Je suis heureux de voir que j´ai de nouveaux fans, et extrêmement déçu de voir que je déçois les autres...
Et en fait... non! XD J´en ai eu marre de vous faire poireauter, alors j´ai vite fini un petit épisode pour tenir jusqu´à Noël...
XX : Contact
Atlanta, Géorgie, USA, 4 Août 2003
Le cinéma était une petite salle, où la lumière filtrait un peu trop de la porte principale, et qui sentait autant la moisissure que le pop-corn brûlé. La salle était rarement plus de moitié remplie, même quand le film était un tant soit peu potable, et le public ne se montrait jamais guère enthousiaste. Il était même possible, en tâtant le dessous des sièges (pour la plupart déchiré, voire quelque peu brûlés) d’y sentir, encore la multitude de chewing-gums collés, un sachet de cocaïne qu’un dealer avait caché ou laissé pour un client, qui avait peut-être fini six pieds sous terre avant de venir chercher son dû. Quand à la qualité des films projetés, leur scénario aurait pu tenir en équilibre sur un doigt, sans parler du jeu des acteurs qui, soudain, rendait immédiatement tous les soaps-opera du monde un peu mieux joués.
Heureusement, Hurricane Johnny, ou quel que fut le nom caché derrière son pseudonyme, n’aurait plus à venir rechercher ses sachets sous les sièges ou même à goûter aux burnt-corn ignobles. Le paquet était étendu à ses pieds, et tandis que ses convulsions commençaient à s’arrêter, 47 enleva la seringue de son avant-bras et enleva sa main gantée, laissant sa tête tomber sur le siège voisin, dont le haut du dossier était éventré. Jetant un dernier coup d’œil dans la salle, l’assassin glissa la seringue à l’intérieur de la veste de sa cible, puis repartit le pas calme. On l’insulta lorsqu’il ouvrit la porte et que le soleil de plomb entra dans la salle, mais il n’en eut cure et sortit dans la chaleur estivale en plissant les yeux. La voiture était garée non loin, sur le trottoir, et Hitman s’y engouffra rapidement.
-L’argent est sur la banquette, lui dit James en l’observant dans le rétroviseur, comme si l’assassin n’y avait pas fait attention. Mais la prochaine fois que vous partez en mission de discrétion, évitez d’y aller en costume.
Hitman ouvrit l’enveloppe, prit le maigre contenu qui y traînait et les fourra dans le costume en question.
-Question de goût, dit-il sans plus d’indications.
-Une marque de fabrique ? demanda James.
-Démarre, la voiture peut paraître suspecte garée ici, lui répondit 47 en transperçant son regard du sien dans le rétroviseur.
Le chauffeur de Beldingford n’eut pas de réaction, fit tourner la clé dans l’embrayeur et s’engouffra dans la circulation. Le regard de 47 se perdit dans la population de la ville qui défilait sur les trottoirs à allure rapide. Cela faisait maintenant un peu plus d’un mois qu’il travaillait pour Beldingford, et celui-ci l’envoyait sans relâche aux quatre coins du pays pour descendre des trafiquants minables ou des repris de justice. Il n’avait pas eut un seul gros contrat depuis Aaron Dougall, et on l’envoyait faire le sale boulot, à fréquence beaucoup plus élevée que lorsqu’il travaillait à l’Agence. Les petits sales boulots s’entassaient, généralement aux quatre coins des Etats-Unis ou de l’Angleterre, parfois dans des pays leur étant frontalier. Jamais 47 n’avait eu à supporter autant de contrats en une période si courte, et surtout jamais autant de contrats minables, où la police préférait attendre après avoir entendu un coup de feu pour ne pas prendre de risques, que de partir à la poursuite d’un éventuel assassin… c’était arrivé d’ailleurs, une semaine plus tôt, à Orlando
-Ton prochain contrat se nomme Hank Bolt, dit James tandis qu’il s’engageait sur le freeway. C’est un mac qui martyrise des putains dans les environs de Chicago. Les infos sont sous le siège…
Il se tut. Hitman le fusilla du regard, puis prit l’enveloppe se trouvant sous le siège… ou plutôt, les deux enveloppes. L’une était une simple enveloppe jaunie où était noté « Ne pas ouvrir » (celle de Beldingford), et l’autre était de couleur écaillée, légèrement rugueuse au toucher, portant, dans un bord, un insigne que 47 reconnut rapidement : celui de l’Agence. Il leva un furtif regard interrogateur sur James, qui roulait tranquillement, et ne le remarqua même pas dans le rétroviseur. 47 prit d’abord le temps d’ouvrir la première enveloppe et d’en observer le contenu, classique : trois photos, une rapide description, la somme (minable), le lieu d’insertion et d’extraction. Un petit contrat facile. Puis, sans trembler le moins du monde, il ouvrit la deuxième lettre sans bruit, la tint légèrement éloigné de lui durant quelques instants, craignant qu’elle ne fût piégée à l’anthrax, puis observa l’intérieur. Pas de photo, juste une lettre, une simple lettre sur du papier fin.
« Agent Code n°47 (640509-040147),
Nous commençons sérieusement à penser que nous nous sommes mépris sur votre compte… »
47, surpris, observa à nouveau le chauffeur de Beldingford, qui, cette fois-ci, lui jeta un regard, étrange, comme s’il voulait l’informer de quelque chose. Pris d’une fureur interne énorme quant à ces hypocrites de l’Agence, Hitman le fusilla du regard, lui brûlant la rétine de son éclat rougeoyant. James dirigea rapidement son regard sur la route, et 47 continua la lecture de la lettre, tout en restant attentif à l’attitude du chauffeur.
« Agent Code n°47 (640509-040147)
Nous commençons sérieusement à penser que nous nous sommes mépris sur votre compte, principalement sur l’affaire du contrat Gregorovitch, certains éléments nous poussant à penser que l’erreur ne venait pas de vous, ou du moins pas dans sa globalité, notamment au niveau des accusation que vous aviez alors porté envers certains protagonistes de l’histoire. Une enquête interne a été menée, et a abouti au fait que divers membres que vous aviez alors cité à Moscou, tels les pilotes de l’avion ou le chauffeur de Détroit, n’étaient définitivement pas de chez nous. Nous ignorons de quelle manière une telle bavure a pu être commise, mais il est évident que ce n’était pas de votre ressort. Il est également bien plus qu’évident que ce n’est point de notre ressort non plus. L’Agence a risqué gros dans cette affaire, et n’en est pas sortie indemne, entre autre au niveau de sa réputation.
D’autres détails sur l’enquête de la mort de Stepanov indiquent également que votre heure au lieu du rendez-vous était étrangement avancé, mais il est encore plus étrange de constater que les cibles étaient pourtant à l’heure. Nous n’avons malheureusement aucune réponse logique à ce léger problème, privilégiant néanmoins le fait que la personne ayant modifié les documents s’est peut-être renseignée directement auprès de la mafia russe.
Mais si vous avez actuellement cette lettre entre les mains, cela veut dire avant tout que nous avons encore un œil sur vous, et que la nouvelle identité que vous avez prise en tant qu’homme de main de Kenneth Beldingford est plus que dangereuse. Des informations sur son sujet, dérobées à diverses agences, prouvent que ses revenus auraient, depuis le mois dernier, pris une ascension fulgurante. Ceci mêlé aux diverses affaires de mort étrange dans la presse n’arrangeant pas les choses. »
47 jeta à nouveau un regard noir à James, qu’il surprit en train de l’observer. Il fit semblant de feuilleter les photos, remua légèrement les lèvres comme pour se répéter quelque chose, et continua sa lecture :
« Dans tous les cas, quelques lignes sur papier ne suffisent pas. Étant donné votre renommée déjà haute dans le monde de la pègre et votre actuelle position facilitée à toutes sortes de contrats de type peu scrupuleux, nous aimerions vous rappeler à l’ordre et rediscuter de la situation, par l’intermédiaire de l’agent ayant caché cette lettre parmi les autres. Celui-ci vous contactera prochainement.
Avec tous mes égards
Diana Burnwood »
L’assassin fit malgré lui une petite grimace, relit la partie de la lettre concernant « sa position actuellement facilitée à toutes sortes de contrats de type peu scrupuleux », et chiffonna la lettre de mépris. Il ouvrit la fenêtre, et jeta la boulette de papier, qui rebondit sur le freeway, dans la puissante chaleur de l’après-midi, avant d’être rapidement écrasée par un Hummer et de finir en confettis dans le peu de vent qui passait entre les voitures. L’Agence n’avait pas eu confiance en 47, n’avait même pas voulu écouter ses requêtes de défense et venait maintenant à lui comme à un chien. Bien que l’argent ait toujours été sa motivation première, sa sécurité était également de mise, et elle avait pourtant été en situation très fébrile suite à son renvoi. Maintenant que sa place était assurée chez Beldingford, contrats peu scrupuleux ou pas, tant qu’il aurait un Baller sur lui pour arracher quelques informations ou giclées de sang à ce contact de l’Agence, rien ne lui faisait peur. Il l’attendait de pied ferme, désormais, plus que jamais résolu à faire éclater la vérité sur la manière dont on voulait le tenir en laisse.
Hitman reprit l’autre enveloppe, observa quelques photos de Hank Bolt, et se dit, en s’étonnant de ses propres émotions à propos d’un contrat, qu’abattre un proxénète psychotique n’était pas si peu scrupuleux que ça.
