Au fait:
Mon nom est Vandric Fanlapanse, et voici mon histoire.
Tout commença à Cheydinhal, au cours d'une nuit d'hiver, froide, obscure et ténébreuse. J'étais chez moi, confortablement installé dans un fauteuil, devant la cheminée. Je profitais d'un agréable instant de solitude après une rude journée de labeur, pour me laisser aller à la lecture de quelques récits fantastiques de courageux chevaliers Cyrodiiliens, contant leurs exploits au cours de batailles épiques et d'aventures périlleuses. Dehors le tonnerre grondait avec fracas. Je pouvais entendre la pluie taper contre les vitres, et apercevais les nuages sillonnés d'éclairs.
Tout à coup, la porte s'ouvrit brutalement, laissant entrer un vent violent et glacial qui fit vaciller la puissante flamme de ma cheminée. Je me précipita pour aller fermer la porte et après l'avoir verrouillée, je regardai un bref instant par la fenêtre. Je distinguais difficilement les autres bâtiments, seuls les vitraux de la chapelle, non loin de chez moi, m'apparaissaient, éclairés par les cierges à l'intérieur de celle-ci. Les arbres étaient secoués avec une force incroyable à laquelle même un ogre ne pouvait prétendre, et derrière le rideau de pluie argenté, j'entrevoyais la Lune, pâle comme la mort. Je fus soudain pris d'un frisson inexplicable, et me retrouva dans l'obscurité la plus totale. Comprenant que le feu de ma cheminée venait de s'éteindre, je me retournais pour aller le rallumer, et me retrouva nez à nez avec une silhouette sombre et encapuchonnée, et avant même d'avoir eu le temps de réagir, je sentis un poids s'abattre violemment sur ma tête, et m'évanouis.
Je me réveilla, étalé sur le sol. Tous mes membres étaient engourdis et j'avais affreusement mal à la tête. Je parvins à entrouvrir les yeux, et scruta la pièce. Mon regard était flou, mon esprit embrumé. Dans un ultime effort, je réussis à me relever, mais j'avais du mal à tenir debout, je tanguais dangereusement et jugea bon de m'asseoir un instant. J'inspectais la pièce du regard et constata que rien de ce qui s'y trouvait n'avait été volé, la porte de mon sous-sol ne semblait même pas avoir été forcée. De plus, je voyais difficilement ce qui aurait pu intéresser un voleur ici. Ma maison n'était remplie que de livres, de provisions, de quelques vêtements sans grande valeur, et d'une vieille armure de fer ayant appartenu à mon père. Même ma bourse, qui ne contenait que cinq pièces d'or, était toujours accrochée à ma ceinture. Après quelques longues minutes passées à réfléchir, je commençais à retrouver mes esprits. Je parcourus ma maison de fond en comble afin de m'assurer que rien ne m'avait été pris, et jeta un coup d'oeil par la fenêtre. L'obscurité imposait toujours son règne, mais la tempête s'était calmée. A quelque mètres de là, je voyais les vitraux de la chapelle. Arkay semblait m'observer avec un regard à la fois effrayé et réprobateur. Je m'étirais de tout mon long et passa une main dans mes cheveux. Je sentis une petite bosse complétée par une légère douleur, souvenir du coup que j'avais reçu sur la tête. Je descendis mes mains jusqu'à ma nuque, et caressa ensuite mon cou, sentant alors une douleur atroce, qui s'accompagnait d'une substance liquide épaisse et chaude. Paniqué, je regardais mes mains, couvertes de sang. Je portais de nouveau ma main gauche à mon cou, et sentis alors deux petits orifices, écartés de seulement quelques centimètres, comme une morsure. J'aurais donc été mordu ? Mais par quoi ? Et cet homme, cette silhouette sombre et froide, qui s'était introduite chez moi, comment ? Inquiet, la respiration haletante et le souffle court et faible, je constata qu'il n'y avait même pas de buée sur la fenêtre. J'essayais de prendre une grande inspiration et de souffler sur le carreau, mais c'est comme si l'air ne venait pas et que mes poumons étaient vides. Mon coeur battait la chamade, j'étais terriblement inquiet, je suais à grosses gouttes. La chaleur de mon sang semblait s'être dérobée. J'allai m'asseoir à ma table et bu un peu d'eau, mais je ne sentais rien. Je pris alors un morceau de pain, mais ce fut comme s'il s'était changé en cendres. Ce n'était pas possible, je refusais d'y croire. Je devais être dans un affreux cauchemar et j'allais me réveiller. Mais plus le temps passait, et plus la vérité me semblait évidente. J'étais devenu l'un d'entre eux. Les chasseurs de la nuit.