http://www.overgame.com/page/21230.htm
Développeur de jeux, esclave des temps modernes ?
15/11/2004 19:18:00
90 heures de travail par semaine, sans week-end, et le tout sans récupération ni compensation financière. Développer un jeu est bien moins amusant que d’y jouer, selon un employé d’Electronic Arts.
Un employé d’Electronic Arts vient de publier sur Internet un témoignage atterrant sur les conditions de travail en pratique chez l’éditeur numéro un mondial.
Sous couvert de l’anonymat, il raconte comment, en l’espace de quelques mois, il est arrivé à un rythme de travail proche de l’exploitation, avec onze heures de travail quotidien, sept jours sur sept, sans jours de récupération à la clé, ni compensation financière.
Cet employé raconte que, quelques semaines après son arrivée, la direction avait décidé d’augmenter le rythme de travail de son équipe, afin de respecter le planning du développement, et d’éviter ainsi une accélération du travail plus rude par la suite. Le responsable du projet avait même indiqué une date à laquelle l’équipe pourrait reprendre son rythme de travail normal. Mais lorsque ce jour arriva, l’équipe ne reprit pas son rythme de travail normal, elle continua sur sa lancée. Puis la direction initia une seconde accélération. L’équipe passa à 12 heures de travail par jour, six jours sur sept.
‘’Les semaines ont passé’’ explique l’employé d’Electronic Arts, ‘’les producteurs du jeu ont donné une date de retour à la normale qui n’a une fois de plus pas été respectée. Les longues heures de travail ont commencé à peser sur l’équipe, les gens devenaient irritables, certains commencèrent à tomber malade. Les responsables ont carrément cessé de parler d’un jour où les horaires retourneraient à la normale’’.
Mais l’équipe de développement n’était pas arrivée au bout de ses peines : la direction passa à une troisième phase d’accélération. ‘’Aujourd’hui, les horaires de travail sont fixés de neuf heures du matin à dix heures du soir – sept jours par semaine – avec de temps en temps le samedi soir libéré ( à 18h 30) pour récompenser un bon comportement’’ écrit-il.
Ces conditions de travail proche de l’exploitation poussent les développeurs dans leurs derniers retranchements physiques et intellectuels, leur moral chute. ‘’L’équipe a rapidement commencé à introduire autant d’erreurs dans le projet qu’elle en corrigeait’’ raconte-t-il.
Les responsables du projet n’ont proposé aucun jour de récupération aux développeurs, ni aucune compensation financière pour les nombreuses heures supplémentaires qu’ils ont effectuées. Et Electronic Arts a même annoncé récemment que les développeurs ne bénéficieront plus des quelques semaines de récupération qui étaient habituellement accordées aux développeurs à la fin d’un projet. Comble du cynisme, Electronic Arts avait été classé à la 93 eme place du classement réalisé par le magazine américain Fortune des 100 sociétés où il est bon de travailler. ‘’Et s’ils ne sont pas contents, ils peuvent aller travailler ailleurs’’ a plusieurs fois entendu l’employé d’Electronic Arts.
Effectivement, pourquoi ne pas avoir quitté Electronic Arts si les conditions de travail sont si mauvaises ? ‘’Il y avait des promesses, des assurances, un beau building avec un aquarium très cher, un tout qui ressemble au final à une technique élaborée pour garder une vague d’employés sur un projet suffisamment longtemps pour qu’il arrive à la commercialisation’’.
L’employé désabusé termine son long témoignage en s’adressant directement à Larry Probst, le PDG d’Electronic Arts : ‘’Larry, tu réalises ce que tu fais à tes gens, n’est-ce pas ? Et tu réalises que ce sont des gens, avec des limites physiques, des vies émotionnelles, et des familles, n’est-ce pas ? Et que quand tu gardes les maris, les femmes, les enfants dans les bureaux pendant quatre-vingt dix heures par semaine, les renvoyant épuisés à la maison, assommés, frustrés de leur vie, ce n’est pas seulement eux que tu blesses, mais tous ceux qui vivent autour d’eux ? Lorsque tu fais tes calculs de profitabilité et tes les analyses de coûts, tu sais qu’une bonne partie de ce prix est payé en dignité humaine, n’est-ce pas ? N’est-ce pas ? ’’.
Le témoignage complet de l´employé d´Electronic Arts est disponible à cete adresse :
www.livejournal.com/users/ea_spouse/274.html