Chapitre 6 – partie 2 – Lacrimosa
J’étais pétrifié, entouré par une fournaise, encerclé par des être putréfiés et cerné par des pantins corrompus. Les murailles de la ville brûlaient, les digues étaient abattues, la plupart des habitats éradiqués. Les flammes montaient jusqu’au ciel, déchiraient la voûte nocturne, les étoiles se reflétaient dans le sang ruisselant. L’épanchement de mon esprit dans les ténèbres me statufiait, je du lutter pour ne pas être aspiré parmi les ombres. Les légionnaires se dirigèrent en ordre rangé au château de Bravil, je sentais qu’il se passait quelque chose d’étrange, ils n’adoptaient pas une formation de combat, l’enchanteresse préserva une certaine distance entre elle et la forteresse. Tout à coup dans le chaos je perçu une concentration énergétique terrifiante.
Je m’envolai au Nord en surplombant le château en alerte, un bateau immense et lugubre avançait fièrement vers les digues du château. Je pénétrai à l’intérieur du lourd navire, il était composé de plusieurs étages, sur le pont de nombreux légionnaires s’afféraient à charger des autels magiques, je supposais que ceux-ci avaient permis d’abattre les digues. Les étages du bateau se formaient par superposition de salles illuminées, au sommet se tenait une courte tour avec une plate-forme d’invocation. Deux hommes se tenaient sur le sombre ovale, ils dégageaient des essences étouffantes remplies d’asphalte et de mort. Il était très éprouvant de maintenir mon âme en présence de telles énergies, elle risquait soit la dissipation soit l’emprisonnement fatidique dans le néant universel. Malgré cette menace je projetai mon esprit sur la tour et rapidement je vis se dessiner ce que je craignais : Manimarco et Traan étaient réunis, Manimarco avait le visage entièrement décomposé et ses yeux jaunes perçaient l’ombre de la nuit, il était vêtu d’une robe grise avec une tête de mort peinte avec du sang, il était plus grand que Traan, celui-ci était resplendissant dans une robe de velours bleu ornée par des ninroots peints sur les manches et le bas du vêtement. Sa robe aspirait toute la lumière des étoiles, cela donnait l’impression d’une totale omniscience de cette puissance tutélaire. Traan portait un bâton en or avec une tête de dragon à la place du pommeau, probablement le sceptre perdu de Peyrite, Manimarco n’avait qu’une dague en verre accrochée à sa ceinture d’os. Manimarco s’approcha de Traan et lui tendit un parchemin :
« - J’ai récupéré ce que vous m’aviez demandé, cela n’a pas été facile, j’ai du tuer tous les moines de la phalène, ces misérables bigots l’avaient caché dès qu’ils ont appris notre ascension c’est pour cela qu’il ne se trouvait pas aux archives, siffla Manimarco qui flottant au dessus du vide.
- Je sens un esprit très puissant près de Bravil, cette arme devrait nous assurer la victoire, les pertes ont été lourdes à la guilde des mages et la prise de château aurait pu s’avérer difficile. Bien maintenant restez Manimarco et voyez mon inexorable dessein se poursuivre, dit Traan avec condescendance à Manimarco, ce qui j’avoue m’inquiétait passablement quand au sujet de sa puissance. »
Umbrox Traan se plaça au centre de la tour, je sentis les éléments paniqués, comme si un déséquilibre irréparable était sur le point d’arriver, d’un geste de la main il installa le parchemin devant lui qui lévitait avec douceur et stabilité, il semblait qu’il avait toujours flotté de la sorte à cet endroit précis. Traan leva ses deux mains, l’une portant son bâton, l’autre déjà projetait des éclairs noirs et bleus, il lévita légèrement et entonna en lisant:
« Tempus Ouroboros Zantezuken Ragnarok Excalibaré », « Tempus Ouroboros Zantezuken Ragnarok Excalibaré », « Tempus Ouroboros Zantezuken Ragnarok Excalibaré ».
Le parchemin brûla en quelques secondes, Traan concentra autour de lui une bulle remplie d’éclair, tout à coup les éclairs s’élargirent et formèrent une sphère lumineuse parfaite autour de Traan, il répéta une nouvelle fois l’incantation, un rayon noir entouré d’ondes rouges se projeta de la sphère au ciel, à son contact la voûté céleste prit une dimension infernale, Oblivion sembla fusionné avec Thamriel, à l’impact du rayon s’ouvrit un disque chaotique, les nuages se concentrèrent tout autour du portail. Une immense épée d’argent sortit de l’enfer, à chacune de ses extrémités elle arborait deux terrifiantes pointes larges et acérées autour desquelles virevoltaient des stigmates d’énergie maléfique. Elle resta suspendue au milieu du vide quelques instants, probablement pour semer la panique au sol, d’un geste du bâton elle dégringola en piquée sur le château de Bravil.
J’avais laissé une partie de mon esprit pour surveiller ce qui se produisait en bas. Le vieil Henantier était monté au donjon, il avait compris qu’un danger plus éminent que les légions de l’enchanteresse sortait des sources méandreuses du mal. Il s’installa sur le balcon et après plusieurs minutes d’incantation un immense bouclier argenté engloba le château. Une fois l’épée invoquée les deux mages qui l’accompagnait le rejoignirent et chacun se prenant la main en cercle le bouclier argenté se chargea d’ondes protectrices qui coulaient rapidement sur toute la surface du globe lumineux. Le tableau était superbe : en dessous des cieux flamboyants se tenaient la puissance du mal, invocation transcendante de la destruction, déchaînement sauvage d’une nébuleuse d’énergie et d’éclairs, face à cela se tenait tel un rocher face à l’océan le château de Bravil entouré d’une barrière symbolisant tout l’espoir et le bien gorgeant les rivières de l’âme. Tableau manichéen de deux philosophies adversaires.
L’épée plongea au centre du château, quand elle rencontra la protection l’onde provoquée fut terrible, des éclairs transperçaient l’air de toute part, la lumière dégagée aveuglait toute la région, puis la tourmente se dissipa, le bouclier ondula d’avantage comme s’il semblait l’emporter mais l’épée s’obscurcit d’avantage et aspira une partie de l’énergie du bouclier qui fut brisé. Sous le choc elle sembla perdre de la puissance, mais quand elle s’enfonça au cœur du donjon il éclata en morceau scié par le feu magique dégagé par l’arme, une onde de choc retentit dans toute la forteresse, le centre du château fut totalement désintégré et le reste quasiment rasé, les dalles et les briques volaient dans un concerte de flamme et de fumée. A la place du château il ne restait plus qu’une ruine fumante et noirci par une force trop grande pour être arrêtée, une inéluctable reddition face au chaos.
La chapelle se rendit immédiatement, les habitants furent triés selon leur race, les impériaux et les elfes furent évacués, mais les argoniens, les khajiits et les orcs furent sauvagement exécutés par les légions. Elles dépecèrent vivantes la moitié de leurs victimes puis une tribu de nécromanciens transforma ce qui restait des corps en squelettes. Une fois l’effroi semé les autres furent enfermés dans la guilde des mages, les légions y mirent le feu et les laissèrent brûler vifs. Quelques instants plus tard une colonie de spectres sortait de ce désastre. Les cris de ces âmes glacées me fendirent l’esprit qui faillit chavirer dans l’ombre. Je devais rentrer au plus tôt. Je pris le chemin de retour, je planais mélancoliquement comme un spectre furtif qui n’a pas été accepté pour la rédemption, arrivé aux cavernes je me réincarnai dans mon corps facilement qui flottait toujours paisiblement au milieu des flammes verdâtres. Quand je repris mes sens normal j’éructai tout ce qui était rentré en moi depuis des lustres. Tout courage me quittait, j’étais tétanisé quand à ce que je venais de voire, quel était ce mystérieux parchemin ? Quelle puissance Traan avait-il réveillé ? Comment lutter face à une telle capacité de destruction ? Je m’effondrais dans un flot de stupeur.