Chapitre second
Mes membres étaient engourdis. Mes yeux, recouverts d´un bandeau qui me serrait si fort que je n´osai bouger la tête. J´entendais des paroles prononcées avec douceur, souvent accompagnées d´un violent vent qui me frappait de plein fouet.
J´étais suspendu par les pieds, et mon corps se balançait à chaque bourrasque. La langue que l´inconnu prononçait m´était inconnue, mais il me semblait l´avoir déjà entendue.
Un nouveau murmure, une bourrasque. la régularité de ce balancement aurait pu rendre fou un Faucheclan. Je sentis une présence s´approcher de moi. Je ne devais pas être suspendu très haut au dessus du sol, car l´odeur d´une vieille pierre me remontait dans le nez.
L´homme prononça ces quelques mots :
« _Le festin peut commencer... »
Je le sentis me détacher, mais n´osais prononcer aucune paroles.
Ce que j´avais vu en arrivant chez moi m´avait laissé de profondes marques, et je ne songeais même pas à ce que pourrait me faire cet homme, si c´était l´auteur du meurtre de Vaarfen et...
Il m´ôta d´un coup sec le bandeau, et me lâcha au dessus du sol, sur lequel je m´effondrai lourdement.
J´ouvris les yeux une première fois, mais une lumière éblouissante me les fit refermer. Je les rouvrit une nouvelle fois, lorsque l´inconnu tapi derrière la lumière, qui semblait sortir de sa paume, me tendit une feuille rouge.
« _Mange la et prononce ces paroles en même temps : ´La lune me guettait´. Je te conseille de le faire, et de ne pas te tromper de phrase... »
Je m´exécutai. La feuille avait un goût sucré, et je dus me reprendre à trois fois avant de pouvoir prononcer correctement la phrase précédemment dictée.
« _Tu sais, ça fait plus de deux jours que tu es là... C´est normal que tes cordes vocales soient un peu collées entre elles... Ne parle pas ! Tu ne dois sûrement pas me croire. » En effet, je n´avalais pas un seul de ses mensonges... Deux jours ! Et sans me réveiller, en plus...
« _Je t´ai fait inhaler du skouma pendant tout ce temps, pour te laisser endormit le temps que les autorités aient fini de te chercher. Et, en effet, ça semble s´être calmé, là-haut. » Il ´éteint´ sa source de lumière, et j´en profitai pour détailler le lieu où je me trouvais.
Tout d´abord, nous étions tous les deux, seuls, dans une grotte ! J´étais persuadé que nous nous trouvions en haut d´une montagne, d´où les bourrasques si violentes...
« _J´ai dû t´appliquer des dissipations, aboya l´inconnu. Si je t´avais laissé dans l´état dans lequel tu étais rentré, ton intelligence aurait était atténuée fortement jusqu´à la fin de tes jours... Or, j´ai besoin de toute ta tête, et de plus encore. »
« _Vous avez BESOIN de moi ? lui demandai-je.
_Ou plutot, TU as besoin de moi... Tu comprendras tout, bientôt.
_Mais qui êtes-vous, au juste ? lui rétorquai-je avec une frayeur non dissimulée. Après tout, je n´étais qu´un elfe des bois, et pas habitués aux situations extrêmes.
_Je ne suis pas l´assassin, sache juste cela... Mais sache aussi que je suis un assassin. Je suis guidé par le vent. Je le suis, le traque, l´attrape, m´envole avec lui, décolle au clair de lune, éclaire mon obscur chemin de sa douce clarté, ouvre le passage de ma main gauche et achève la danse de ma main droite... »
Cette longue tirade me laissa sans voix.
Cet homme n’était donc pas la personne que je redoutais.
Je continuai le détail de la pièce, ou plutôt la grotte : Les murs étaient recouverts de tapis accrochés au plafond. Des symboles étaient brodés dessus. C’était des simples assemblements de lignes, mais j’étais persuadé au fond de moi qu’ils représentaient des manipulations, des gestes…
« Tu te demande à quoi servent toutes ces lignes, non ? Si tu accepte de te joindre à moi, tu sauras tout, et la lune te guettera… »