la canicule de l´été 2003 aura sans doute fait plus de victimes que les attentats du 11 septembre et le cyclone Katrina réunis, mais la morale et la pédagogie sont tellement ancrées en nous, les Français, que ce n´est pas ça qui nous empêche de donner des leçons aux Américains. Etonnant que Dominique de Villepin n´ait pas profité de son retour à l´ONU pour mettre son droit de veto au méchant ouragan. Et puis, nous, on n´a pas fait des salades avec notre carnage de vieux, on n´a emmerdé personne, on n´a pas réclamé aide et argent. Katrina a au moins permis de se rendre compte que, dans le pays le plus capitaliste du monde, il y avait des pauvres (et des Noirs). Si ce système économique fonctionnait bien, il n´y aurait eu aucune victime, puisque tout le monde aurait eu son 4x4 pour fuir. Alors que là, on imagine bien George W. Bush recevoir un Noir en loque, trempé miraculeusement rescapé, à qui il dirait : «Vous chantiez ? Eh bien maintenant...» On accuse le président américain d´avoir été insensible, mais il a au contraire dû rester d´abord silencieux tellement il était frappé par le malheur survenu à ses amis assureurs. On ne peut pas lui reprocher à la fois de manquer de solidarité et de penser aussi à ses proches pour la reconstruction, solidarité bien ordonnée commence par soi-même.
C´est la pauvreté qui est mal endiguée aux Etats-Unis et le Président aurait dû faire la guerre préventive en faveur des digues de Louisiane. D´un autre côté, si les Américains avaient évacué George W. Bush aux dernières élections, il n´y aurait peut-être pas eu à évacuer tout ce monde. On est habitué à lutter contre l´axe du mal et voici que le mal est désaxé. La météo, c´est le stade suprême du terrorisme, un terrorisme qui n´a même plus besoin de kamikazes. On sait qui est le responsable, mais personne n´ose lui faire la guerre, on aurait besoin d´un Etat vraiment laïque. Il faudrait occuper le ciel, c´est Dieu qui y est allé au Kärcher. Mais où va-t-on s´il faut maintenant regarder la météo sur Al-Jazeera ? Le monde est vraiment mal fait quand on pense à toute cette eau qui a manqué à nos vieux. Il semblerait au moins que les Américains soient maintenant persuadés que les victimes de Katrina n´auraient pas été traitées aussi mal si elles n´avaient pas été noires. A quelque chose, malheur est bon. Tel est le prix de la lucidité pour les Etats-Unis d´en bas.
Les inondations dans le Gard et l´Hérault nous ont aussi permis de montrer comment c´était mieux organisé, chez nous. Nous, on n´a pas été pris de court (ou si peu) par la pluie. Bien sûr, ce n´était pas Katrina, mais c´était de l´eau quand même. Et nous, qui sommes formidables, n´avons fait aucune discrimination entre les Noirs et les Blancs. On a eu nos vieux, les Américains ont leurs ouragans, à chacun sa merde. On a bien sacrifié le lundi de Pentecôte, pourquoi les Américains ne donneraient-ils pas le 4 juillet pour lutter contre Katrina ? Il est vrai que, au rythme où ils pompent le pétrole, s´ils suppriment Independence Day il n´y aura plus que des dependence days. Remarquons aussi que si les prisons de Louisiane avaient accueilli plus de Noirs et de pauvres, population pénitentiaire privilégiée des Etats-Unis, il y aurait eu moins de victimes. George W. Bush pourrait y voir une nouvelle preuve que le laxisme est plus assassin que la répression préventive.