Article paru dans le quotidien " Le Monde" du 26.12.2004, intitulé " Les éditeurs français ne profitent pas du boom des jeux vidéo"
En 2004, les ventes de jeux vidéo devraient atteindre un niveau record en France. Le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs ( SELL) estime que 34 millions de ces produits devraient être vendus pour un total de 1,3 milliard d´euros, en hausse de 30 % par rapport à 2003. Les éditeurs français sont cependant dans une situation financière tendue. Depuis deux ans, une quinzaine d´entre eux ont fait faillite, et le secteur a perdu plus de 4 000 emplois. L´avenir d´Infogrames et de Vivendi Universal Games est menacé. Le mieux loti d´entre eux, Ubi Soft, dixième éditeur mondial, endetté lui aussi, risque de se faire avaler par l´américain Electronic Arts. Le gouvernement français étudie la mise en place d´un crédit d´impôt pour soutenir financièrement la production de nouveaux jeux. Les ventes de jeux vidéo à Noël, cruciales dans une industrie où la moitié du chiffre d´affaires annuel est réalisé au dernier trimestre, s´annoncent records, selon le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs ( SELL).
Les joueurs se ruent sur les grands titres sortis à l´automne. Dans la semaine du 13 au 19 décembre, Grand Theft Auto 5 San Andreas ( GTA San Andreas), édité par l´américain Take Two, s´est arraché à 26 000 exemplaires en France ; l´américain Electronics Arts, numéro un mondial du secteur, a vendu 22 000 exemplaires de Need for Speed 3, et 20 000 de Sims 2. Soit, pour chacun, plus de 2 jeux vendus par minute.
Cette année, les ventes mondiales devraient être les plus élevées de l´histoire trentenaire de cette industrie selon Gary Cooper, analyste à la Bank of America. Outre les jeux déjà cités, des titres phares comme Doom 3 édité par l´américain Activision, Gran Turismo 4 du japonais Sony, Metal Gear Solid 3du japonais Konami, Halo 2des américains Bungie Studios et Microsoft, et Tom Clancy´s Splinter Cell 3du français Ubi Soft sont en effet très demandés. " Tous ces titres sont des valeurs sûres puisque ce sont les suites de jeux qui sont tous déjà des best-sellers planétaires", indique M. Larue, délégué général du SELL.
Très cyclique, le marché du jeu vidéo connaît cette année un véritable âge d´or. Bien équipés, les foyers français possèdent 6,5 millions de consoles de la dernière génération. Une situation qui profite aux éditeurs de jeux destinés à ces machines à jouer, qui représentent deux tiers des ventes du secteur. Les éditeurs ne souffrent en outre pas encore du phénomène d´attentisme qui précède généralement la sortie de nouveaux modèles de consoles. En effet, les prochaines machines de Microsoft et de Sony ne devraient pas voir le jour avant, respectivement, 2006 et 2007. Nintendo n´a quant à lui fait aucune annonce.
En France, selon le délégué général du SELL, le marché des jeux vidéo devrait terminer l´année sur un chiffre d´affaires de 1,3 milliard d´euros, avec 34 millions d´unités écoulées. Déjà, en 2003, avec des ventes de 1 milliard d´euros, il était équivalent à celui d´autres biens culturels. Celui de la vidéo totalisait 1 milliard d´euros de ventes pour 100 millions de DVD et cassettes écoulés. Les chiffres d´affaires réalisés par l´achat de quelque 151 millions de CD et de DVD musicaux s´élevait à 1,1 milliard d´euros.
Le jeu vidéo est devenu un produit de consommation courante : plus de la moitié des foyers français possèdent un ordinateur ou une console de jeux. Un sondage effectué par l´institut TNS Sofres le 6 décembre montre qu´un Français sur quatre se dit adepte des jeux vidéo et que le temps moyen passé à jouer est de deux heures quarante-cinq minutes par semaine. Le joystick n´est plus réservé aux seuls adolescents : un tiers des joueurs sont des femmes et un tiers a plus de 35 ans.
SOUTIEN FINANCIER
Le marché mondial est porté par une dizaine de titres, qui réalisent les deux tiers des ventes. Mais les éditeurs français de jeux vidéo, qui manquent de jeux vedettes dans leurs catalogues, ne font pas partie des gagnants. Ils n´ont en outre pas assez bien anticipé le renouvellement des consoles intervenu entre 2000 et 2002.
Les français présentent en outre bien souvent une situation financière tendue. Depuis deux ans, une quinzaine d´entre eux ont fait faillite ( Titus, Cryo, Kalisto, Gamesquad, Chanan, Polygon, In Utero, Lankhor...). Le secteur a perdu plus de 4 000 emplois, pour atteindre 12 500 salariés cette année.
Troisième éditeur mondial selon NPD Group, le français Infogrames voit son avenir menacé. Le groupe est suspendu à l´approbation par ses actionnaires, le 19 janvier, de la restructuration de sa dette. Vivendi Universal Games, septième éditeur mondial, a subi deux années de lourdes pertes et n´a pas trouvé de repreneur. Il joue sa survie sur ses deux jeux pour PC récemment sortis, Half Life 2 et World of Warcraft.
Ubi Soft, numéro dix mondial, est le mieux loti des éditeurs français grâce à son portefeuille de jeux reconnus ( Rayman, Myst, Tom Clancy´s Splinter Cell, Prince of Persia...). Mais, comme Infogrames, il est endetté. Il risque de se faire avaler par Electronic Arts, qui a déjà acquis, le 20 décembre, 20 % de son capital.
Face aux demandes pressantes d´un soutien financier de la part des éditeurs, le gouvernement avait débloqué, en avril 2003, une dotation de 4 millions d´euros au fonds d´aide aux entreprises multimédia ( FAEM) pour financer 23 préproductions.
Une aide jugée insuffisante par M. Larue pour qui " un jeu vidéo de dimension internationale nécessite aujourd´hui 5 millions d´euros pour la seule préproduction, et un budget total de 80 à 100 millions entre l´achat de la licence, le développement et le marketing".
Matignon réfléchit aujourd´hui à adopter un crédit d´impôt qui permettrait aux éditeurs de jeux de défalquer de leur impôt sur les bénéfices jusqu´à 25 % des coûts de développement en France d´un jeu. Mais le gouvernement doit encore faire valider cette mesure par la Commission européenne.
Les éditeurs français ne sont pas les seuls à souffrir : le britannique Eidos est à vendre, l´américain Midway, en situation précaire est en passe de se faire racheter par Viacom. Son compatriote Acclaim a, lui, déposé le bilan en septembre.
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Sony domine le marché des consoles
En France, le marché des consoles de jeux vidéo est dominé par le japonais Sony qui détient 60 % de parts de marché avec sa PlayStation 2, lancée en novembre 2000.
Derrière lui, Nintendo garde 25 % des ventes grâce à la GameCube, lancée en septembre 2001, et à sa console portable GameBoy Advance ( juin 2001). Enfin Microsoft, nouvel entrant dans le jeu vidéo, est parvenu à occuper 15 % du secteur avec sa XBox, lancée en mars 2002.
La prochaine génération de consoles de salon est attendue pour 2006. En attendant, la bagarre se déplace sur le très rentable marché des consoles portables. Nintendo, en monopole dans ce domaine, a sorti la mini-console DS le 21 novembre aux Etats-Unis et le 2 décembre au Japon. Il est désormais défié par Sony qui a lancé la PSP au Japon le 12 décembre.
Source : XboxDiscovery