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Xbox: le casse-tête de Microsoft
C’est au vu des ventes de Noël que se jouera l’avenir de la console de jeu créée par Bill Gates. Les Européens ont rejeté pour le moment la boîte noire lancée par le roi du logiciel. Comment va-t-il combler son retard sur Sony et Nintendo?
Il y a des slogans qu’il vaut mieux manier avec précaution. Prenez «La vie est courte», la formule de lancement de la Xbox, la console de jeu de Microsoft. C’est une devise hédoniste, qui veut simplement nous inciter à jouer. Mais c’est peut-être une phrase prémonitoire pour cette console, dont le destin est de plus en plus incertain.
Depuis son lancement européen le 14 mars, la Xbox n’a pas fait d’étincelles. Microsoft a été obligé, un mois seulement après sa sortie, de casser les prix: 299 euros contre 479, soit 37,5% de rabais. «On a fait une erreur colossale et on en a tiré les conséquences», explique un dirigeant français de Microsoft.
Pour le géant américain de l’informatique, c’est une énorme claque. Ni le gouvernement américain ni la Commission européenne n’ont réussi à briser son monopole sur les logiciels pour ordinateurs: Windows y règne plus que jamais en maître. Mais sur les jeux, la partie est plus dure. Comment expliquer ce problème d’allumage? D’abord par la stupéfiante confiance qui animait la division Xbox avant le lancement. Aucune critique n’était tolérée, ni sur la campagne de publicité absconse, ni sur le prix de la console, ni sur la pauvreté du catalogue de jeux. «Ils ont été arrogants, explique le directeur marketing d’un gros éditeur, mais ils ont le mérite d’avoir réagi rapidement.»
Depuis la baisse du prix, ça va mieux, mais le succès n’est pas au rendez-vous pour autant. «C’est toujours un flop», estime même un éditeur américain. D’après nos informations, à peine 80 000 unités ont été vendues en huit mois en France.
On est loin des 130 000 exemplaires annoncés par Microsoft. Et très loin des chiffres de la PlayStation 2 ( PS2) de Sony, qui se vend quatre fois mieux. «Les chiffres que fait circuler Sony sont de l’intox!» jure-t-on chez Microsoft.
Au-delà de cette bataille de chiffres, une chose est certaine: en dehors des Etats-Unis, la Xbox a déçu. «Ce qu’on est en train de réaliser en Amérique est extraordinaire dans l’histoire de la console, assure pourtant Thierry Chabrol, directeur de la division grand public de Microsoft, mais on ne veut pas communiquer là-dessus ( sic).» Comme Bill Gates ne s’avoue jamais vaincu, la Xbox reste une priorité pour le groupe. Dans le passé, l’homme le plus riche du monde a déjà su redresser des opérations mal parties, comme le lancement de son navigateur internet Explorer, ou de ses sites MSN.
Première mesure, donc: une cure d’humilité. Lors du grand rendez-vous annuel européen Xbox à Séville fin septembre, tous les top managers de la division jeux ont rivalisé de modestie, sans perdre leur détermination. «On veut être numéro un», dit Jay Allard, responsable des équipes Xbox. En fait, l’avenir de la console va se jouer pendant les fêtes de fin d’année, qui représentent près des trois quarts des ventes du secteur ( voir encadré). Si l’échec se confirme, la Xbox sera écartée des linéaires. Du coup, Microsoft doit mettre le paquet: partenariats avec McDonald’s et Orangina, promotions tous azimuts, publicités à gogo… «Noël sera vert», promet Ed Fries, vice-président de la division jeux. Vert comme la couleur de son X. C’est mal parti. Exemple: dans les magasins Auchan, la PS2 et ses jeux occupent 65% des rayons jeu vidéo, loin devant la Xbox ( 15%). Et pour cause: «Aujourd’hui, à part le jeu Halo, rien ne justifie d’acheter la Xbox», dit le chef du rayon jeux d’un hypermarché.
Si la PlayStation de Sony a bouleversé l’industrie du jeu en 1994 grâce à la 3D et à son positionnement marketing inédit – des jeux frénétiques pour des ados en manque d’adrénaline –, la Xbox n’a donc toujours pas trouvé son identité. «Son plus? La technique», dit Ed Fries. Grâce à son disque dur, qui permet notamment de stocker des parties, cette console est une prouesse technologique. Mais ce qui fait la différence, c’est la qualité des jeux et leur exclusivité. Et là, Bill Gates, qui n’a pas un héros populaire tel le Mario de Nintendo, a encore tout à prouver
la pauvre xbox elle aura pas fait long feu