces espèces d'enfoirés ont visé au coeur là. Même si ce sont des clones faits à partir d'une simple cellule, ca me suffirait. Raphaël a le même patrimoine génétique que moi, à peu de choses près. Il est certainement compatible, et en plus, le choisir, ca revient à m'interdire tout acte violent contre lui...
-Et à détruire par la même toutes nos chances de lutter contre ce fléau, conclut Sorbier dans un soupir de déception.
-Arrive la question très énervante, mais néanmoins très révélatrice, fit Nero, est que effectivement, tu serais capable de tuer ce clone de ton frère ???"
Tout le monde se tut à nouveau. C'était la question qui fâche. Mais alors que je m'attendais à une explosion de violence de la part de Megan, elle se contenta de s'asseoir, le dos appuyé sur un des rares meubles sur lequel elle n'avait pas passé sa colère:
"Je sais pas... je sais plus... j'en ai marre..." fit-elle avant d'éclater en sanglots.

Nous étions tous consternés. En plus d'user de pratiques éthiquement douteuses, on en arrivait à un niveau d'abomination qui me rendait malade. Tout ce que je trouvais à dire pour consoler Megan était de répéter cette unique phrase:
"Ce n'est qu'un clone..."
Ce à quoi elle répondit, un peu plus remontée:
"Peut-être, mais pas le clone de n'importe qui...
-Un clone qui ressemble physiquement à ton frère, qui a les mêmes gènes que ton frère. Mais ce n'est qu'une coquille vide, manipulée génétiquement pour avoir plus de pouvoirs que nous tous réunis. Ce n'est même plus un clone, un clone est une copie. Là, c'est un individu à part, une invention qui ressemble à ton frère.
-Pardonne-moi, mais ca me fait une belle jambe, fit-elle en essuyant ses larmes avec sa manche.
-Et si on te poses la question de savoir si oui ou non on détruit tout ici, tu réponds quoi ??? lança Xavier.
-De toute façon, que je dises oui ou non, je serais obligée d'être d'accord avec vous. Vous êtes plus nombreux, je perdrais, et en plus de gâcher la vie de mon frère, je perdrais aussi le peu de confiance que vous avez en moi,... si vous ne me tuez pas tout de suite.
-Ce qui veut dire ??? demanda Sorbier pour confirmation...
-Foutez-moi tout ça en l'air et laissez-moi mes souvenirs, bon Dieu !!!"
Alors qu'Agathe allait se remettre à ses lignes de code, une voix tonitruante déchira le silence de la pièce.
"Nous avons notre mot à dire là-dedans, je crois."

[A SUIVRE]

imhotep43
imhotep43
Niveau 10
17 avril 2008 à 19:01:30

[Chapitre 58] Les jouets de la science:

La voix me surprit, tant par son audace que par sa soudaine apparition.
"On en aurait presque oublié... ce cher deJones..." lançai-je à l'attention du nouveau venu.
En effet, c'était lui, et il n'était pas seul. Igor et Tito, ou peut-être deux de leurs nombreux clones l'accompagnaient, ainsi que des médecins armés de fusils à seringues.
"Mon statut est donc le même que celui des éléphants ???
-Non, rassurez-vous, on ne vous tuera pas pour votre ivoire, mes enfants, encore que vous nous tentiez de plus en plus, fit le grand manitou avec un rire sardonique. Emparez-vous d'eux. Cette mascarade a assez cessé...
-J'allais vous dire la même chose."
Un seul mouvement suffit à déclencher le conflit. Pointant leurs armes sur nous, les médecins nous donnèrent la raison qui nous manquaient pour expulser toute cette haine que nous avions en nous. La première salve de seringues rencontra les dards d'Agathe, la seconde fut stoppée lorsque Sorbier arrêta le temps. Quand à la troisième, les médecins, pris d'une violente folie, retournèrent les armes contre eux et la longue aiguille pénétra dans leur palais pour aller se ficher dans leur cerveau. Nero avait encore les yeux qui brillaient de tant d'efforts.
"C'est quand même plus facile à deux, mais je me débrouille..."
DeJones, courageux mais pas téméraire, laissa au bon soin d'Igor et de Tito de nous retenir, pendant qu'il "allait chercher des renforts"... Bref, pendant qu'il fuyait.

Ainsi, nous nous retrouvâmes seuls avec les colosses.
"Nous avons des choses à vous dire, fit Agathe.
-Et nous, nous avons des ordres... lui répondit Igor sur le même ton.
-'Gor, regarde, c'est nous sur la photo !!!"
Tito avait tout fait à notre place. En gros, les photos des jumeaux trônaient sur l'écran. Igor parcourut vite le texte qui accompagnait chacune, mais sa capacité mentale limitée ne lui permit que d'en retenir des bribes.
"On sait que tu dois nous retenir, mais laisse nous t'expliquer tout ça. Les gens qui t'emploient ne font que te manipuler... Tu n'est pas Igor, du moins, tu n'es pas l'original.
-Je ne comprends pas ce que vous me racontez... Je sais bien qui je suis...
-Alors explique-moi qui sont ces gens !!! fit Xavier en montrant les visages des nombreuses copies de nos adversaires, au travers la vitre. Ils ne sont pas comme toi ??? Quand tu te réveilles le matin, tu reconnais ton visage dans la glace ??? C'est le même que celui de tous ces gens. Tu n'es pas un être vivant, ils t'ont fait croire que tu étais un des leurs, mais des centaines de tes copies sont mortes dans leurs expériences. Tito aussi, si tu veux tout savoir. Tu as peut-être des souvenirs des mois précédents, mais on sait que ce sont tous des illusions. Tu es voué à mourir dans quelques semaines, tout au plus quelques mois."

Igor assimilait tout celà petit à petit. Bien qu'un peu moins intelligent que la moyenne, le fait qu'il soit aussi peu doué était déjà un miracle, tout du moins, si l'on pouvait appeler "miracle", ces abominations faites à l'humanité même.
"Et pourquoi je vous croirais ??? On m'a toujours bien traité, comme un égal, pas comme un objet. Et je suis bien vivant, je le sais... fit-il en s'avançant petit à petit vers nous."
Même si nos pouvoirs pouvaient espérer le stopper, personne n'osa lever le petit doigt.
"Igor, pas vivant, Igor est mort..."
La voix claire de Tito brisa ce monologue. Prenant celà pour une menace, l'intéressé se retourna vers son jumeau.
"Igor est mort, Tito l'a vu. Igor est mort et a explosé de partout. Boum boum !!! Tito a eu peur pour Igor, mais le docteur a dit à Tito que Igor serait de nouveau vivant demain... Mais Igor était mort...
-Qu'est ce que tu dis ??? lança le colosse à son jumeau.
-Igor a menti, Igor vient de dire qu'il était vivant. Mais Tito l'a vu mourir. Igor est vivant maintenant. Mais Igor est mort !!!
-Mais quand ??? Quand serais-je mort ??? commença à hurler Igor.
-Tito ne se souvient plus... fit-il avec une once de désespoir dans la voix. Tito se rapelle juste de ça, Tito avait peur, Tito a vu Igor mourir."
Parmi tous les palabres qui s'étaient faits en ce lieu, d'aucun ne fut plus efficace que celui-ci. Et pour cause, dans les paramètres qui réglaient l'intelligence de Tito, il y'en avait un qui était très explicite... Tito ne pouvait pas mentir...

Dans les yeux sans sentiments du colosse, vint poindre un des plus douloureux sentiments de la création... Le doute...
"Tu as certainement mal compris, Tito. Ce sont nos ennemis qui te disent ça pour te faire croire des choses...
-Non non non non non, continua Tito. Quand les méchants disent qu'ils veulent te tuer, ils disent la vérité. Et quand les méchants disent qu'Igor est mort, ils disent la vérité."
Reflets d'une âme d'enfant dans un contexte d'adultes, les mots de Tito faisaient d'autant plus mal.
-Mais enfin Tito, nous sommes nés en même temps. Tu t'en rappelles au moins ???
-Tito ne peut pas se souvenir, Tito est trop limité, a dit le docteur...
-Mais enfin, fais un effort, bon sang !!! hurla le garde.
-Je crois que c'est à ton tour de faire un effort Igor, fit la voix calme du professeur. Dis moi ce que tu te rappelles de ton enfance.
-Je me souviens de..."
Un grand vide apparut alors... Igor semblait gêné.
"Tu peux avoir oublié, ce n'est pas grave, fit le professeur avec cette même voix douceureuse, presque mielleuse. Mais tu te rappelles certainement de tes parents. Un enfant n'oublie jamais sa mère, même si elle est morte à ta naissance, il y'a quelque chose d'elle en toi et tu le sais...
-Bien sûr, ma mêre était...
-Tito ne se rappelle pas de maman... Igor n'en a jamais parlé à Tito, non non, jamais !!!"

Et là, la chose la plus improbable se produisit. Des yeux du colosse, perla une larme, une seule... qui glissa sur la joue pour la première fois humidifiée par cette eau salée et si amère pour lui.
"Je ne t'ai pas raconté, parce que je ne m'en souviens pas... Parce qu'elle n'a jamais existé.
-Mais si, tout le monde a une maman... Tout le monde...
-Pas nous, ptit frère... Nous sommes des gens particuliers, fit-il sans se rendre compte de ce qu'il disait.
-Comme les super-héros à la télé ???
-Oui, c'est ça ptit frère... Comme les super-héros."
Brisé dans son orgueil, Igor réussit quand même à sourire.
"Tu peux choisir de nous aider ou de rester comme tu es, Igor, reprit Sorbier, mais tu choisiras de faire le bien ou le mal... Pas d'alternative.
-Tito veut faire le bien, Tito est un super-héros et Igor aussi, hein Igor ???
-Je suppose que de toute façon, ca ne changera rien. Je ne comprends rien à ces histoires de bien ou de mal. Tout a une fin, je le sais, mais je n'avais aucune envie de savoir si elle serait bonne ou mauvaise, avant. C'est ça être humain ???
-Oui, fit tristement Sorbier, entre autres. C'est à la fois notre plus grande fierté et notre plus lourd fardeau.
-A quoi bon vous aider alors ??? reprit Igor. De toute façon, je vais mourir d'ici peu à vous entendre. Et il y'a plein d'autres moi pour me succéder.
-On peut changer tout ça Igor... On a déjà changé tout ça..."

Au fond, devant le siège à roulettes, Agathe nous surprit tous:
"Igor, tu es déjà quelqu'un d'unique pour moi... et pour nous tous. Tu es le seul clone à tout savoir... tu es le seul clone à m'avoir poursuivi dans les couloirs lorsque je me suis enfui. Et de tous les Igor qui se sont succédés sans que je le sache, tu es le seul que j'ai vu pleurer. Seuls les hommes pleurent... Seuls les hommes laissent leur trace dans le souvenir des autres hommes, parce qu'ils sont uniques. Tu sais qui tu es, tu sais d'où tu viens... Il ne te reste plus qu'à savoir où tu vas. Tu es devenu un homme sans le vouloir. Parce qu'au fond de toi, il y'a cette étincelle qui, malgré le fait que tu ne sois qu'un clone, refuse de s'éteindre. On en est tous là... Tu es notre égal... Tu es peut-être même meilleur que certains de ceux qu'on appelle "humains"."
A nouveau, le silence envahit la pièce. Moment étrange de communion pour les uns, découverte d'un nouveau statut bien plus compliqué que ne le permet de le concevoir leur cerveau pour d'autres.
"Si je peux faire quelque chose pour que ma vie soit autre chose que celle de toutes ces copies alignées dans ces choses... Alors, je le ferais... et Tito aussi.
-Et le maître ??? demanda timidement Tito.
-Le maître est un monstre, comme tous les autres ici... Tu as vu comment ils nous traitent ???
-Tito a vu... Tito est content, le maître avait vraiment une paire de chaussettes qui ne plaisaient pas à Tito..."
Après cette révélation ô combien importante, Agathe retourna à son programme, alors que je m'apercevais d'une chose qui m'avait échappé tout le reste du temps...
"Quelqu'un a vu Megan ???"

Quelques mètres plus bas, dans l'ascenseur, deJones savourait une défaite un peu trop rapide... Tant pis, ce serait l'occasion de tester les nouveaux fumigènes à base d'Ombre. Tout en pensant celà, il se mit à éternuer...
"Rah, saleté de poussière."
Elle recouvrait en effet une certaine épaisseur du sol. Mais était-ce vraiment de la poussière ??? Si deJones avait porté attention, il aurait vu qu'elle n'était pas là à l'aller. En effet, celle-ci se mit à tourbillonner derrière deJones, avant de prendre une forme humaine, celle d'une femme... Ou plutôt d'un garçon manqué...
"Bonjour, deJones... Ca faisait longtemps...
-Ahhhhhh, mon coeur... Me... Megan, ca faisait longtemps... Croyez bien que je suis heureux de vous revoir. Entre nous, j'ai toujours trouvé la décision du Tyran de vous faire enfermer un peu abusive... Je vous savais fidèle à notre cause. Tout celà n'a pas du être agréable et...
-Ne revenons pas sur Ses décisions, Il ne m'intéresse pas maintenant. Ce que je veux savoir vient de vous...
-Mais... mais oui bien sûr, que voulez-vous savoir ???
-Raphaël... Ou est-il ???
-Ah, votre frère ??? Vous savez qu'il nous a servi de modèle pour le Projet Icare ??? Un brillant jeune homme, et fort bien proportionné si j'en juge du succès qu'il avait avec...
-deJones, je m'impatiente..."

Megan commençait à s'énerver. Tout le monde savait qu'il ne fallait jamais la mettre en colère. Même deJones. C'était peut-être pour ça qu'elle avait été enfermée d'ailleurs...
"Oui, bien sûr... Venons-en au fait. Figurez-vous que seul le Tyran détient cette information. Revenez vers nous, et je Le convaincrai de vous laisser en dehors de la Bulle. Bien sûr, cela ne dépend que de Lui, mais j'ai confiance... Il suffit juste de rattraper les Elus, et Il sera tout ouïe à cette demande..."
Megan s'autorisa un sourire avant de serrer la main de deJones dans une accolade fraternelle.
"deJones, vous ai-je déjà dit que le sable était un vrai caméléon ???
-Non, jamais, où voulez-vous en venir, ma chère ???
-... aussi doux qu'une caresse, ou bien aussi tranchant et dangereux que le plus aiguisé des poignards...
-J'en conviens mais..."
deJones s'arrêta. Il cherchait l'inspiration... ou plutôt sa respiration. Cherchant sa poitrine dans son champ visuel, il comprit ce qui n'allait pas... Une lame de verre l'avait traversé de part en part. De verre cristallin du côté de Megan, qui la tenait en lieu et place de sa main, et teinté d'un rouge écarlate dans son dos.
Alors qu'il agonisait, la jeune fille se porta à son oreille.
"Au cas où je ne pourrais le dire moi-même à l'intéressé, vous transmettrez mes voeux les plus sincères au Tyran... quand Il vous rejoindra en enfer..."
D'un coup de pied sec, elle envoya valser le corps de deJones de l'autre côté de la cage d'ascenseur alors que la lame de verre se retransforma en sable avant de totalement disparaître.
"Et maintenant, ma grande, on remonte..." fit-elle pour elle même en tapant le code du labo sur le clavier de l'interface.

Agathe terminait tout juste son programme... Et nous avions beau chercher dans tout le labo, Megan ne se trouvait nulle part. Et en plus de ça, pour nous rajouter un problème supplémentaire, l'ascenseur arrivait... Il serait bientôt en vue de Xavier et de Nero, qui montaient la garde...
"Lilian, je crois qu'on a résolu deux problèmes, fit la voix de ce dernier.
-L'ascenseur, je veux bien, et c'est quoi le deuxième ???
-On a retrouvé Megan..."
Sortant à toute vitesse des toilettes dans lesquelles je la croyais cachée, je tombais nez à nez avec Megan, qui tenait la porte de l'ascenseur ouverte avec le cadavre de...
"deJones ??? Comment as-tu... et comment es-tu arrivé jusque dans l'ascenseur sans que personne ne te voie ???
-Je suis l'experte des sables. Et le sable des déserts est celui avec lequel on fait les plus beaux mirages... fit-elle d'un ton plutôt fier. Vous avez résolu le problème d'Igor et de Tito, je vois.
-Oui, mademoiselle Megan, Igor a compris qu'on était des super-héros. Les super-héros ne peuvent pas se battre du côté des méchants.
-Et ca leur donne certains avantages" conclut-elle en embrassant sans honte Tito sur la joue. Ce dernier rougit alors avec une force que je n'avais jamais vu auparavant. "On est bientôt prèts à partir ???"

Tout le monde se tourna vers Agathe...
"On a un dernier problème. En coupant les systèmes qui alimentent le labo, on coupe aussi l'ascenseur... Du coup, il faudra attendre qu'il soit arrivé à la sortie pour tout faire sauter...
-Ce qui veut dire que quelqu'un doit rester pour mettre tout ce barda en route, compris-je. Je ne demanderais pas s'il y'a des volontaires."
Nathan pouvait à la rigueur traverser les murs, mais pas s'envoler tout seul, ou se téléporter sans savoir où aller. Quand aux autres, je ne voyais aucun pouvoir qui leur permettrait de s'enfuir. Sorbier ne pourrait stopper le temps que pour mieux faire durer l'attente avant la fin... Bref, celui qui resterait ne s'en sortirait pas.
Alors, sur mon épaule, une poigne de fer se fit sentir. Igor...
"Nous sommes nés ici avec Tito, fit-il, d'un ton grave... Le monde extérieur n'est pas le nôtre. Dites-moi ce qu'il faut faire... et je le ferais...
-ON le fera... Tito est aussi un super-héros."
La concertation se fit très vite. Igor n'avait pas tort. Quand à embarquer Tito dans un monde où il ne connaîtrait personne, c'était pire que de le laisser mourir avec son frère.
"Tu es sûr ??? Aucun regret ??? demandais-je.
-Profites-en... Je ne connais pas encore ce sentiment..."

Alors Agathe leur prépara tout le programme, et leur expliqua sur quels boutons ils devraient appuyer une fois l'ascenseur arrivé.
"Tu as été un homme jusqu'au bout... C'est comme ça que je me souviendrai de toi... Comme ça qu'on se souviendra tous de vous...
-Je le sais... Partez maintenant... Laissez nous."
Igor ne s'opposa aucunement à ce que Tito reste avec lui, bien conscient de ce que celà impliquait pour lui. Il posa seulement une dernière question.
"Ca... ca va faire mal ???
-Ton corps a été créé pour ne pas sentir la douleur, commença Xavier, alor...
-Les gaz de l'incendie vont monter jusqu'ici. Ce sera long, et peut-être douloureux. Mais si tu sautes par la fenètre, ce sera plus court, le coupa Agathe. Je sais, c'est brutal, mais à comparer, c'est la meilleure solution.
-On sautera, hein Igor ??? On sautera et on volera comme les héros de la télé...
-Il est moins bête qu'il n'en a l'air hein ??? nous fit remarquer Igor. Allez, partez, votre guerre vous attend."
Je fis un pas en arrière. La porte de l'ascenseur se ferma alors que Xavier tapait le code de la sortie.
"Megan, laisse pas traîner ton sable partout, j'en ai dans les yeux, fit Nathan derrière moi.
-J'y suis pour rien si tu pleures, Nath'... Pour rien non plus si je pleure aussi d'ailleurs...
-Professeur ??? demandais-je. Vous savez pourquoi ce sont toujours les meilleurs qui partent en premier ???
-Peut-être parce les meilleurs sont les seuls qui savent que la vie ne sert pas à grand chose d'autre qu'à être vécue... Mais ne pense pas à ca, pas maintenant...
-Vous avez raison, on a une évasion à finir..."

"On a une évasion à réussir..."

imhotep43
imhotep43
Niveau 10
18 avril 2008 à 22:20:21

[Chapitre 59] Hasta la vista:

"Tu crois qu'ils vont tarder ??? demanda le premier garde qui attendait devant la porte, en première ligne.
-J'en sais rien, lui répondit son collègue. En tout cas, plus jamais, je me porterai volontaire..."
Effectivement, celà faisait plusieurs fois que la machinerie de l'ascenseur se mettait en route. Chaque bruit était source d'une peur inconcevable. On leur avait parlé de la puissance des personnes enfermées ici. Mais le fait était qu'on avait réussi à les enfermer, ils ne devaient donc pas être si puissants que ça.
Dans le Zénith du soleil de ce début d'après midi, l'entrée du site Alpha, situé sur les ruines de la base Fondmer restait cependant dans l'ombre du grand auvent qui la couvrait. Bref, sur ce petit récif artificiel, situé à une trentaine de mètres au dessus du niveau de la mer, et large comme un stade de football, tout semblait calme.
Mais jusque là, jamais personne n'avait vu la cage monter jusqu'ici.
"Code rouge, je répète, code rouge, les invités arrivent, tous à vos postes, lança le premier garde dans son talkie."
Dans le silence de la mer, un bruit de cliquetis d'armes se fit entendre. Le garde, un jeune homme fraîchement engagé, se cacha comme il put derrière la barricade improvisée. Quand elle arriva à son niveau, il ne put constater qu'une chose...
"Fausse alerte, l'ascenseur est vide. On fait quoi ???"
Le garde semblait décontenancé. Il le fut encore plus lorsqu'il vit une des grenades attachées à sa ceinture se soulever toute seule et se dégoupiller devant ses yeux.
"On entre, soldat, répondit la voix dans le talkie. On en profite pour envoyer des renforts en bas...
-C'est plus la peine sergent... Ils sont déjà là..."
Le jeune homme avait eu raison aujourd'hui sur un point. Plus jamais il ne serait volontaire pour quoi que ce soit.

Alors que la porte de l'ascenseur s'ouvrait enfin sur le monde extérieur, je pris ma première bouffée d'air frais, non recyclé, poussé dans la cage par l'explosion qui fit voler deux corps et une barricade. Cet instant de délice me sembla éternel.
"Nath', laisse tomber le camouflage, on a réussi notre entrée en scène."
Alors, les gardes nous virent. Nero sortait tout juste de la transe qui lui avait permis de faire sauter la grenade du garde qui attendait devant la porte. Nathan, lui, venait de nous faire apparaître aux yeux du monde entier, et ce, chose amusante, au moment ou le monde se montrait à nouveau à nos yeux.
"Tenez, j'ai récupéré ça dans le labo. On dirait qu'il n'y avait pas que nous qui étions les sujets d'expérience, fit Alex en lâchant un sac de balls par terre.
-Eh, mais c'est...
-Toutes nos balls, termina Megan. Je savais qu'ils faisaient des choses sur eux aussi...
-Je crois qu'on va en avoir besoin, petit, fit Nero. Quand je pense que sans toi, elles auraient pu disparaître dans l'explosion."
En parlant d'explosion, derrière nous, le circuit de l'ascenseur grilla. Tout le monde eut une dernière pensée pour les jumeaux héroïques. C'était joué pour eux. Et nous aussi, on devrait se débrouiller sans eux maintenant.
"Pokéball, go !!!"
Devant moi, dans un seul mouvement, apparurent un Nidorino, un Yanma, un Kapoera, un Teraclope, un Triopikeur et un Seleroc, je reconnus aussi le Roucarnage à la crète flamboyante de Sorbier. Instinctivement, je cherchais mes balls à ma poitrine, avant de me rappeler qu'elles étaient sans doute loin d'ici, à l'abri... Pas comme moi.

"Ca va être chaud de couvrir tout le périmètre, fit Xavier. Mais c'est faisable.
-Lanceurs physiques en première ligne, lanceurs spéciaux en seconde, fis-je en retrouvant mes réflexes de maître pokémon. Yanma, Teraclope, Seleroc, revenez vers nous et Protection puissance max pour ceux qui connaissent l'attaque.
-Depuis quand tu donnes des ordres à nos pokémons, s'indigna Nero, je suis grand tu sais ???"
Une première salve de balles fusa. Les pokémons n'aimaient pas du tout ces projectiles... Encore moins que les humains. Heureusement, mon initiative rendit ceux-ci aussi rapides qu'une balle de ping-pong en plein vent arrière lorsqu'ils touchèrent le corps des pokémons.
"Tu es grand, mais tu es lent, lança Megan. Triopikeur, sers-toi de ta CapSpé..."
Sur le terrain, rien ne sembla changer... tout du moins sembla. L'assaut avait été donné et les pokémons sortaient maintenant des balls adverses.
-Préparez vos pokémons, je vais pas faire de tri, avertit l'élu Sol."
Rapidement, les pokémons qui le pouvaient s'envolèrent, tandis que ceux restant lancèrent une attaque Détection. Je reconnaissais là le combo que j'avais créé avec Antoine. On éloignait tous les pokémons du sol ou on les rendait intouchables et derrière...
"Trio, Séisme !!!"

Le pokémon, depuis longtemps enfermé dans une ball se fit plaisir à mettre toute sa volonté dans cette attaque. Je compris alors quelle était sa Capacité: Piège. Tous les pokémons sur le terrain ne rentreraient dans leurs balls que morts... Alors que l'ennemi ne réussissait pas à rappeler ses pokémons sensibles à l'attaque, je notais dans ma tête la puissance de ce duo destructeur, me promettant de le ressortir à loisir.
Pendant ce temps, dans les airs, Sorbier et son protégé Alex se battaient comme des forcenés pour prendre le contrôle du ciel, là où se trouvaient les seuls pokémons encore en vie.
"Je veux pas te commander Lilian, mais on a besoin d'un sérieux coup de main, là-haut."
Avant que je n'ai rien pu dire, les deux élus télépathes se lancèrent un regard avant d'ordonner en silence à Teraclope et à Seleroc de lâcher la puissance des glaces dans le ciel. Les deux Laser Glace tourbillonèrent l'un autour de l'autre avant de frapper au hasard les cibles qu'étaient pour eux les pokémons volants adverses.
"Lilian, problème en bas, lança Xavier... Tour rapide, vieux !!!"
Le Kapoera dévia la salve de balles qui venait de nous arriver dessus. En faisant attaquer les pokémons de défense, on diminuait fortement la protection de nos pokémons d'attaque. Une règle basique que le maître de Sinnoh avait encore oublié.
"On tiendra pas longtemps à ce rythme, fit Agathe. Ils lancent une offensive aérienne, ca va occuper les pokémons de seconde ligne, et Triopikeur ne peut rien faire contre eux."
En effet, en face, les ailes se succédaient à la sortie des balls. Dernier répit avant la salve de balles mortelle...
"Et c'est là qu'on rentre en scène, lança Dante derrière moi... Encore une fois, je compris avec un temps de retard...
-Dante ??? lançais d'une seule voix avec Nero..."

Au dessus de l'auvent protégeant l'entrée du soleil, une série d'ombres rapides sauta avec la grâce des anges... Aurore, Iris, Kim et ses flammes incadescentes, Silver et sa lame rougeoyante, Antoine et son lance-roquettes...
Antoine et son lance-roquettes ???
"Tu t'es enfin décidé à le sortir de sa réserve, celui-là, lança Nero.
-Il allait rouiller si on ne s'en servait pas vite, lui répondit Dante... C'est fou ce qu'on peut trouver sur un champ de bataille abandonné."
Devant nous, Antoine jubilait. Et il y'avait de quoi. Même derrière lui, nous pûmes entendre sa voix claire, insistant sur chaque syllabe...
"Et c'est pour qui les dragées des mariés ???"
Le silence s'abattit un court instant sur le champ de bataille. Juste le temps d'entendre le "clic" d'une gâchette sur laquelle on appuie. Trois roquettes sortirent des tubes d'acier avant d'aller s'écraser à divers endroits autour du tireur, couvrant le repli des autres vers nous. Ils étaient tous là... Tous, sauf Eva.
"Devine qui c'est ??? fit une voix derrière moi" qui s'était vraisemblablement téléportée avec Dante.
Tous... Ils étaient vraiment tous là.
Mon premier réflexe fut de me retourner, le sien fut d'en profiter pour m'offrir un baiser. Je voulais qu'il dure une éternité, au moins autant que durerait mon amour pour elle... Mais il en fut autrement.
"Sans vouloir vous commander, ca vous dirait de vous intéresser un peu à moi ???"

Antoine revenait vers nous alors que les pokémons déjà dehors couvraient sa fuite, agissant à l'instinct dans ce chaos inqualifiable. Très vite, les dresseurs se remirent au combat alors que je sautais au coup de mon meilleur ami.
"J'ai failli attendre, sale imbécile, fis-je les larmes aux yeux.
-Désolé monsieur, mais comme prévu, si on met plus de trente minutes pour livrer votre pizza, on vous offre la sauce piquante, fit-il en montrant l'arme à son bras.
-Ca pour être piquante, elle l'a été, mon salaud.
-Et c'est pas tout, comme tu es un fidèle client, tu as droit à... la surprise, rajouta t'il en mettant devant mes yeux une ceinture de dresseur sur laquelle étaient accrochées des balls que je connaissais bien.
-A défaut de pouvoirs, on se contentera de technique alors."
La ceinture partit d'un côté de ma taille, et l'inertie aidant, la boucle claqua de l'autre côté. Un bon coup pour la fixer, et je me sentais un homme neuf. Revenant vers Eva, je lui annonçai:
"Maintenant, chérie, tu vas voir comment les hommes de Sinnoh se battent."
Comme si tout le monde n'attendait que ça pour se battre, une ligne d'élus se forma spontanément alors qu'on rappelait les pokémons du champ de bataille. Il ne restait que nous: Antoine et son arme, Silver et son épée enflammée, et moi et mes balls, unis comme un seul.
"Jusque au bout, les gars.
-Dis-donc, ca fait pas longtemps qu'on l'a dépassé le bout dans cette histoire ???"

Une ball vola en l'air, une roquette se dirigea vers la terre, une lame offrit le feu sacré... Avec Simiabraz en plus de ces deux armes explosives, l'ambiance promettait d'être chaude...
"Antoine, flanc droit, Silver, flanc gauche. Avec Simi, on s'occupe de tout ce qui se passe devant."
Avant même que je n'ai eu à lui en donner l'ordre, Simiabraz lanca une attaque Boutefeu, puissante, tellement qu'elle en blessait aussi celui qui la lançait. Mais face à tous ces soldats, la vague de feu fit bien plus de dégâts qu'elle n'en causa au singe enflammé.
D'un côté, Antoine jonglait avec le triple canon de son lance-Roquettes, rechargeant celui-ci en quelques secondes, comme s'il avait fait ça toute sa vie. Les munitions étaient très limitées, mais qu'est ce qu'elles étaient puissantes !!!
Silver faisait plus voltiger son épée que vraiment la tenir. Le fer rougeoyant fendait des corps plus qu'il ne les attaquait. Les balles ne semblaient pas avoir prise sur lui, ricochant toutes comme par miracle sur la lame. Peut-être son habileté avec le métal était aussi en cause dans la déviation des projectiles.
Le danger vint finalement d'en haut. Sans que je ne m'en rende compte, une lame vengeresse siffla à mes oreilles... Un Insécateur, dont la mort fut aussi brutale que celle qu'il me destinait. Un lance-flammes sorti de nulle part le carbonisa. Derrière moi, je vis un Chartor que je ne connaissais pas, et sa dresseuse que je connaissais on ne peut mieux.
"Vois ça comme la touche féminine" fit Eva alors que l'Insécateur partait, propulsé par le choc, dans l'eau. Eau, Terre, Feu, Air, la boucle était bouclée.

Finalement, ce fut le manque de munitions d'Antoine qui sonna la retraite. Se protégeant derrière nous, il recula alors que nous couvrions ses arrières. Désormais, seul Simiabraz était au front... Pas pour longtemps...
Dans le ciel au soleil à son Zénith, une ombre ronde sembla faire éclipse à la grandeur de l'astre céleste. La ball toucha le sol, laissant apparaître le seul pokémon de la création qui avait été assez fort pour tirer les continents les uns vers les autres, selon les légendes. Les soldats encore en vie restèrent estomaqués devant la taille de la bête. Sur son front, des gemmes provenant des entrailles de la Terre lui servaient d'yeux. Il était imposant, il était beau, il était le roi des golems, tout simplement.
Etrangement, dans cette ambiance apocalyptique, ce sont les silences dont je me souviens encore aujourd'hui. Celui-ci en fut un bon exemple. Un Demolosse osa briser cet instant de recueillement. Regigigas le lourd lui fit regretter amèrement cette insolence, le gratifiant d'un ultimapoing qui ne lui laissa d'autre choix que de rejoindre feu Insécateur dans l'au-delà.
"Regi, Simi, je crois que vous devinez ??? Une petite phrase d'esprit Antoine ???
-Beau temps sur la majeure partie de Sinnoh, il va faire très très chaud au Sud d'Atalanopolis...
-Combo Super Nova !!!"
Les joyaux qui ornaient le corps de Regigigas, devant comme derrière, s'illuminèrent d'une puissance inconcevable. Comme il y'a longtemps, une éternité semblait-il, l'air sembla s'embraser. Le singe de feu lui, sauta sur la tête du colosse et fit en l'air une roue que sa tête rendit enflammée avant de lancer, à l'apogée de son saut, au plus près du soleil rougeoyant, une attaque Deflagration qui embrasa l'air d'un seul coup...
Quand l'attaque se termina, un vent frais soufflait sur le terrain... Un vent de victoire.

[A SUIVRE]

imhotep43
imhotep43
Niveau 10
18 avril 2008 à 22:20:36

[Chapitre 60] Demi-victoire:

Le vent soufflait désormais en rafales sur le petit récif. La grande chaleur que Regigigas et Simiabraz avaient créé s'était déjà dissipée... Les quelques corps qui n'avaient pas été soufflés par l'air incandescent gisaient là, dans un râle de souffrance pour certains, inertes et déjà méconnaissables pour d'autres.
"Une victoire écrasante, commenta Aurore.
-Et qui aurait été impossible si vous n'aviez pas été là, rajoutais-je.
-Oh, impossible, c'est vite dit, fit Nero, j'avais encore de la puissance à revendre.
-Au fait, comment nous avez vous retrouvé ??? demanda Megan.
-Nero et moi sommes liés par le sang, expliqua Dante, mais nous sommes bien plus que ça, nous sommes tous deux Elus, et quand vous l'avez libéré de la prison mentale qu'il avait créé, je l'ai répéré presque instantanément. On n'a eu qu'à attendre son signal et à dos de pokéons volants, on s'est très vite retrouvés ici. Le combat avait déjà commencé, du coup, en passant par dessus l'auvent, personne ne nous a remarqué avant le moment critique."
Tout le monde se congratulait déjà derrière nous, les uns faisant connaissance avec les autres. Pour ma part, je présentais Aurore, Antoine, Silver, Iris, Kim et Eva à mes compagnons d'infortune, ainsi qu'au professeur, qui n'avait pas eu le temps de rencontrer les derniers membres de notre groupe avant de se faire arrêter.
Plante, Feu, Sol, Normal, Acier, Combat, Dragon, Insecte, Poison, Psy, Spectre, sans oublier Ed et son type Ténèbres, les Elus venaient de prendre un sacré envol en ce jour qui resterait dans les mémoires de tous. C'était sans compter les volontés de chacun.

Agathe, Xavier, Nathan et le jeune Alex vinrent me voir alors que l'ambiance était à la liesse.
"Ca va ??? demandais-je distraitement, trop occupé à contempler ce monde qui m'avait tant manqué, ainsi que certaines de ses habitantes...
-Oui, on passe juste te dire au revoir, et puis surtour te remercier...
-Pas de problèmes, expliquais-je, mais pourquoi partir ???
-Nero a réussi à nous trouver des places dans le camp dont Dante est responsable. Ca nous permettra de ne pas être séparés, expliqua Agathe.
-Oui, mais on peut aussi vous trouver mieux. J'ai vu l'état de ce camp, et avec tout le respect que j'ai pour Dante, c'est pas la joie.
-Tu sais, on sort de la Bulle, il nous faut pas un trois étoiles non plus, se prit à plaisanter Xavier."
Je n'osais leur dire que si je les avais cherché, si je les avais aidé, c'était pour qu'à leur tour, ils m'aident. Au lieu de ça, je ne pus que leur faire comprendre ma tristesse à l'idée de leur départ...
"On se reverra, j'en suis sûr, fit Nathan, peut-être dans des jours meilleurs, c'est écrit dans ton Aura... Bon, on va dire au revoir au prof ???"
Me laissant seul avec mes regrets, ils partirent voir Sorbier, qui, surpris, haussa la tête vers moi, d'un air de demander "ils ne restent pas ???" ce à quoi je répondais par la négative d'un hochement de tête. Je ne savais pas comment leur demander, sans passer pour un esclavagiste, de nous suivre dans cette entreprise, il est vrai, folle, mais qui oeuvrait pour le bien de tous. Ils avaient une dette, peut-être, mais ils n'étaient en rien obligés de la payer ainsi.

La seconde qui vint me trouver fut Megan. Les jumeaux psychiques ne se déplacèrent pas, nous gratifiant juste d'un salut de la main, car leurs hôtes les attendaient.
"Ecoute, je sais que je te dois une fière chandelle pour tout ce qui s'est passé, fit Megan, arrivant à me coincer seul, alors que les autres faisaient un dernier salut à ceux qui partaient. Mais j'ai pris l'habitude de bosser en solo, depuis certains évènements.
-Tu as un endroit où aller ???
-J'avais, avant de finir dans ces cellules sous-marines... J'étais même une des mieux loties dans tout ce bazar. Mais bien des choses ont changé.
-On peut te trouver quelque chose, tu sais. La Nouvelle..."
Je m'arrêtais, au moment où j'allais révéler cette information sensible qui rendrait vulnérable les deux camps, celui d'Ed et le mien...
"La Nouvelle Armée ??? finit-elle. C'était vous alors, le grain de poussière dans les rouages des plans de Sento !!! Ne t'inquiète pas, je saurais garder le secret.
-Comment arrives-tu à si bien connaître notre ennemi commun ???
-Ca fait partie des nombreuses zones d'ombre de mon histoire, fit-elle en souriant... Un autre jour peut-être..."

C'est ça, un autre jour. Ne me laissant pas rajouter quoi que ce soit, elle sortit son Triopikeur de sa ball, et lui ordonna de lancer Tunnel.
"En espérant qu'il se rappelle du dernier centre Pokémon qu'il a visité... Pas comme moi !!! souria t'elle."
Le pokémon commença à creuser, alors qu'elle s'entourait d'une aura lumineuse reliée au pokémon. Devant mon visage un peu contrit, elle ajouta:
"Tu sauras tout, et plus vite que tu ne le crois,... je te le promets..."
Et elle disparut à la suite du pokémon, dans la galerie souterraine.
"On dirait bien qu'on est à nouveau seuls, fit Silver derrière moi.
-Tu étais là ???
-Oh, je n'ai rien entendu, si c'est ça que tu veux dire. Y'a longtemps que je n'écoute plus aux portes. Depuis que j'ai ouvert celle derrière laquelle j'ai vu Iris pour la première fois, d'ailleurs. Comment ca s'est passé ??? demanda t'il. Là-dessous, je veux dire..."
Rapidement, je lui racontais les grandes lignes de notre périple, avec un soupçon d'émotion lorsque j'en arrivais au passage où Igor et Tito offraient ce qui restait de leur si courte vie pour nous. J'avais cette impression bizarre de sortir d'un cauchemar, pour plonger dans un autre, plus noir encore.
"Pourtant ils n'annonçaient pas que Darkrai se trouvait dans les environs, fit l'élu d'acier avec un sourire. En même temps, vu ce qui reste de réseaux de communication ici... Allez, viens, c'est fini pour le moment... On rentre au bercail."

J'étais un peu mélancolique. Un peu, comme le garçon qui, lorsque les vacances sont terminées, dit au revoir aux amis qu'il s'est fait durant son séjour. Mais lorsque le petit garçon vit ses amis de classe, ceux avec qui il partageait tout, le reste de l'année, la mélancolie s'effaça un peu.
"Je suis content de vous revoir, tous en bonne santé.
-Attends, on s'est occupés... fit Antoine, on n'est pas non plus dépourvus sans toi...
-Pourquoi t'es revenu me chercher alors ???
-Parce que l'action me manquait, et parce que tu es doué pour te mettre dans des situations impossibles...
-Et puis parce que toi, tu nous manquais, tout simplement, fit Eva, cherchant ma main avec la sienne, et laissant aller sa bouche sur la mienne."
Antoine eut un regard que je ne lui connaissais pas. Jalousie ??? Pas son genre. Colère ??? Non, pas cette mimique là... En réalité, on pouvait lire du reproche dans ses yeux. Mais envers qui ??? Il préféra changer très vite de sujet et serra le poing, dans une rancoeur que je n'avais jamais vu.
"Tu nous téléportes ??? demanda t'il.
-Désolé, fis-je, mais ils nous ont drogué pour nous empéché d'utiliser nos pouvoirs. Une version améliorée du Crépuscule. Ca fera effet jusqu'à demain."
Il se retourna vers la mer, presque dégoûté, alors qu'Aurore lui jetait un regard noir. Une dispute conjugale ???

"Bon, le vent souffle plein pot vers l'ancienne tour de combats... Le plus sûr serait d'aller vers Atalanopolis, c'est à dire dans l'autre sens, les pokémons volants sont donc à proscrire pour le moment. J'ai vu des bateaux à moteur alignés au bas du récif, je pense qu'il y'en a bien un sur ce champ de bataille qui ne nous en voudra pas trop si on le lui emprunte pour une durée indéterminée. On descend tout de suite ??? On devrait arriver en vue de la ville à la tombée de la nuit. Là, on sera abrités du vent par le cratère, et on pourra monter à l'aide des pokémons volants.
-Ca me va...
-Attends, me murmura Eva. J'ai quelque chose à te montrer..."
Devant mon regard interrogateur, elle rajouta:
"Allez, viens, c'est une surprise...
-Bon, d'accord, je vous rejoins en bas, vous m'appelez quand vous êtes prèts" expliquais-je aux autres, Antoine en tête.
Encore un peu énervé après Dieu sait quoi, il grommela avant de s'en aller avec les autres vers l'escalier taillé dans la roche qui permettait de descendre.
Eva, elle, me fit prendre le chemin inverse, revenant vers la cage d'ascenseur, avant de contourner l'auvent et de me montrer un petit escalier.
"Je l'ai vu en arrivant. Viens, on monte, la vue est superbe là-haut..."
Enfin un moment de simplicité, d'intimité, le tout premier entre elle et moi, qui ne faisions que nous courir l'un après l'autre.

Une fois en haut, le vent frappait encore plus fort nos visages, mais nous nous tenions fermement, et si la chute était facile sur l'acier lisse, à force de persévérance et d'entraide, nous arrivâmes très vite à une distance très proche, mais néanmoins raisonnable du bord de l'auvent.
"De toute façon, le vent est dans le bon sens, cria-t'elle pour couvrir le bruit de ce dernier."
Ses cheveux volaient, libres de toute attache, sur son visage soyeux et délicat. Aujourd'hui encore, c'est ce souvenir que je garde d'elle, belle et simple à la fois, sans artifice aucun. Elle souria: ses dents blanches étaient tout sauf des dents. Des récifs d'un corail rare et précieux, les touches blanches d'un piano jouant une ode à l'amour à la rigueur, mais le terme "dents" semblait presque trop vulgaire pour ça.
"Tu auras tout le temps de me regarder plus tard, fit-elle. Regarde plutôt la vue..."
Le vent me forçait à plisser les yeux, mais il était vrai que la vue était surprenante. Devant, on distinguait les formes du cratère d'Atalanopolis. Eternara à notre droite, et l'ombre floue de la tour Céleste à l'Ouest.
Doucement, elle posa sa tête sur mon épaule, dans un mouvement si délicat. Elle était légère comme une plume.
"J'aurai le temps de te regarder plus tard, ca veut dire ce que je crois ??? Ca veut dire qu'on est faits pour vivre l'un avec l'autre ???"
Le silence envahit les lieux. Moment exquis d'attente avant une réponse qui pouvait tout gâcher, mais qui ne le ferait pas. Elle savait se faire désirer. Néanmoins, au bout de plusieurs secondes, je crus bon de lui répéter cette demande, me rapprochant de sa tête et calant la sienne dans le creux de mon cou.
"Ca veut dire qu'on est faits pour..."
Son corps chuta sur l'auvent. Lourdement, il fit résonner l'acier dans un mouvement si dur qu'il en était insupportable.
"Iris, ca va ???"
Je m'arrêtais, elle était allongée sur le côté, et dans son dos, une lame... Une lame improvisée. La même lame que j'avais arraché dans un coin du camion... La lame qu'il m'avait volé. Celle qu'il avait toujours quand nous sommes partis, quand je le croyais mort...

Immédiatement, je me retournais. Sur l'auvent métallique, une forme flottait dans le vent.
"Al ??? Al, c'est toi, espèce de sale...
-Et oui, c'est moi, lança la forme humaine. Tu ne t'attendais pas à ça ??? Contrairement à toi, je n'ai pas besoin d'ascenseur pour sortir, un petit coup de téléport suffisait. Cet auvent était une planque parfaite pour vous tomber dessus. Mais quand je t'ai vu, toi, et ta donzelle, avec le vent qui couvrait mes pas, j'ai trouvé l'occasion trop belle.
-Je te croyais mort, fis-je alors que des larmes chaudes me montaient aux yeux.
-Le poison c'est bien, mais quand on connaît les antidotes qu'il faut, c'est mieux. C'est ta petite protégée qui a fait les frais de l'incompétence de tes amis. Ne t'inquiète pas, j'en connais des pas chères si tu veux...
Quelque chose se brisa en moi. Qu'il la tue, c'était déjà innomable, qu'il souille sa mémoire...
"Tu aurais du me tuer quand tu en avais l'occasion..."
Là, les larmes laissèrent place à la haine. Mauvaise conseillère, certes, mais plus rien n'importait.
"Ca peut encore s'arranger, fis-je d'une voix claire. On n'est plus à un mort près maintenant...
-Je comptais bien là dessus, répondit-il."
Il se lança sur moi, prenant un élan monstrueux et sautant comme si le vent n'avait pas de prise sur lui. Pour ma part, je retournais vers Eva, son corps maintenant sanguinolent méritait plus mon attention que ce traître, cet assassin. Un brin étonné, il n'en restait pas moins un meurtrier. Dans son saut, il se trouva juste au dessus de moi lorsqu'il comprit. Lorsqu'il vit que le colosse était toujours en dessous, sur le champ de bataille.
"Regi, murmurais-je. Surpuissance..."

Elle était belle. Elle était resplendissante au soleil de midi. Mais un nuage vint gâcher ce tableau si paisible et calme. La mort n'avait pas de prise sur sa beauté, pas plus que le vent en avait eu sur mon ordre lancé d'une voix désincarnée. Au dessus de nous, une brusque chaleur se fit sentir, et carbonisa Al sur place. Je ne voulais même pas le regarder, pas lui faire cet honneur de le contempler, lui, ce rat, ce sous-homme. Il mourrait comme il avait vécu: misérable et dans l'indifférence générale.
Je préférais offrir un dernier baiser à celle que j'aimais, sans entendre les cris d'un Antoine effrayé qui dépassait Regigigas et Simiabraz pour contourner l'auvent à son tour.
Elle remua une dernière fois, me laissant encore une illusion de plus:
"Tu es vivante ??? Tu vas t'en sortir... Je vais appeler Aurore et...
-Lilian... On a eu si peu de temps... Mais j'en ai profité au maximum...
-Moi aussi Eva, moi aussi, on en vivra plein d'autres..."
Mais déjà, son dernier souffle lui avait échappé. En vain, je la pleurais, murmurant son nom, l'embrassant à nouveau, espérant que celà fasse quelque chose... Deux doigts prirent son poignet libre, et la voix d'Antoine murmura:
"C'est fini, Lilian. Elle est morte."
Alors, une dernière plainte se leva au dessus des mers, dernier reflet d'un cristal brisé injustement. Antoine me proposa de la ramener avec nous sur le bateau. Je lui répondit que non, qu'elle était magnifique ici. Qu'elle aurait aimé rester ici encore... Et que je voulais rester avec elle, la contempler toujours...

Antoine soupira: "Ca va pas être possible ça... Allez viens, il faut la laisser si tu veux qu'elle repose ici..."
Il ramassa les balls de mes pokémons, les rappela et me prit par le bras, portant ma peine comme il le pouvait avec ses épaules d'ami. Par terre, le corps carbonisé d'Al bougeait encore. Les mauvaises herbes sont les plus coriaces.
"Qui c'est lui ??? demanda Antoine pour la conversation.
-Quelqu'un qui n'est pas venu tout seul, sussura l'homme agonisant. Ils ne vont pas tarder... Dommage que je ne vous ais pas retenus plus longtemps."
Antoine le laissa de côté, continuant à me porter autant qu'il le pouvait, aidé par le vent dans notre dos.
"Enfin, j'aurais eu le plaisir de la voir mourir avant moi..."
Quelques secondes plus tard, la tête d'Al tombait du haut de l'auvent et allait s'écraser lamentablement sur le champ de bataille. Un coup de pied que j'avais voulu violent et douloureux, à l'image de la tristesse qui m'habitait.
"C'est lui qui l'a tuée ??? demanda Antoine..."
Je hochais la tête, sans même me soucier de ce qu'il en penserait, je rajoutais.
"C'était Al..."
Antoine s'arrêta un moment, et resta interdit... "Al ???" Me regardant, il comprit alors tout ce que j'avais enduré.
"Oui, cet homme était l'agent spécial Albert Carlis, et pour l'avoir assassiné, vous êtes passibles des plus hautes peines. Rendez-vous sur le champ..."
Je relevais la tête. Des visages connus, des visages d'en dessous, téléportés comme Al, nous menaçaient. Antoine était dangereusement près du bord de l'auvent, et le seul escalier était solidement gardé. Regardant par dessus l'auvent, il vit la falaise à pic. Trente mètres de hauteur, plus une dizaine car nous étions bien au dessus du champ de bataille. On était coincés.
"On n'a plus le choix, fis-je, dégoûté de tout, sans oser croiser le regard d'Antoine.
-On a toujours le choix, c'est toi qui m'a appris ça, vieux frère... Tu me fais confiance ???"
Je hochais la tête. Alors que les balles commençaient à fuser, nous étions déjà loin... en dessous... Antoine avait sauté.

siph07
siph07
Niveau 7
19 avril 2008 à 15:05:44

le 21 c'est mon anniversaire et pour ce grand evenement je reclame une suite comme cadeau......
merci d'avance.

imhotep43
imhotep43
Niveau 10
20 avril 2008 à 16:54:35

[Chapitre 61] Avis de tempète:

Ainsi Antoine avait choisi de nous offrir une mort rapide et sans douleur... Ironiquement, je pensais à Igor et à Tito qui avaient du avoir les mêmes sensations peut-être une heure plus tôt...
"Tu as fait le bon choix, vieux frère, fis-je un peu plus convaincu. Mourir avec toi sera déjà une bonne consolation...
-Désolé, mais c'est pas au programme...
-Pourquoi tu as sauté alors ???"
Nous avions atteint le niveau du sommet du récif, déjà l'auvent semblait à des années lumière de nous... Plus qu'une trantaine de mètres...
Pour toute réponse, Antoine ferma les yeux et murmura juste:
"Démarre, bon sang... démarre..."
Je ne comprenais plus rien. S'il voulait qu'on s'en sorte, pourquoi ne pas avoir fait sortir Etouraptor de sa ball. Il nous aurait porté au dessus de la mer agitée... Mais maintenant, s'il le sortait, nous réussirions tout juste à lui briser la nuque en lui tombant dessus à cette vitesse. Et le sol qui se rapprochait à vitesse grand V...
"C'est maintenant que j'ai besoin de toi... continuait Antoine..."
Une foi inexprimée en un Dieu salvateur ??? Une dernière rédemption avant le jugement dernier ??? Plus que dix mètres... Neuf... Huit...
"Content de t'avoir connu vieux..."
Sept... six... cinq...

Alors se produisit l'inexplicable. Le bandage à la main d'Antoine, mal attaché, s'envola dans les airs. Il ft un mouvement brusque pour laisser s'envoler la bande et rattrapa ma main derrière... Une main lisse et soyeuse... Une main qui ne portait plus aucune trace de la soit-disant blessure qu'il avait subi lors de la libération des prisonniers de la Nouvelle Armée...
Une main qui brillait d'une aura familière... A vrai dire, c'était tout son corps qui brillait...
"Oh le... murmurai-je seulement..."
Plus que deux mètres avant le sol... Et Antoine rouvrit les yeux... La lumière qui émanait de lui se concentra dans son dos, et je vis poindre des ailes de lumière alors que sur sa main, se fixait une auréole noir ébène... L'auréole des Elus...
"Maintenant, il est temps" entendis-je...
Alors que le bas du récif était plus près que jamais, les ailes de lumière battirent, et rasant l'eau, me tenant plus fermement que jamais, Antoine vola au dessus des flots...
Je n'avais plus l'envie de vivre cette vie seul, mais l'instinct de survie qui ne s'était jamais éteint en moi salua ce coup de théatre fait avec brio...
Antoine contournait désormais la petit île en direction des canots à moteur. Sur le quai sommaire, Sorbier, Silver et Aurore étaient resté interdits en nous voyant tomber... Et personne n'osa croire ce qui s'était passé. Lorsque l'élu volant, fraîchement découvert, se posa sur les lattes de bois qui formaient ce parking de fortune pour bateaux, il fut accueilli avec des yeux exorbités...

Antoine se souciait peu de ce que penseraient les autres de lui à ce moment là. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il avait caché son talent au monde depuis si longtemps, depuis qu'Arceus le lui avait annoncé en personne au sommet du Mont Couronné, pour pouvoir s'en servir au moment critique... Pour pouvoir épater ses amis, sans doute... Pour pouvoir surprendre son ennemi, certainement... Comme tous ses plans foireux voués à l'échec, celui-ci avait réussi, récompensant son audace à sa juste valeur...
"Comment tu as fait ça ??? fut la première chose que demanda Aurore.
-J'ai appris trente secondes avant que le soit disant élu du vol, Al, était à la solde de Sento... C'était un espion comme un autre qui nous avait floué... Je savais par Arceus que j'étais moi aussi l'un des vôtres. Après, j'ai évité tout contact avec l'un de vous pour que personne ne sache ma nature... J'avais peur de ne pas pouvoir assumer ce rôle... Là, j'ai eu la preuve que je pouvais le faire... Que j'étais bien un élu...
-Mais, il n'y a pas que Al qui soit un Elu potentiel... L'eau, l'électricité, la glace... Tous ceux-là, ca aurait pu être toi... Et tu serais tombé à l'eau... Vous seriez morts...
-Si c'était pour être l'éternel fouteur de souk, occupé à vous regarder faire les marioles avec vos pouvoirs sans que je ne puisse rien faire, autant me tromper et tomber. Ca n'aurait pas dérangé plus que ça certaines personnes, fit-il avec un regard vers moi... Et puis j'ai de la chance, c'est tout..."
Aurore souria... Un sourire de soulagement... Elle sauta au cou d'Antoine. Elle avait peur pour lui, toujours... Mais c'était son côté tête brûlée qu'elle aimait...
"Mais comment avez-vous su qu'Al n'était pas celui qu'il prétendait être ???" Un silence... Et la question critique...
"Et où est Eva ???"

Celà faisait maintenant une éternité que nous voguions sur la mer déchaînée... Le vent fort avait laissé place à des bourrasques. Une demi-heure, peut-être plus... Je n'en savais rien. Je restais là, amorphe, à contempler la mer démontée. Aurore avait fait rejaillir tous ces tourments qui me tuaient de l'intérieur. Al, le traître qui avait mis fin à la si courte vie d'Eva. Toute cette scène me revenait en mémoire avec une précision désarmante. J'étais mort, intérieurement. La flamme de mon âme était éteinte et le froid envahissait le siège de la raison. Plus rien n'en avait, de raison, après tout ça...
Aurore avait paru génée... Honteuse d'avoir dit tout celà même... Il était vrai que déjà, depuis un certain temps, l'absence de quelqu'un n'avait qu'une signification. Il n'était pas là parce qu'il ne pouvait pas y être... Prisonnier comme Ed ou moi, ou mort comme Eva...
Encore une fois, on en revenait toujours au même point. Pas la peine de chercher à se changer les idées en pensant aux autres, à la vie, à la mer, on en revenait toujours à la mort. Aurore avait fait une erreur parmi tant d'autres, mais je savais bien qu'Antoine la convaincrait, à raison, que je ne pouvais pas lui en vouloir pour ça, qu'elle ne savait pas... Et parce que je ne pouvais pas encore éprouver des reproches envers qui que ce soit, trop occupé à songer à ce passé révolu, terminé, oublié,...
Enterré.
La pluie n'avait plus aucun effet sur moi. Tout juste, dans un réflexe, fermais-je les paupières quand une goutte tombait dans mon oeil, mélant l'eau douce à l'eau salée, tant sur l'onde liquide que dans mes yeux...

"On arrive bientôt, fit Sorbier, qui m'avait rejoint à la proue du petit navire. On verra bientôt les falaises d'Atalanopolis... Enfin, si on arrive à voir quelque chose à travers cette purée de pois..."
Je ne voulais même pas lui répondre... Il ne comprendrait pas...
"Tu sais, j'ai vécu ça... Contrairement à ces ragots qui disent que si je suis devenu prof pokémon, c'était pour voir grandir les enfants que je n'avais pas pu avoir, j'ai aimé quelqu'un aussi... Elle n'est pas morte comme Eva... Elle a été emportée par la maladie..."
Je ne répondais pas... Mais j'avais quand même trouvé un plaisir, peut-être malsain, à partager la mort avec quelqu'un d'autre qui l'avait rencontré.
"On se pose tellement de questions, pas tellement sur la mort en elle-même, pas même sur les raisons de la mort... On se demande juste "pourquoi elle et pas une autre ???" et on ne fait que se rappeler les souvenirs des temps passés avec un douloureux pincement au coeur, et après on oublie... On fait son deuil. Ca prend du temps pour certains, mais pour d'autres, ca se fait vite. On sait qu'on a gagné quand on peut enfin se rappeler de cette vie passée avec une pointe de nostalgie, mais sans douleur..."
Il était fort, Sorbier. De tout le voyage, je ne réussis à prononcer qu'une phrase... Et ce fut lui qui me délia la langue ???
"Comment fait-on pour oublier ???"

Le professeur soupira longuement. Remonter tant de souvenirs n'était pas bon non plus pour lui. Mais je devais savoir comment... Avoir au moins une idée même si ce n'était pas la bonne.
"Les gens sont tous différents... Je dirais même que toutes les peines, tous les sentiments sont uniques... Je ne saurais te décrire la fierté que j'ai quand je donne son premier pokémon à un jeune dresseur de la région, mais je pourrais t'assurer que ca me fait un effet... Pour la tristesse, c'est la même chose. On la voit comme ça, et la personne en face la voit autrement. C'est pour ça que certains ne s'en sortent pas, qu'ils perdent la raison, parce qu'ils ne font jamais leur deuil et que leur esprit n'est pas fait pour tant de peines. J'ai décidé ce jour-là que tout était meilleur à prendre que mon état de tristesse, de fatigue, de dégoût, même la folie. Alors quitte à être fou, autant le faire rapidement... Autant affronter la mort en face..."
La logique semblait stupide pour quelqu'un qui n'avait pas connu tout ça... Mais moi, je savais que quoi que je pense, j'en revenais toujours à la grande faucheuse... Peut-être qu'il fallait justement aller la voir, traverser le champ des pleurs une dernière fois, y souffrir sa passion, et lui demander de nous laisser tranquilles. Pas de lui ordonner, mais de lui demander comme à un vieil ami qui veille toujours sur vous...
Sorbier se retira, rejoignant Silver à la barre et me laissant seul avec moi-même.
"Tu vois ??? Tu commences à comprendre, me fit une petite voix, si fragile que j'eus du mal à reconnaître mon âme..."
Affronter la mort...
"On verra bientôt les falaises d'Atalanopolis... Enfin, si on arrive à voir quelque chose à travers cette purée de pois."
Au travers de la brume, un lourd bloc de pierre se fit apercevoir. Le volcan éteint d'Atalanopolis... Mais on allait bien trop vite pour l'éviter...
"Silver, ralentis !!! hurla Antoine..."
Affronter la mort... Ca se ferait plus vite que prévu...

Je tombe... Je revois la chute du haut de l'auvent... Et Antoine qui nous sauve au dernier moment... La mort me veut décidément... Mais cette fois-ci, je tombe plus doucement... L'eau est froide... profonde... Je coule...
Dans un instant de délire, je me dis qu'Antoine n'a fait que retarder l'inévitable, que le Poséidon qui garde ses mers me veut en sacrifice. Que les centaines de personnes et de pokémons carbonisés n'ont fait qu'attiser sa faim. Qu'Eva était un très bon plat de résistance... Et que moi, j'étais la cerise sur le gâteau... Quitte à mourir, autant accepter son sort. Autant renoncer... L'instinct de survie s'est sauvé dans la violence du choc avec la montagne de feu, éteinte depuis des siècles, tout comme mon désir de vivre.
Sous les flots, mes membres engourdis refusent de bouger alors à quoi bon... L'oxygène ne va pas tarder à me manquer... Ca y'est, je délire. La grande lumière qui vient m'envelopper de sa douce chaleur est là. J'ai rencontré la Mort et elle m'accepte en son sein... Moi aussi, je l'accepte. Je vais retrouver Eva. Mes yeux se ferment et mon coeur aussi. C'est fini.
"Je commence à en avoir un peu marre de devoir te sortir de situations toutes plus désolantes les unes que les autres."
Je me retournai dans la salle vide... Encore une fois, ce n'était pas la mort...

Encore une fois, c'était Arceus. J'en venais même à me demander si les deux entités n'étaient pas liées.
"Ce que je fais des êtres vivants ne t'intéresse pas, fit-il songeur.
-De toute façon, c'est fichu pour moi, répondis-je, déçu.
-Que crois tu ??? Que j'allais te laisser te tuer alors que c'est moi-même qui t'ai rendu si puissant ??? Tu te rends compte du potentiel que tu gâches par ta mort ???
-Tu n'avais qu'à pas me choisir !!! J'ai 17 ans, je suis même pas un adulte selon les lois de ce pays. Tout ce que je voulais, c'était être un dresseur respecté, mais un dresseur comme les autres, pas un surhomme qu'on érige en idole... Je croyais que sauver le monde de la folie d'Hélio était suffisant il y'a cinq ans... Et voilà que cet été, au lieu de profiter de mes plus belles années, Sorbier vient me voir parce que tout recommence...
-Parce qu'en fait, rien ne s'est jamais fini, corrigea Arceus. Tu t'es trouvé là par hasard et Palkia t'a choisi, avant même ta naissance...
-Justement, j'aimerais bien parfois que tout celà ne soit jamais arrivé. Regarde Antoine, Aurore, le professeur, Ed, tous ceux qui ont joué un rôle dans cet histoire se sont automatiquement vus porter un flambeau supplémentaire, sans jamais avoir rien demandé. A défaut de changer de vie, tout ce que je veux, c'est finir celle-là...
-Sans vouloir te commander, c'est impossible.
-Et pourquoi donc ??? Tu n'as qu'à me renvoyer de là d'où je viens et me laisser en paix !!!"
L'écho de ma voix se répéta au loin. Arceus ne disait plus rien... Et puis il conclut de sa voix désespérément calme.
"Je vais le faire, et tu le sais, mais après, tu seras face à toi même. Tu ne mourras pas, pas comme ça...
-Je suis assez grand pour savoir comment faire ce que j'ai le droit de faire...
-Tu n'as donc pas compris... tu as renoncé à ce droit il y'a bien longtemps..."

Il fait froid... Mes paupières sont closes... Au prix d'un effort immense, je les rouvre... Le sel de la mer me pique... Je n'ai pas le droit de mourir alors ??? Tout ça parce qu'un Dieu a décidé de ça sans m'en parler... Et bien je vais te contrarier, très cher Arceus... Je vais mourir... Parce que je ne veux pas être le jouet du destin et parce que j'ai marre des tours qu'il me joue.
Je jette un dernier regard en haut... Et je repense à mes amis... Eux, ils vont me manquer... leur immortalité en sera d'autant plus longue pour moi. Et je comprends... Ce n'est pas Arceus que je n'ai pas le droit d'abandonner. Ce sont ces personnes... Et eux, ce n'est pas le destin qui nous a fait nous rencontrer, ce sont mes choix... Mourir c'est renier cette vie que j'ai mené. Oui, je le peux, mais je ne serai qu'une âme errante de plus à regretter celà toute sa mort... Sous les flots, au point de non-retour, je comprends...
Attendez-moi, je reviens !!!
Mes bras sont lourds, mais pas morts. Les faire bouger, coordonner leurs mouvements dans une nage fluide, pour pouvoir remonter là-haut, enlever la prise que le froid a sur eux... Peut-être que mon corps peut le faire, finalement... Ca ne fait que peu de temps que je tombe. Mes mouvements sont amples, je sais que je remonte... Mais je ne vois pas le bout... Alors mes poumons crient... Le feu qui les dévore demande un peu d'air pour souffler ces flammes. Le froid m'enserre à nouveau. Mes mouvements se désordonnent, et la brasse maladroite se transforme en nage du désespéré. Je monte toujours, mais de moins en moins bien... Et cette surface qui n'arrive toujours pas... Dans un mouvement ample du bras pour toucher un firmament que je n'atteindrai jamais, je comprends qu'il est trop tard. J'ai échoué... Je demande pardon, sans vraiment savoir à qui... Je meurs...

Et alors que tout semble perdu, une main enserre la mienne. Mon corps est violemment tiré hors de l'eau. Je les revois tous. Kim, Silver, Iris, Aurore, le professeur... Et Antoine qui me tient par la main... Ses ailes m'ont encore une fois sauvé, ont encore une fois reculé l'inéluctable...
"Il est gelé, on monte vite à Atalanopolis, on file au centre pokémon !!!"
La couverture était chaude, le café était bouillant. Une sensation agréable s'emparait de mes mains froides et sèches, mais portant encore les villosités qu'a la peau lorsqu'elle reste longtemps sous l'eau. L'infirmière me laissa, retournant aux soins pokémons. Dans l'accueil, sur le lit transporté ici pour l'occasion, je faisais couler le liquide brûlant dans ma gorge. C'etait bon, très chaud, mais bon. C'était un peu ça qui me tenait en vie. Cette douleur qui me rappellait que je suis encore là. La femme discutait avec mes amis. Elle leur disait sans doute que j'étais rétabli, qu'un peu de repos me ferait le plus grand bien et que, demain, nous repartirions d'ici.
En silence, je finissais la tasse, en repensant à cette étrange expérience... J'avais demandé pardon à mes amis de les avoir laissé tombé... Et quelque soit la personne dans l'oreille de laquelle ces excuses étaient tombées, elle m'avait entendu...
On m'avait pardonné.

imhotep43
imhotep43
Niveau 10
22 avril 2008 à 16:44:44

[Chapitre 62] Résurrection:

//// 97 jours après le début des opérations ////
//// 80 jours après l'arrivée à Hoenn ////

Il était six heures du matin... Je n'arrivais pas à dormir... Fichue horloge interne qui refusait de se remettre à l'heure. Après tous ces évènements, je me rendais compte que c'était la première nuit que j'avais passé en dehors de la Bulle depuis un bout de temps. Sans un bruit, je quittais la couchette sommaire sur laquelle je m'étais endormi pour sortir un peu, visiter Atalanopolis.
Du moins ce qu'il en restait. Lorsque j'ouvris la porte du centre pokémon, je crus que j'allais tomber dans le vide immense.
"Ah, non, ca suffit, deux fois en vingt-quatre heures, ca me va, fis-je en me tenant solidement à la barrière qui ornait la petite allée autour du centre pokémon. Surpris tout d'abord par cette protection bizarre, je me rappelais ensuite qu'Atalanopolis avait été rayée de la carte en tant que telle lors d'une explosion qui avait coûté la vie à de nombreuses personnes et la mémoire à une certaine Flora Seko.
"Alors c'est là que tout a commencé, fis-je pour moi-même..."
En effet, c'était ici que Flora avait perdu la mémoire, et que, par un heureux hasard, elle l'avait retrouvée auprès des Sinniens au coeur du Mont Couronné, pendant que je gambadais après les psychopathes dans Doublonville. C'était ici qu'avait été décidé indirectement le premier contact...
"C'est vrai qu'on peut considérer ça comme le premier acte terroriste de Sento, mais la guerre couvait déjà depuis bien longtemps... me répondit-on."

Je me retournais. L'infirmière responsable du centre se tenait appuyé contre le mur rocheux du cratère. Je me rendais compte que la rembarde était très près de ce mur, et que le centre pokémon était carrément fiché dans la roche.
"Désolé, je ne voulais pas... commença t'elle.
-Non, ne vous excusez pas, je prenais juste l'air...
-Moi aussi, j'ai parfois besoin de faire une pause après une garde. Les nuits sont rarement complètes depuis que tout a sauté."
Contemplant ce qui restait d'Atalanopolis, je ne vis qu'un immense cratère rempli d'eau. Plus une maison, plus rien.
"Ca a du être violent...
-Plus que vous ne le croyez. Les trois quarts de la population ont été tués. Il faut dire qu'ils ne nous ont pas raté... Je revois encore ce Dracolosse charger son ultralaser. J'en ai encore des frissons.
-Mais pourquoi avez-vous rebâti ce centre pokémon ??? Il n'y a plus rien à sauver ici...
-Rien hormi les naufragés de la tempète, vous voulez dire ??? En fait ci, montre leur Al..."
Al, ce nom réveilla de douleureux souvenirs en moi... L'infirmière sembla génée...
"Il y'a un problème ??? demanda t'elle alors que Alfred, un Hoothoot qui semblait jeune, lançait Anti-brume dans le cratère.
-Rien, c'est juste que ce nom... Al, ca m'évoque des souvenirs un peu traumatisants...
-Ah, oui, vos amis m'ont expliqué. Toutes mes condoléances..."

Je sentais bien là la remarque faite plus par politesse que par réelle sympathie. Mais je ne pouvais lui en vouloir. Elle avait vu mourir presque tous les gens du coin alors la mort devenait une routine pour elle.
"Mais quand je vois ça, je me dis que j'ai bien fait de rester..."
En effet, lorsque la brume se fut dissipée, je pus apercevoir des planches, du matériel et des formes floues... Des hommes... Atalanopolis était morte, mais à sa place se dressait désormais des chantiers sur l'eau, des habitations sommaires qui tenaient lieu de futures maisons...
"Ce sont des gens de Pacifiville qui nous ont donné l'idée, expliqua l'infirmière. Ils se sont proposés pour nous apprendre les rudiments de la construction marine. Les habitants d'ici ont très vite fait une grande salle commune pour pouvoir dormir et on essaye de vivre tant qu'on peut avec les réserves que nous parachutent les résistants de Nenucrique, Algatia et aussi Pacifiville d'ailleurs. On a juste voulu garder le centre pokémon dans la roche, et on l'a mis en hauteur pour pouvoir voir arriver les menaces de plus loin..."
Il était à peine six heures passées et c'était déjà un chantier en dessous. Je voyais le chemin qui faisait le tour du cratère pour relier les flots au centre pokémon. Effectivement, en regardant en l'air, j'apercevais les lumières d'Eternara, d'Algatia et de Nenucrique...
"Vous avez changé de place non ???
-Oui, avant, le centre était juste là, fit-elle en montrant du doigt un endroit à l'opposé de là où elle était, et puis..."

Le soleil se leva doucement, et lorsque l'infirmière eut fini de me montrer tout ce qui se passait ici, il arrivait déjà aux premières cimes du cratère et ses rayons n'allaient pas tarder à nous atteindre. Au bas mot, sept heures, sept heures trente. Elle s'appelait Marine, promue infirmière-responsable du centre à la mort de celle qui avait officié avant elle. Elle m'apprit que dans la grande salle commune, ils voulaient faire la nouvelle arène de Marc, en secret, une fois que tout le monde aurait un chez-soi. Un projet inutile: qui se souciait donc de savoir quand les prochains matches de la ligue pourraient reprendre ??? mais pourtant témoin de la volonté de tous ces gens... Tourner la page et vivre en paix, enfin, si Sento ne faisait pas à nouveau d'eux une cible pour leurs démonstrations de puissance.
"On est là pour régler définitivement ce problème... expliquais-je
-Vous êtes avec la Nouvelle Armée ??? Oh pardon, Marc m'a pourtant bien dit de...
-En quelque sorte, on est avec eux. Vous avez eu des nouvelles récentes à leur sujet ???
-Comme tout le monde, aux radios clandestines... Mais rien de nouveau, je le crains... Par contre, du côté de Sento, ca grouille...
-C'est à dire ???
-Depuis des jours déjà, Eternara est allumée en permanence, alors que ce n'était qu'un symbole pour l'ennemi, pas une base arrière puissante. Je ne sais pas ce qu'ils y font, mais une chose est sûre...
-On ne va pas tarder à le savoir, terminais-je. On va pas tarder à tous le savoir."

Elle me laissa là, seul, pour retourner à l'accueil et vérifier l'état de santé des rares pokémons dont elle avait la charge. Pour ma part, je restais curieux, ébahi même devant la force d'esprit, le courage de ces gens.
"La guerre est faite par des gens qui ne se connaissent pas et qui se tuent,
au profit de gens qui eux, se connaissent et ne se font jamais de mal."
Cette petite citation que j'avais appris durant mes jeunes années me revint en mémoire. Si seulement ces gens faisaient l'effort de se comprendre... Alors, comme ici, on arriverait à de grandes choses.
"On peut faire de grandes choses, ici et maintenant... me pris-je à rêver. On pourra tous faire quelque chose quand tout ça sera terminé..."
A ma ceinture une ball s'agita. Palkia... Bien que je ne savais pas ce qu'il voulait, son avis de légendaire était toujours bon à prendre. Le faisant sortir de sa ball, il se placa à mes côtés, en lévitation à quelques centimètres du sol.
"Bonjour, fit-il sobrement... Content de te revoir...
-De même pour moi, tu voulais me parler ???
-Tout celà nous concerne tous, mais je te charge de le transmettre à tes amis. Par contre..."
La passerelle disparut, au profit d'une salle plus sombre, tout juste éclairée par quelques rais de lumière.
"Tout celà ne regarde que nous... Et personne d'autre... Sais-tu où nous sommes, Lilian ???"
Je fis un rapide tour de l'endroit du regard... Les salles sombres avaient une fâcheuse tendance à revenir souvent... Mais cette fois-ci, ce n'était pas la Salle Originelle... L'air était chaud... A vrai dire, c'était une véritable étuve...
"Nous sommes juste en dessous d'Atalanopolis l'ancienne, dans un endroit que les anciens d'ici appellent la grotte Origine. C'est le lieu le plus saint de tout Hoenn."

Alors que mon regard commençait à s'habituer à l'obscurité, je discernais des pierres brillantes incrustées dans les murs, autant de petits yeux qui me regardaient sans me voir.
"Je me doute que si tu m'as amené ici, ce n'est pas pour me parler des croyances de cette région, fis-je.
-Et tu as raison. Te rappelles-tu de ce que Mars t'avait dit ??? De ce que tu pourrais trouver à Hoenn ???
-Le livre des Elus ??? Il existe vraiment ???"
Palkia ne répondit pas... Laissant retomber son corps sur le sol de la grotte, il se contenta de dire:
"Je ne suis pas le mieux placé pour répondre à cette question...
-Mais je crois que je peux t'aider en cette matière" fit une voix aussi puissante que celle de Palkia...
Juste à côté de moi, un énorme rocher lisse ouvrit un oeil qui faisait la moitié de ma taille, me faisant sursauter plus fort que jamais... Ce que je croyais être un relief comme un autre de la grotte était en fait un pokémon... Et pas n'importe lequel. Il s'ébroua, mettant sa carrure en avant, encore plus importante que celle de Palkia. Une lumière rouge irradia de son corps, suivant des lignes géométriques qui en faisaient le tour. Il retomba ensuite en arrière, dans un petit lac souterrain que je n'avais pas remarqué, étant caché sous sa masse impressionnante.
"Lilian, je te présente Kyogre, gardien des mers et des secrets engloutis..."

A présent, je reconnaissais le pokémon. Dôté de pouvoirs immenses, selon les légendes, son réveil fit brusquement tomber la température de l'étuve, me permettant de respirer normalement dans ce sauna immense.
"Nous sommes proches d'une poche de magma, celle-là même qui a donné naissance au volcan d'Atalanopolis, c'est pour celà qu'il fait si chaud ici, et que les diamants sont légion. Cet endroit est mon domaine, volcan jumeau du Mont Chimnée, où je pense que tu devines qui peut bien habiter...
-Groudon ??? tentais-je..." J'avais en effet déjà croisé ce pokémon au cours de mes périgrinations au Mont Couronné, ayant même eu le privilège de discuter avec lui. C'était d'ailleurs lui qui avait le premier donné aux Elus l'auréole qui ornait leur main.
"En effet, et si Palkia t'a mené ici, c'est pour que je puisse finir ce que mon frère de sang a commencé.
-Vous n'êtiez pas des ennemis jurés dans le temps ???
-Sottises, tonna le grand pokémon, c'est le pouvoir des orbes bleu et rouge qui nous a monté l'un contre l'autre. Ce sont des joyaux divins qui avaient été créés au cas où nous deviendrons incontrôlables...
-Ironie du sort, constata Palkia, ce sont encore les hommes qui ont causé cette perte de contrôle en les volant.
-C'est d'ailleurs pour ça que tu es là, Lilian. Je suis le gardien de la mer, mais aussi des secrets de ce monde. Tu sais pourquoi j'imagines ???
-L'homme a parcouru tous les continents, il a même voyagé dans l'espace, rencontrant Deoxis le mystérieux, mais il n'a jamais réussi à toucher le fond des mers les plus profondes... fit Palkia à ma place.
-C'est donc là que les plus grands secrets ont le plus de chances de le rester, finis-je.
-Mais aujourd'hui, tout change, les pokémons ne suffisent plus. Il est temps de donner aux Elus les moyens de faire ce qu'ils doivent faire."

Dans le fond de la salle, le lac souterrain se mit à bouillonner. Kyogre avait le regard lumineux, encore plus rouge que les motifs qui ornaient son corps, tranchant avec le bleu que je lui connaissais sur les dessins des livres anciens.
D'ailleurs, en parlant de livre, l'un d'eux émergea du lac, protégé de l'eau par une bulle. Je reconnaissais la dorure qui ornait le Livre de la Prophétie des deux orbes. Un seul homme pouvait avoir écrit ça...
"Le poête de Celestia... Il avait donc tout prévu depuis le début ???
-En réalité, ce n'est pas lui qui a écrit ce livre là, mais un de ses descendants... Il était l'élu du temps, mais il a plongé les pouvoirs des Elus dans le sommeil, pour que plus jamais, une catastrophe telle que celle sur le Mont Couronné n'ait lieu.
-Et à nouveau, les hommes ont trouvé moyen de mettre à mal celà... fis-je à mon tour. Le chaos aidant, le livre sacré de Celestia a refait surface, et la Team Galaxie a relancé la machine. Quand on voit ce qui se passe maintenant, je me demande si eux aussi n'étaient pas les objets du destin...
-Il se peut en effet que tout le monde ne soit que le jouet d'un "destin" ou d'un enfant-dieu qui ne fait que s'amuser avec nous... Mais quelque chose me fait dire que non... songea le grand pokémon.
-Quoi donc ??? demandais-je.
-Les hommes ont le pouvoir de détruire, et les pokémons celui de construire. Quel dieu pourrait offrir à ses créatures des pouvoirs similaires au sien ??? Quel est l'intêret d'être un Dieu si personne ne nous craint ??? Ne nous vénère ??? Ou tout simplement nous reconnaît comme unique et tout-puissant ???
-Je suis quand même capable de construire moi aussi... constatais-je.
-Tu admettras que tu n'es pas un modèle d'humain normal, fit Kyogre avec une pointe d'ironie. Tous, vous n'avez pas un destin qui vous attend... Vous avez à décider de celui des autres..."

Kyogre se tut à nouveau, remplissant l'air pur et presque frais de la pièce par son silence. Ce dernier avait presque autant de prestance et de signification que les mots prononcés.
"Il est temps d'y aller, Lilian, me fit Palkia... Je sens que tes amis t'attendent.
-Un dernier détail, fit Kyogre. Contrairement au livre de la Prophétie, celui-ci n'a aucun pouvoir. Ce n'est que le livre qui explique aux Elus comment faire leur devoir. Par contre, il y'a un objet... Bien plus puissant que tout le reste... Vous devez le trouver, sinon, c'en est fini de nous, et de cet univers. Même si ca prendra peut-être du temps, une génération ou deux, maximum, il ne restera plus rien à ce moment là...
-Quel est cet objet, Kyogre ??? demandai-je.
-Seuls les Elus le savent... Seul le prophète le savait...
-Mais pourquoi n'a t'il rien transmis à son fils ???
-Pour mettre les pouvoirs des Elus en sommeil, il faut faire le voeu solennel que personne ne les ait une fois notre vie terminée. Sinon, le destin trouvera toujours une âme pour conserver l'équilibre de tous les pouvoirs...
-Et une fois ce voeu fait, les pouvoirs disparaissent ???
-Pas totalement, il reste encore une personne qui maîtrise les pouvoirs qui doit être éliminée par l'Elu...
-Qui est ce ??? Seul l'Elu a ce pouv..."
Je m'arrêtais, comprenant le sens caché de ces paroles...
"Voilà pourquoi le prophète n'a pas transmis ce qu'il savait à son fils.
-Parce que, pour que tout s'arrête, il doit mourir,... lui aussi." concluais-je.

Kyogre acquiesça en silence.
"Tout ce que le livre ne te dit pas, vous seuls pouvez le trouver. Ou peut-être quelques légendaires qui auraient connu des choses que le fils du prophète aurait oublié de noter. Mais va maintenant, le temps presse. Le compte à rebours touche à sa fin..."
En silence, Kyogre se rendormit, dans ce demi-sommeil qui faisait l'apanage des plus grands. Dormant pour se reposer, se réveillant pour faire de grandes choses...
"Je te souhaite de dormir encore longtemps, fis-je, alors que je retournais vers Palkia.
-Je te souhaite d'avoir raison" entendis-je alors que je quittais la grotte.
Dans le silence de la nuit retombée dans la grotte, la voix de Kyogre rajouta cependant:
"Mais j'ai bien peur que tes espoirs soient vains... Alors je te souhaiterai juste bonne chance..."
Dehors, mes amis m'attendaient, inquiets, cherchant ça et là des traces de l'endroit où j'aurais pu fuir. Lorsque je revins dans les airs, accompagné de Palkia et tenant dans mes mains l'ouvrage des Elus, empli d'un sentiment bizarre, ils furent rassurés. Très vite, le cortège s'organisa pour partir au plus vite. Le soleil était déjà haut dans le ciel. Le regardant, je compris alors ce qui me manquait pour rentrer dans cette optique que tout devait finir. Comme moi, le soleil était mort, comme moi, il avait survécu, le lendemain. Ce soir, il ferait mourir à nouveau ce jour, et en ferait renaître un autre demain... On n'oubliait jamais ce qui s'était passé. On apprenait à vivre avec dans cette nouvelle vie...
"On va où maestro ??? demanda Silver.
-On file à New Lavandia, il est temps de finir ce qui a été commencé..."

kikoolol666
kikoolol666
Niveau 6
03 mai 2008 à 20:38:19

Pour ceux qui voudraient revoir les débuts de Lilian, Antoine et toute la clique, pour ceux qui voudraient poster des coms ailleurs que sur le fof de diamant, ou pour tous ceux qui en règle générale voudraient lire ou relire la Legende des deux Orbes, elle vient d'être acceptée sur pokébip. Les cinq premiers chapitres sont d'ores et déjà disponibles:

ici :d) http://www.pokebip.com/in[...]/fanfics&f=4910

Mise à jour, un nouveau chapitre tous les jours, si tout va bien...

Palkia59
Palkia59
Niveau 7
10 mai 2008 à 21:38:03

Vivement la suite :-p

Shangra_Rolisee
Shangra_Rolisee
Niveau 9
12 mai 2008 à 19:05:23

J'ai lu la légende des deux orbes et celle là en trois jours, et je te dis bravo ! Pourquoi ? Parce que tes textes sont tout simplement magnifiques, on découvre Pokémon sous un nouveau jour, beaucoup plus sombre et inquiétant, mais sans être autant déconnecté du jeu lui même, ce qui rend le texte très réaliste.
De plus, tu tiens la durée, un an que tu écris non ? La plupart des auteurs ne tiennent pas un mois ^^

FELICITATIONS !!!

coco415
coco415
Niveau 6
22 mai 2008 à 16:38:14

salut imhotep43 j'ai lu la légende des 2 obres et elle génial j'éspere que le tome 2 serras aussi bien que le premiers

Palkia59
Palkia59
Niveau 7
27 mai 2008 à 21:03:48

C'est pour quand la suite? :ange:

Myckael
Myckael
Niveau 6
18 juin 2008 à 14:58:42

Moi,j'ai tout lu d'une traite et je te dis bravo

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