Il était une fois un dragon, fort heureux dans son rôle de dragon, bien que totalement inconscient qu’il s’agît d’un rôle, puisque ne vivant pas son histoire comme en étant une mais comme sa propre vie.
Notre dragon, fort heureux donc, eut le malheur de rencontrer un homme. Mais comme un dragon fort heureux qu’il était il n’en conçut nulle crainte, seulement une énorme curiosité.
Il s’approcha donc poliment de l’étrange créature et lui demanda : « Dis-moi, étrange créature, que viens-tu faire en ce lieu ? »
Le dragon aurait pu simplement chasser l’importun, ou même le rôtir pour en faire son déjeuner. Mais il était curieux et… heureux, pour tout dire fort naïf ! Aussi c’est avec amabilité qu’il posa sa question et écouta poliment la réponse de l’homme, qui, hoquetant, lui dit : « Je viens, *hips*, apporter la paix et l’amour en ces terres ! ».
C’est à ce moment du récit qu’il faut faire une digression. L’homme appartenait à une secte fort dangereuse du nom de Rédemption. Leur gourou, un escroc redoutable du nom de Dalaï, avait un jour décidé qu’il était salutaire d’avoir recours aux boissons alcoolisées pour « élever son âme ». (Soit dit en passant, c’était une erreur, chacun sait bien qu’il suffit de secouer violemment et suffisamment longtemps un corps pour en faire élever l’âme ; mais tel n’est pas l’objet de ce récit). La théorie de Dalaï connut un grand succès et il fut bientôt entouré de nombreux disciples hurlant d’une voix avinée : « PAIX ET AMOUR ! ». Pourquoi donc un tel cri ? Mais c’est pourtant très simple, il est bien connu qu’un homme simple sous l’emprise de l’alcool se met à aimer tout le monde !
Le dragon était bien trop naïf pour se douter que l’homme allait causer sa perte. Aussi, sa curiosité attisée par les propos incohérents de l’homme, il lui dit :
« - La paix et l’amour ? Cela semble intéressant. Mais comment comptes-tu t’y prendre ?
- Et bien c’est très, *hips*, simple, lui répondit le Rédempteur titubant sur ses jambes maigres, j’ai apporté avec moi un, *hips*, breuvage qui accomplit des miracles. »
Sur ce il tendit une gourde au pauvre dragon étendu sur un gigantesque tas d’or. Et ce dernier la but d’un trait.
Bien mal lui en prit, ou plutôt goût il y prit. Le Rédempteur qui n’était pas sans ressources sortit alors une autre gourde, puis une troisième et encore une quatrième… Tant et si bien que quelques heures après leur rencontre l’homme et le dragon devisaient à tue-tête, hurlant de concert mais de façon fort peu musicale des chœurs de : « PAIX ET AMOUR ! ».
Notre pauvre dragon était dès lors perdu. Après le départ de l’irresponsable débris il n’eut en effet de cesse que de renouveler l’expérience de la paix et de l’amour. Ses nombreuses visites dans les tavernes de la région ainsi que les dégâts considérables qu’il y causa ne passèrent cependant pas inaperçus. Il fut bientôt chassé par ses congénères et prié d’aller hurler ses cochonneries ailleurs.
Ainsi commença son triste exil qui perdure jusqu’à ce jour, par la faute d’un inconscient et dangereux rédempteur.
Loin de chez lui le dragon oublia bien vite ce qu’étaient la paix et l’amour, car aucune boisson ne saurait rendre un dragon aussi bête qu’un homme. Cependant il garda bien malgré lui le goût des boissons fermentées et développa celui, tout aussi redoutable, de la vengeance !
Braves gens de ces terres, si vous voyez un dragon décharné et hoquetant passer dans le ciel de votre ville, fuyez les abords des demeures rédemptrices. Car le dragon ivre n’a jamais retrouvé sa sobriété et il tient pour responsable de son exil celui qui a causé sa perte comme ses semblables.
, bonne lecture
... ce n'est même pas du boost
.