Ingrid,
Tu vas sans doute te demander pourquoi je t'écris cette lettre, et pourquoi pas plutôt un mail. Simplement parce que ça fait déjà pas mal de temps que je cherche à te parler, et qu'à défaut d'avoir pu le faire face à face, une lettre manuscrite me paraît plus appropriée, plus sincère et personnelle pour le genre de choses que je vais évoquer ici. Maintenant peut-être que tu te demande ce que je peux bien avoir à te dire qui légitime cette intention de ma part, ou peut-être le sais tu déjà, quoiqu'il en soit j'estime qu'il est important que je te dise tout moi-même. J'aurais déjà dû le faire depuis longtemps mais peu importe, on revient pas sur le passé.
Quand je dis longtemps ça fait un peu moins de deux ans, quelques mois après qu'on se soient rencontrés en fait. Pourquoi deux ans ? Parce qu'arrivé en 1ère, j'étais encore trop affecté par une histoire similaire survenue à peine trois mois plus tôt, pour pouvoir tourner la page et passer à autre chose, si bien qu'au final je n'étais pas sûr de ce que je voulais. Je suis arrivé cette année là avec plein de remords qui pesaient lourd sur ma conscience, jusqu'à ce que je me décide finalement à prendre les choses en main, pour pouvoir me libérer de tout ça et tourner la page. Si je te parle de ça c'est pour que tu comprenne bien pourquoi j'en suis là aujourd'hui. Bref, pendant ce temps, les heures s'écoulaient, les jours passaient, puis les jours se sont transformés en mois, si bien qu'au sortir de cette histoire je suis redescendu sur Terre, j'ai dû affronter la vérité et j'ai cessé de me bercer d'illusions en ce qui te concerne...
C'est pour cela que l'année suivante, en Term, j'ai simplement tenté d'enfouir "tout ça" et d'oublier. Mais à terme, j'en ai plus souffert qu'autre chose; ça me dévorait de l'intérieur, et c'est précisément pour ça qu'on en est là maintenant: j'ai besoin d'extérioriser, j'ai besoin que tu saches. Ensuite, si j'ai attendu ce moment pour le faire, c'est que j'ai d'abord attendu que l'occasion se présente de t'en parler face à face, mais je voulais pas non plus le faire à l'arrache en te croisant par hasard dans les couloirs, et pour ça je comptais sur la soirée de remise des diplômes. Si je ne t'ai pas proposé de se voir, prétextant une banale invitation à prendre un verre, c'est simplement que j'avais peur que ça fasse trop suspect et que ça n'éveille chez toi des soupçons, étant donné qu'on ne se voit ni ne se parle (presque) plus.
Je te rassure j'ai bientôt fini. Cette lettre c'est aussi l'ultime opportunité pour moi de te dire ces choses. En effet, comme tu le sais sûrement, j'ai pas l'intention de rester à la fac, ni même à Rennes, ni même en France...et encore moins d'y revenir. J'ai trop de souvenirs douloureux ici, et tout ce que je demande c'est de pouvoir souffler. Pour cela je dois rompre avec tout ce qui me retient ici. Tu comprendras par conséquent que si je disais que c'était "l'ultime" occasion, c'est parce que nous ne nous reverrons jamais plus. Cette décision a été dure à prendre, mais elle était nécessaire, et quand bien même j'écoute encore ma raison et non mon coeur (ce qui, je dois le reconnaître, ne m'a pas forcément réussit jusqu'ici) c'est parce que j'ai toutes les raisons de penser que ce dernier m'induit en erreur lorsqu'il me dit de continuer à y croire. Donc voilà, avant de partir il fallait que je te dise tout ça, afin de pas conserver de non dits et de remords comme il y a deux ans, qui m'auraient empêcher de tourner la page et de profiter pleinement de mon nouveau départ.
Avant de conclure, sache que je sais à quoi m'attendre venant de toi, donc j'espère pas de miracles, j'ai arrêté d'y croire depuis longtemps. Maintenant si tu veux quand même qu'on se revoit pour en parler fais le moi savoir. Et si tel n'est pas le cas, il ne me reste plus qu'à te dire "Adieu"; et enfin le plus important, ce à quoi je fais référence depuis le début de cette lettre, ce pourquoi j'ai écrit ces lignes: c'était simplement pour te dire que Je t'Aime.
Susu