Et le message etant trop long:
Namâric souffla un instant, harassé par les efforts fournis. Sa jambe commençait seulement à souffrir du choc de tout à l’heure, lorsque le démon l’avait touché en plein saut. L’os du talon, juste situé sous la cheville, était déplacé, et oscillait à vue d’œil. Pas assez heureusement pour véritablement l’handicaper.
Il entendit des gémissement monter en contrebas. Fier de son exploit, il pencha la tête vers la ruelle, et son sourire s’élargit. Le Sacrilège, la créture imposante, terrifiante, dont la puissance et la dextérité pouvait réduire une cité à l’état de nécropole, dont l’habileté pouvait rivaliser avec le plus grand paladin noir, dont les hachoirs pouvait effrayer les dieux... gisait couché, écroulé plutôt, sur un sac de farine éventré par ses soins. La poudre s’était nichée dans les moindres recoins du visage décharné, et s’était mêlée au sang répandu partout. Il se débattait vainement pour cracher la farine logée dans sa gorge, mais il ne faisait que saliver comme un enfant. Un démon noyé dans une farine poisseuse, quelle vision glorieuse.
« - Il était une fois un elfe, chantonna le paladin, un elfe tout de goudron vêtu, chantant a tue-tête, à toutes les têtes, la défaite, la perte, de son méchant adversaire, le démon, le démon de farine, qui quand le vent souffle, perd, s’écroule dans la poudre, dans le vent, dans le ventre de sa mère... Je comprends maintenant pourquoi personne, dans le forum du grand Kaim et du disciple Azerty, n’a jamais entendu parler de toi ! »
Et il éclata de rire. Mais le démon, lui, ne riait pas. Sa bouche remua, sa langue claqua, et de sa gorge sortirent des sons caverneux. Le tout se coordonnait pour produire des sons incompréhensibles, le démon semblait fournir un effort intense pour parler. Et les râles qui parvenaient aux tympans d’un Namâric enjoué se transformèrent peu à peu en une chansonnette.
« - Il perdit sa mère... de bonne guerre... quand le village...de sa mère... fut brulé... par les Bêtes... Il pleure... de bonne heure... quand il voit... les p’tites Bêtes... L’elfe noir... est un pleutre...qui s’la pète... mais qui ne.... craint qu’une Bête. »
Et sa tête se releva, puis les bras, et puis le corps tout entier. Il était désarmé, ses bras était nus, son torse était enfonçé, son visage était divisé en deux par une large cicatrice, et un œil était parti avec, roulant quelque part sur les toits. Mais malgré son allure, malgré son courage, Namâric tremblait, de haine, ou peut-être de peur, oui, ce ne pouvait être que devant l’effroi que lui incitait cette créature qu’il tremblait –bien qu’il ne l’admit pas–. Mais il se ressaisit et, empoignant fermement sa lame elfique dans une main et le poignard de son père dans l’autre, et déferla vers le démon. Il ne toucha pas le sol, mais amortit sa chute en se plaquant sur le démon, le faisant tomber à terre une nouvelle fois. Mais l’autre ne se laissa pas faire, et attrapa les bras de l’elfe, l’empêchant de le toucher de sa fine lame. Les deux ennemis étaient couchés l’un sur l’autre, chacun forçant l’autre à plier. Dans le duel silenceux qui s’ensuivit, Namâric savait que le démon était assez fort pour lui rompre le cou, mais il ne le laisserait jamais –jamais– insulter l’âme de sa mère.
« - Co...Comment sais tu ça ?
- Il est certaines histoires qui courent au sujet d’un certain Paladin du nom de Namâric. Et certains contes d’un certain Kaim racontent l’histoire d’un certain Alexandre. Et dans cette histoire, l’on parle justement de toi, petit Paladin. N’oublie pas les droits d’auteur. »
Namâric rapprocha encore la lame elfique du cou de son adversaire, mais la lame ne bougeait plus d’un millimètre. Sa haine décuplait sa force, mais rien à faire, le démon était trop résistant. Et déjà il commençait à faiblir. Il se dégagea de son étreinte, et courut vers le mur opposé.