Partie 4
Le port était un champ de ruine. En trois jours les quais avaient été rafistolés pour pouvoir accueillir les marchandises prévues et le phare avait été remplacé par un ridicule édifice sensé guider les bateaux commerciaux. Certains prisonniers étaient morts par suicide pour ne pas « trahir » leur pays. Le dernier soldat était quand à lui en état de choc et n’était donc d’aucune utilité. Notre seul espoir d’en savoir plus sur nos agresseurs était un mage mégalomane en convalescence et c’est moi qui devais l’interroger. Malheureusement pour nous, il était aussi coopératif que sur son navire. J’avais une heure avant de me rendre au château pour faire mon rapport à la comtesse Umbranox et je pressentais que ce ne serait pas suffisant pour faire parler Manario.
- Bon, comment allez vous aujourd’hui ?
- Vous espérez que votre gentillesse vous conduira à des réponses de ma part ? C’est pathétique !
- Enfin soyez raisonnable ! Pensez-vous que si les dieux ont cru bon de faire en sorte que nous puissions nous comprendre c’est pour échanger de telles inepties ?! Je vous en pris Manario, dites mois juste d’où vous venez. Dites moi si nous pouvons espérer avoir des contacts cordiaux avec votre peuple et parlez moi de votre culture. La rencontre d’un autre peuple est une découverte capitale pour moi ! Pas pour vous ?
- J’attache plus d’importance à la découverte de terres fertiles qu’à ses habitants sous évolués. Vous semblez être un roi parmi les vers et j’ai entendu les gardes vous appelez « Champion », mais vous savez très bien que votre race manque de puissance face à la mienne. J’ai presque rasé l’une de vos villes à moi tout seul ! Qu’ai-je à gagner en vous répondant ?
- Ne soyez pas stupide ! Vous êtes coincé ici tant que vous ne montrerez pas un peu de compassion face aux victimes de votre attaque, et que vous ne ferez pas preuve de coopération. Je ne cherche pas à m’armer contre vous, j’essaye juste de comprendre.
- Pourquoi est-ce vous qu’on a envoyé ? Apres tous vous m’avez soulagé d’un bras et vous avez également éliminé tous mon équipage.
- J’ai pensé que vous me respecteriez.
- Vous avez de l’humour.
- Et pourtant je sais que j’ai raison. Je vous ai défié, battu et sauvé.
Il se mit à froncer les sourcils et à grommeler. Il avait tous d’un humain et plus particulièrement d’un Nordique. Il était grand, avec une peau très claire presque dépigmenté, des cheveux d’un noir de jais et des yeux gris. Il appartenait à une autre race et même à un autre continent, et pourtant, physiquement, il aurait très bien pu s’intégrer dans Tamriel. Je me demandais comment il lui était possible d’avoir un potentiel magique aussi impressionnant et si il était unique en son genre. Soudain il changea subtilement d’attitude.
- Je suis un Niédeïl, habitant de Samoïl. Mon peuple est le dernier de ce continent. Nous étions jadis quatre races à peupler cette terre jusqu’à ce qu’une guerre de religion nous poussa à dépasser nos conditions d’esclaves. C’est grâce à notre dieu et à la puissance qu’il nous accorda que la victoire fut notre. Apres une extermination organisée, nous eurent le contrôle de la totalité des terres de Samoïl. Malheureusement, la guerre avait été dévastatrice et une grande partie des sols étaient inutilisables. C’est pourquoi nous avions décidé de coloniser une île au large de nos terres : Mirile. Je faisais partie de l’expédition avec trois autres navires mais après un jour de voyage, une tempête d’une rare intensité se déchaina sur nos bateaux. Je ne sais pas ce qui est arrivé aux autres navires mais nous, nous avons dérivés pendant trois semaines sans savoir où nous étions. Lorsque nous avons aperçu vos terres, un enthousiasme palpable s’est emparé de mon équipage et moi. Et c’est alors que nous avons vu vos défenses, il ne nous été alors plus possible de faire marche arrière ou de se livrer sans combattre. Vous connaissez la suite.
- Il est normal que nous nous soyons protégés par prudence. Cela ne voulait pas dire que nous allions vous attaquer. Vous avez précipité votre propre chute. Toutefois je vous suis reconnaissant de vos réponses. Parlez-moi de votre culture, de cette guerre et de votre dieu.
- Ma générosité a atteint ses limites. Sachez juste que mon peuple ne laisse jamais passer un affront mais vous vous en rendrez vite compte.
- Que voulez vous dire ?
- D’autres navires viendront et vous n’aurai pas autant de chance que contre moi.
Sur ces mots il ferma les yeux pour me faire comprendre que la conversation était terminée. Comment d’autres navires pourraient-ils arriver ? Manario et son équipage étaient arrivés par hasard. Leur magie était peut être encore plus puissante que je ne le croyais. C’est l’esprit pleins de doutes que je du faire mon rapport à la comtesse et, deux jours plus tard, au Chancelier Ocato. Je pressentais la fin d’une ère alors que la paix semblait m’échapper encore une fois.