Jeu vidéo: Nintendo n´a pas dit son dernier mot
Par Yuka Obayashi
TOKYO ( Reuters) - Malgré la relative déception commerciale de la GameCube, Nintendo a encore des réserves pour séduire les jeunes sur le marché des consoles de jeux portables face à la nouvelle concurrence de Sony ou de Nokia.
Détrôner Nintendo, créateur de séries à succès comme " Pokemon" ou " Mario", ne sera pas facile, selon les spécialistes du marché. Sony a annoncé en mai dernier qu´il allait ouvrir un nouveau front contre son concurrent japonais en lançant sa propre console portable, la PSP, rivale directe des GameBoy de Nintendo.
Certains ont alors craint que la victoire de Sony sur le marché des consoles de salon ne se répète du côté des consoles de poche, vache à lait de Nintendo, mais les analystes invitent à ne pas encore considérer ce dernier comme hors-jeu.
" Nintendo possède un avantage sur ses concurrents parce que ses propres titres, en particulier Pokemon, plaisent énormément aux enfants du primaire, qui forment le gros des utilisateurs des consoles portables", explique Takashi Oya, analyste en chef chez Deutsche Securities, ajoutant que cela représenterait pour Sony un frein pour augmenter sa part de marché rapidement.
Nintendo, qui monopolise quasiment le marché des consoles portables avec une part de marché supérieure à 90%, doit impérativement conserver cette domination sur un segment qui a généré en 2002/2003 plus de la moitié de son chiffre d´affaires et 60 à 70% de son bénéfice d´exploitation.
Différents facteurs jouent en faveur de Nintendo, selon les analystes. La console PSP de Sony ne permettant pas de jouer avec les jeux actuels de la PlayStation et Nintendo ayant déjà vendu plus de 150 millions de Game Boy dans le monde, les développeurs de jeux indépendants ne seront pas très enclins à développer des titres pour la PSP.
L´HISTOIRE SE REPETE?
" Les deux systèmes visent deux marchés aux populations différentes", affirme de son côté Hirokazu Hamamura, président d´Enterbrain, éditeur de magazines de jeux.
" La Game Boy restera la première sur son segment, alors que la PSP deviendra plus un gadget électronique utilisable en réseau", ajoute-t-il.
Sony n´a pas encore fixé le prix de sa PSP, une unité multimédia capable de lire films et musiques mais les analystes tablent sur une fourchette entre 19.000 et 30.000 yens ( de 137 à 216 euros), bien au-dessus des 12.500 yens de la Game Boy Advance SP, la dernière version de sa console lancée en février.
Le triomphe de Sony dans la bataille des consoles de salon dans les années 90, quand la PlayStation a pris le dessus sur la Nintendo 64, a souvent été attribué au fait que Sony avait adopté la technologie CD-ROM moins chère pour les concepteurs de logiciels que les mask-ROM de la Nintendo64.
Cette fois encore, Sony, qui pèse cinq fois plus lourd que Nintendo et Microsoft sur les marchés des consoles de salon, espère que le petit disque optique utilisé comme plate-forme pour la PSP détrônere la technologie mask-Rom de la Game Boy.
Selon Soichiro Fukuda, analyste chez Nikko Citigroup, Sony n´est pas aussi motivé par la conquête de parts de marché cette fois car les marges et les profits sur les jeux pour consoles portables sont plus faibles que ceux des jeux destinés aux consoles de salon.
AUTRES ACTEURS, AUTRES BATAILLES
Tout ne sera pas facile pour autant pour Nintendo, qui doit relever le défi lancé par d´autres intervenants que les acteurs traditionnels du secteur du jeu vidéo.
Le fabricant finlandais de téléphones portables Nokia arrive sur le marché avec son N-Gage, un combiné hybride, téléphone et console de jeux, vendu 254 euros et la startup américaine Tapware propose sa console Helix, tournant sous Palm OS. Là encore, le prix pourrait faire la différence, à l´avantage de Nintendo.
" Ils ne seront pas des concurrents directs de la Game Boy. N-Gage est beaucoup trop cher et Helix manque de moyens financiers" estime Takashi Oya.
L´annonce de l´offensive de Sony sur le marché des consoles portables a donné lieu à des spéculations concernant un abandon par Nintendo du marché des consoles pour se concentrer sur les logiciels, à l´image de Sega qui a arrêté en 2001 la production déficitaire de sa Dreamcast.
Mais les analystes minimisent cette hypothèse, pointant les profits réguliers dégagés par l´environnement GameCube, dont les solides résultats dans les logiciels contrebalancent les pertes dans le matériel, les consoles proprement dites.
" Tant que la GameCube est rentable et que ( Nintendo) a une chance de redevenir numéro un, il devrait rester sur le marché des consoles", estime Takashi Oya.
Si Nintendo veut prendre une plus grande part des 25,5 milliards d´euros ( 30 milliards de dollars) du marché des jeux vidéo, le groupe ferait bien de chercher de la croissance auprès des enfants, son principal groupe de clients.
" Nintendo n´a pas une image assez cool pour plaire à un public plus âgé", juge Soichiro Fukuda. " Il devrait se raccrocher rapidement à sa clientèle des moins de 15 ans et créer des titres à succès fondés sur des dessins animés ou des personnages qui peuvent aussi apparaître dans des jeux de cartes".